• jeu. Déc 1st, 2022

Quand Kamel Daoud, ami de Macron, battait son ex-femme. — Jacques-Marie BOURGET

ByVeritatis

Oct 20, 2022


Le 25 novembre 2017, « Journée des violences faites aux femmes », Emmanuel Macron emboite le pas à la cause et affirme que « le premier pilier » de son quinquennat « est la lutte contre la violence faite aux femmes ». Le 27 août 2022, en visite officielle en Algérie, le même défenseur des causes au – toujours président – répond à l’invitation privée d’un écrivain franco-algérien, Kamel Daoud. Ce dernier l’a convié à visiter Oran la ville où il a longtemps vécu. C’est une rencontre entre deux amis. Un document publié par Le Point démontre que, « Tout au long du quinquennat, l’écrivain a noué un dialogue privilégié avec le chef de l’État » (1). Amitié si forte qu’en répondant à l’invitation de Daoud, Emmanuel Macron trahit un engagement, celui formulé en faveur des femmes, un « pilier » de sa politique. Kamel Daoud, son ami et son hôte, n’a-t-il pas été condamné par avoir frappé son ex-femme Nadjet ? Jugement rendu ici, à Oran. Le 21 octobre 2019, le site français « Oumma » a publié le fac-similé du texte de la honte.

Dans ses mots secs loin de la littérature, la Cour d’Oran rappelle que le 5 février 2016, « S’est présentée la plaignante E. E. H. Nadjet devant les services de la Sûreté urbaine d’Oran pour déposer plainte contre DAOUD Kamel, et déclare qu’elle a subi des coups et blessures de sa part, étant donné qu’elle est divorcée de lui depuis 2016 et qu’elle a reçu un certificat d’incapacité de travail à cause des coups qu’elle a subi par un bâton en bois ». Le 18 juin 2018 en première instance, le mari violent a été condamné à une année de prison avec sursis et 20 000 dinars d’amende. Après deux appels Daoud voit disparaitre sa peine de prison, mais « l’amende pécuniaire » est maintenue, « Les dépens étant à la charge de l’inculpé d’un montant de 1800 DA au profit de l’état et fixe au maximum la durée de la contrainte par corps ». Voici Macron confronté à un nouvel épisode de son célèbre « en même temps » : pleurer sur le sort d’une femme battue ne doit pas ternir l’amitié que l’on éprouve pour son mari.

Afin de recueillir le témoignage de Daoud sur sa propre violence, je l’ai contacté via Le Point sans succès. Je pioche donc des éléments de réponse dans un blog de Youssef Benzatat, un supporter de l’écrivain qui s’exprime dans « Médiapart » :

« En fait, je n’étais pas surpris d’apprendre par un journal en ligne que Kamel Daoud a été condamné le 13 octobre par le tribunal d’Oran pour violences conjugales avec usage d’une arme prohibée sur son ex-épouse Nadjet. D’abord pour avoir été approché par Nadjet elle-même, où j’avais découvert son immense haine et sa cruelle volonté de vouloir se venger de son ex-mari. (2) ».

Ce blog contient tous les clichés, les excuses des frappeurs, des violeurs qui font qu’ils sont toujours innocents : cabale, femme vengeresse souffrant de trouble mental… Benzatat cite aussi le « complot » en oubliant de signaler une certaine mansuétude des juges pour Daoud. Puisqu’en Algérie les maris violents vont presque systématiquement en prison.

Pour Emmanuel Macron, le crochet par Oran n’a aucun intérêt stratégique, économique, diplomatique, et vexe même le pouvoir algérien pour lequel Daoud n’est qu’un français du genre renégat. La balade à Oran c’est un thé à la menthe avalé dans un lieu historico-déglingué, « Le Disco Maghreb ». Mais la promenade est écourtée par la faute d’un public pas éduqué chez les jésuites et criant « Va te faire foutre ! », « La France mange notre pays », « On est chez nous ». Après, c’est le dîner de Kamel et de ses potes, au restaurant d’un ami millionnaire en son « Hôtel Liberté ».

