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Gorbatchev quel bilan ? | 24heuresactu.com

ByVeritatis

Oct 20, 2022


Mikhaïl Sergueïevitch Gorbatchev, décédé le 30 août dernier, aura été le dirigeant de la Russie pendant six ans, de mars 1985 à août 1991, date de la disparition de l’URSS. Au-delà de son bilan, il conserve au plan international une excellente image, celle d’un homme modéré qui tenta d’assurer la mutation de la Russie soviétique d’un régime autoritaire, archaïque et en faillite, vers son entrée dans le monde moderne. Or, s’il a incontestablement voulu faire évoluer son pays, son refus de condamner le régime communiste et de mettre fin à l’empire soviétique ne pouvait que le conduire à l’échec. 

Un parcours d’apparatchik 

Toute la carrière de Mikhaïl Gorbatchev (MG) s’est faite au sein du Parti Communiste de l’Union Soviétique (PCUS), qui au demeurant constituait le seul moyen d’ascension politique et social en URSS. Jeune décoré de l’ordre du Drapeau du Travail, il adhère successivement au jeunesses communistes puis au Parti communiste, à l’âge de vingt ans. Il entame alors une classique carrière d’apparatchik, aidé par Youri Andropov, chef du sinistre KGB et futur dirigeant de l’URSS, ainsi que par Mikhaïl Souslov, idéologue du régime. 

MG aura une promotion rapide grâce à ses compétences mais aussi à sa soumission à un régime clairement autoritaire et répressif. Il entre ainsi au Comité Central à 40 ans et au Politburo à 49 ans. Le régime lui permettra d’accéder à la responsabilité suprême, comme secrétaire général du PCUS en 1985. 

Ce qui signifie que pour les dirigeants de l’époque, qui l’avaient choisi, il présentait tous les gages pour assurer la continuité du régime. 

La politique de l’URSS à partir de 1985

L’empire présentait alors tous les signes d’un essoufflement manifestement  irréversible. 

Les Russes vivaient dans un dénuement généralisé, au sein d’une économie anémiée, incapable de maintenir un niveau de vie acceptable. Les effets fédérateurs de la Grande Guerre Patriotique ne fonctionnaient plus, comme les succès en matière spatiale s’estompaient. En fin l’URSS était devenue incapable financièrement de soutenir la course aux armements vis-vis des USA. 

Si le retrait des troupes russes d’Afghanistan est décidé par MG en 1988, ce n’est qu’un an plus tard que la mesure devient effective. De même il n’arrêtera pas réellement le soutien massif au régime cubain, qui ne cessera qu’un 1991, lors de l’effondrement de l’URSS. 

En Lituanie, soumise à un embargo des matières premières, comme tous les pays baltes, les troupes russes réprimeront dans le sang les manifestants pour l’indépendance au régime soviétique en 1991. Au reste, ces troupes russes avaient envahies les trois républiques baltes, sans succès politique, la même année. 

Difficile de distinguer quelque marque que ce soit de volonté de libéralisation du pouvoir soviétique à cette époque. 

Pour autant, la force du délitement généralisé du pays va inciter MG à tenter de donner un second souffle à la Russie. 

Les réformes de MG

MG, conscient de l’état profondément dégradé de son pays, va tenter de lui insuffler une mutation sur deux axes. 

Le premier est la Perestroïka (restructuration économique), qui vise à libéraliser la petite production agricole par la concession de baux à long terme, crée d’un statut  d’auto-entrepreneur (petits commerces), et tente de libérer l’initiative au sein des entreprises d’État. Mais les objectifs ne seront pas atteints, dès lors que l’essentiel, c’est à dire la propriété de l’État, porte toujours sur le foncier et les structures de production. Une des premières mesures de MG consistera à limiter la consommation d’alcool… 

Ces timides mesures aggraveront les pénuries de biens de consommation et les inégalités sociales. Ces échecs rappellent ceux de feue la NEP, la Nouvelle Politique Économique en 1921, tentative de libéralisation économique de Lénine. 

Le deuxième est la Glasnost (transparence) qui consiste à faciliter l’expression des opinions et à publier des informations. Le but consistait pour MG à marginaliser les durs du régime, accrochés à leur privilèges. Mais cette réforme trouvera vite ses limites, ainsi la désinformation qui entourera la catastrophe de Tchernobyl, en 1986. 

Au total, la politique intérieure de MG aura été un échec. 

Gorbatchev à la recherche d’une aide extérieure

La faillite financière et l’aggravation de la situation économique des citoyens soviétiques conduisait l’URSS au désastre. 

L’impossibilité de maintenir l’arsenal militaire contraindra MG à accélérer les mesures de désarmement vis à vis des USA. Et aller à la pêche aux aides internationales. Il faut dire que 71 années de communisme n’auront jamais réussi à apporter à la Russie quoi que ce soit, sinon des succès aéronautiques, une industrie métallurgique lourde et une masse considérable d’armements. Le pays , en 1913, était tout de même la troisième économie mondiale après les USA et l’Empire Allemand, et exportait son blé…

MG a donc été contraint de composer en permanence avec les économies occidentales, sans apporter de confort à son peuple. 

Gorbatchev, acteur du changement ou dirigeant passif ?

L’essentiel des médias ont présenté MG comme l’acteur de la mutation de la Russie  soviétique vers une démocratie moderne, mutation compromise par Eltsine puis Poutine. 

Certes MG était un homme de bonne foi et animé de bonnes intentions. Pour autant, le présenter comme le libérateur de son pays du joug communiste procède d’une erreur majeur. Il n’a jamais remis en cause le rôle dirigeant et exclusif du PCUS, et n’a démissionné de son poste en décembre 1991 que parce que le Soviet Suprême dissolvait l’URSS et prononçait en même temps son auto-dissolution. 

Toutes ses décisions majeures ont été prises sous la pression des événements, ainsi l’évacuation de l’Afghanistan parce que l’échec militaire était patent, et que l’impossibilité de soutenir l’effort de guerre l’y ont contraint. 

La question qui doit se poser est de savoir si l’URSS pouvait évoluer naturellement vers la démocratie. La réponse est négative. 

Sur le plan politique, l’absence de toute vie démocratique depuis des décennies ne pouvait aboutir qu’au laisser-faire de Eltsine ou à l’autocratie de Poutine. 

Sur le plan économique, la structuration totalement étatique des moyens de production était radicalement condamnée. Il n’existait pas d’environnement économique qui puisse permettre peu ou prou une évolution en douceur. Eltsine a vendu à l’encan combinats et entreprises aux copains, créant là la classe des oligarques. Le plus important combinat était celui du combinat métallurgique de Magnitogorsk, qui fut transformé en sociétés par actions.

La fin d’un régime comme celui de l’URSS ne pouvait qu’être brutale. On ne réforme pas un système profondément autoritaire, détenant tous les moyens de production, et incapable de toute évolution. 

Les Russes eux-même ne s’y sont pas trompés. MG ne leur a pas laissé un bon souvenir. Ils lui préfèrent largement l’autocrate Poutine qui a réussi à mater les oligarques issus du laisser-faire de Eltsine, assurer l’ordre public et accompagner le développement économique. Et qui malgré la guerre russo-ukrainienne, pourrait rester au pouvoir jusqu’en 2036…



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