• mer. Déc 7th, 2022

Algérie : pour en finir avec la repentance


Soixante ans après son accession à l’indépendance, l’Algérie fonde son existence historique non sur ses racines, mais pour l’essentiel sur les fautes commises par la France lors de la colonisation du pays. Bien plus, les hommes politiques français, sauf exception, adhèrent à ce raisonnement. Cette soumission à un pays étranger doit nous interroger. 

L’Histoire algérienne

Il faut tordre le coup à cette idée que l’Algérie était un pays ou même une nation lorsque la France décida, à partir de 1830, se s’emparer de ce qu’on appelait la Régence d’Alger, en réalité la zone d’influence de l’Empire Ottoman qui y déléguait son autorité via la soumission de pachas, beys et autres caïds. Après la reddition d’Abdelkader et la signature de l’armistice de 1847, la victoire sur le touarègue Kel Ahaggar en 1902 va permettre de s’assurer de la souveraineté française sur ce qu’est globalement le territoire algérien d’aujourd’hui. 

Finalement, l’Algérie se déterminera territorialement par défaut entre le Maroc à l’ouest, la Tunisie et la Lybie à l’est et les territoire de l’AOF. La France en fera un département après avoir favorisé un peuplement de type colonial très original. 

La difficulté, c’est que cette colonisation, adossée parfois à des idées profondément erronées, va creuser inévitablement un fossé entre la populations des colons et celles d’origine. Le 28 juillet 1887, Jules Ferry disait ainsi à la chambre : « Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures… (Rumeurs sur plusieurs bancs à l’extrême gauche.)

Une colonisation sans partage

Décider de faire de l’Algérie, dont la superficie représente presque cinq fois celle de la France, un département, confine à l’aveuglement politique. Comment en effet réunir tant de peuples, arabes et berbères et de multiples tribus jusqu’au grand sud, aux modes de vie disparates, et y appliquer la loi française ?

Quelle différence avec l’occupation française au Royaume Chérifien, il est vrai structuré depuis des siècles, et qui un temps disposait d’une considérable zone d’influence, incluant le Sahara occidental d’aujourd’hui, la partie ouest de l’Algérie moderne, et au sud la région de Tombouctou, autrement dit le nord du Mali et du Niger actuels.

Lyautey, avec de grande difficultés dans ses relations avec Paris, y a pourtant réussi un amalgame intelligent entre l’administration de type français et la structure sociale et culturelle de ce territoire. Résident Général, il re fusera de traiter systématiquement par la force armée les rébellions qui se manifeste ici et là. Il écrira à Albert de Mun, « Ce pays-ci ne doit pas se traiter par la force seule… Je me garderais bien d’aller m’attaquer à des régions qui sont “en sommeil”, qui se mettraient en feu si j’y pénétrais en me coûtant beaucoup de monde et de peine… Si l’opinion impatiente préfère les coups d’éclat prématurés à cette méthode plus lente mais si sûre, on n’avait qu’à ne pas m’envoyer ici ».

La France en Algérie n’admettra aucune contestation, de sorte que les populations autochtones perdront leurs droits traditionnels, sans bénéficier des droits accordés aux Français…

Comment dès lors s’étonner que les mouvements de libération de l’après-guerre y verront là l’occasion de faire de l’Algérie un vrai laboratoire insurrectionnel, il est vrai soutenu implicitement par les USA.

Les « événements d’Algérie », une victoire militaire française

On parlait d’événements puisqu’il était inconcevable d’admettre qu’un conflit armé, même asymétrique, se déroulait dans un département français. Pourtant l’armée française, avec ses appelés, a été engagée pour faire cesser une situation insurrectionnelle, même si elle n’impliquait pas en réalité la population. Les insurgés provenaient de plusieurs mouvements politiques via des groupes armés dans le bled et d’actions ciblées dans les villes, essentiellement Alger. 

Ayant tiré les leçons de la guerre d’Indochine dans la répression du terrorisme, l’armée française, à l’exemple de Marcel Bigeard, va appuyer ses opérations sur le renseignement. Mais il faut parler de terrorisme, puisque les divers mouvements armés n’obtiendront jamais le moindre gain territorial,  cantonnant leurs opérations à des attaques ponctuelles sur les troupes françaises et surtout à des actions sanglantes sur les européens. 

On doit d’abord à Marcel Bigeard des victoires dans le bled, avec le premier emploi dans l’histoire des opérations héliportées. Ensuite, il a gagné la Bataille d’Alger, performance quasi unique puisque les militaires ont là réussi à mater une guérilla urbaine. Certes cette victoire a été obtenue grâce aux informations obtenus par la torture et aux prix d’exécutions extra-judiciaires, mais y avait-il d’autre méthode possible ?

Mais cette victoire militaire ne pouvait atteindre le maintien du statu quo politique, le format de la colonie algérienne étant condamné aussi bien par l’Histoire, que les opinions internationale et française en métropole.

Le bradage de l’Algérie au profit du FLN

Les conditions dans lesquelles le Général De Gaulle a abandonné purement et simplement les pieds-noirs restent une tache à sa mémoire. Les populations européennes ont été en effet expulsées et spoliées par le nouveau régime qui massacrera sans état d’âme les supplétifs de l’armée, principalement les Harkis.  

Mais surtout le FLN, pourtant battu, ses dirigeants emprisonnés, va réussir, dominant  en réalité ses oppositions, à signer les Accords d’Évian dont il ne respectera aucun des termes. Bien plus, il va asseoir son pouvoir sans partage sur le nouveau pays et entreprendra un pillage systématique des ses richesses, laissant sans entretien l’essentiel des infrastructures modernes réalisées par la France. 

Ainsi le réseau ferroviaire, qui était de plus de 5 500 km à l’indépendance, n’est plus au mieux de 4 000 aujourd’hui. Inutile de parler des très nombreux équipements publics, ruinés ou dégradés.

Faut-il encore évoquer la situation catastrophique des finances publiques, taries à raison de l’essoufflement des ressources gazières et pétrolières, puisque ne servant qu’à distribuer prébendes et allocations diverses à la population, dont les anciens combattant dont le nombre n’avait cessé d’augmenter au fil des ans ? Le gaz et le pétrole représentent 98% des exportations et 60% des ressources du pays…

Comment donc s’étonner que le régime algérien, tenu par des vieillards issus du FLN, fonde son histoire et sa légitimité sur la colonisation ? Nous restons cependant étonnamment sensible à ce discours, que ne tiennent évidemment plus la très grande majorité des peuples colonisés, et particulièrement ceux qui l’ont été par la France. De quoi avons-nous peur ? La réponse est dans la question eut égard au poids majeur d’une diaspora algérienne nourrie au discours anti-colonial et pourtant privilégiant notre pays comme pays d’accueil de son émigration…



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