L’irrésistible ascension de Kamel Daoud nait sur ce que l’on appelle aujourd’hui une « fake news » (fausse information). Au Nouvel An à Cologne, lors du passage de 2015 à 2016, des centaines de migrants – forcément musulmans – sont accusés par la presse allemande d’avoir « commis des dizaines de viols ». Une barbarie. La presse mondiale, c’est normal, monte le sujet à la « une ». En France les lambeaux de ce qui reste de la gauche sont accablés, hébétés, mais la droite et l’extrême foncent à viols ouverts. Et Kamel Daoud apparait. Journaliste algérien et depuis peu écrivain, dans une tribune accueillie avec envie par Le Monde, il déverse son tombereau de fantasmes sur la culture « arabo-musulmane » :

« …Le rapport à la femme est le nœud gordien, le second dans le monde d’Allah. La femme est niée, refusée, tuée, voilée, enfermée ou possédée… Une femme est femme pour tous, sauf pour elle-même. Son corps est un bien vacant pour tous et sa « malvie » à elle seule. Elle erre comme dans un bien d’autrui, un mal à elle seule… »(3)

L’affaire est entendue. Pour Daoud des dizaines de migrants musulmans, donc frustrés par leur religion et leurs conditions de survie, ont violé des femmes à la gare de Cologne. En matière de perversité islamique Daoud est expert puisqu’il a milité dans sa jeunesse dans les rangs barbus. Daoud nous parle de musulmans ignorant les valeurs de la vie, le bien et le mal… Voilà un discours parfait à entendre pour les oreilles de l’Occident. Trouver un bon Arabe pour cracher sur son propre monde n’est pas si facile. Daoud est immédiatement adulé, doté d’une page permanente au Point, BHL est son modèle et guide idéologique, bientôt Macron sera son ami. Puiser de l’esprit néocolonial dans l’encre d’un colonisé, il n’y a pas mieux. Quoi de plus idéal pour tirer sur des « musulmans » que de laisser le flingue entre les mains d’un Arabe.

Mais…mais…mais, sale temps pour Kamel : les « viols de Cologne » n’ont jamais existé. Daoud a glosé sur de la diffamation, du fake, du faux, du bidon. Et l’histoire des « femmes violées par des migrants à Cologne » doit rester dans l’histoire comme un des plus honteux bobards du siècle. Cette monstruosité médiatique – jamais démentie par ses colporteurs – est un coup monté par l’extrême droite allemande. En fait, cette nuit-là, seul un marocain s’est rendu coupable d’un vol de portable, et le journal Bild Zeitung, qui n’est pas un exemple de vertu, va retirer de ses archives les articles sur ces fameux faux « viols ».

C’est Ahmed Bensaada, un docteur en physique algérien qui, avec la pugnacité et la rigueur du scientifique, va le mieux démonter la mécanique Daoud. Une machine à plaire aux anciens colons, et arme de destruction massive chargée des obus d’une pensée unique ciselée à Washington. Dès 2016, le scientifique doté d’une plume exemplaire publie un fracassant Kamel Daoud : Cologne contre-enquête (Éditions Franz Fanon, Alger, 2016). Il démontre que le néo-penseur profère injures et anathèmes sur le vent d’une fake news. Etaie que le phénomène Daoud est un avatar du temps, celui de la propagande à vocation internationale construite sur le mensonge. Les néo-conservateurs et néo-colons ont besoin de multiples Daoud pour réussir leurs « révolutions de couleur » et autres « printemps » mijotés à la Maison Blanche. Donc, pour imprégner le monde civilisé de l’idée que, décidément, tous ces musulmans, tous ces Arabes, sont des arriérés mentalement malades. Si névrosés qu’il faille les aider en les prenant en main. Avec, s’il le faut, pour traiter les plus récalcitrants, des coups d’État, des bombes et des missiles afin qu’ils adoptent le modèle d’une démocratie où le Coca Cola coule dans les veines et livrent, à vil prix, leurs richesses aux civilisateurs. Ahmed Bensaada, en mettant le système Daoud à nu, ne peut être taxé de prendre la défense d’on ne sait quels fous d’Allah ou du djihad puisque son propre frère a été assassiné par ces barbares.

Après le fiasco de Cologne Daoud aurait dû être condamné au silence, se condamner au silence. Et, honteux, s’en aller rechercher un travail de pigiste à Tamanrasset. Pas du tout, ayant fait preuve de son adresse à dresser l’opinion contre le « musulman » – et sa culture – Kamel reste un étalon de qualité dans l’écurie de la bien-pensance. Sa carrière est si rapide qu’en 2019 – peu importe sa condamnation – il obtient la citoyenneté française, celle des anciens colons et il la mérite bien. Maintenant, chez lui à l’Elysée comme au MLF, Kamel est un modèle qui peut écrire avec autorité des articles dénonçant le sort des femmes maltraitées, par le voile ou le bâton.

Note. Notre question adressée au Service de presse de la République est restée sans réponse (même de courtoisie). Il en va de même pour Kamel Daoud lui aussi enfermé dans le monde du silence.

1) https://www.lepoint.fr/politique/emmanuel-macron-une-enigme-francaise-…

2) https://blogs.mediapart.fr/y-benzatat/blog/221019/les-dessous-de-laffa…

3) https://www.lemonde.fr/idees/article/2016/01/31/cologne-lieu-de-fantas…





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