• sam. Déc 10th, 2022

ce que l’on sait du suicide d’un agent de RTE


22 octobre 2022 à 09h16,

Durée de lecture : 8 minutes

Énergie
Luttes

« C’est un garçon qui était précieux pour l’équipe, pour le boulot, pour tout. Il va nous manquer, il nous manque déjà. » D’une voix enrouée par le chagrin, Pascal Tournecuillert, secrétaire général de la CGT Mines-Énergie 49, décrit son collègue Mathieu P. Âgé de 29 ans, ce dernier était agent RTE (Réseau transport d’électricité) au groupe maintenance réseau d’Anjou, à Saumur (Maine-et-Loire). Il s’est suicidé le 17 octobre.

Mathieu P. revenait d’un mois d’arrêt maladie. Il avait cessé le travail après une convocation au commissariat de police, au début du mois de septembre. Selon les mots de la CGT Mines-Énergie, Mathieu P. était « injustement » accusé par RTE, son employeur, d’avoir commis des « actions sur le réseau électrique » pendant qu’il était en grève [1].

Revenons quelques mois en arrière pour comprendre. Le 21 février, une quarantaine d’agents RTE ont commencé à faire grève à Nantes (Loire-Atlantique). Leur objectif : obtenir une augmentation de salaire de 5 %, pour faire face à l’inflation. « Aujourd’hui, un agent avec dix ans d’expérience gagne à peine 1 500 euros nets par mois. C’est juste pas possible », affirme Pascal Tournecuillert. « Les salariés veulent une meilleure reconnaissance de leurs métiers, qui sont très qualifiés, indique Francis Casanova, délégué syndical central pour la CGT de RTE. Ce sont tout de même eux qui assurent la maintenance et la fiabilité du réseau électrique en France. »

En outre, l’entreprise se porte bien : trois jours avant le début de la grève, RTE annonçait dans un communiqué qu’elle avait réalisé en 2021 « un chiffre d’affaires de 5 254 millions d’euros, en hausse de 11 % par rapport à 2020 ». Le résultat net 2021 s’établit à 661 millions d’euros. D’après les calculs des syndicats, une augmentation de 5 % des salaires ne représenterait donc que 0,5 % des bénéfices de l’entreprise.

« On s’est fait traiter comme des bandits »

En quelques semaines, le mouvement social nantais s’est propagé dans l’ouest de la France, puis dans tout le pays. À Saumur, le site où travaillait Mathieu P., un blocage de site était organisé pour empêcher la sortie des engins de travaux. Mais ce moyen de pression n’a pas entraîné l’ouverture de négociations entre RTE et les grévistes. Au contraire. Le 22 mars, RTE a assigné Pascal Tournecuillert en référé, devant le tribunal de Saumur, l’accusant d’avoir organisé le blocage. Quelques jours plus tard, les forces de l’ordre ont expulsé les grévistes – de même qu’à Nantes et Ingré (Loiret). « On s’est fait traiter comme des malpropres et des bandits », dénonce Pascal Tournecuillert, évoquant une « répression syndicale ». « Il n’y a absolument aucun dialogue social dans l’entreprise, confirme Francis Casanova. Juste une forme de management très autoritaire. »

Reporterre.
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