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« Nous sommes tous en danger », disait-il — La Science de l’Esprit — Sott.net

ByVeritatis

Oct 23, 2022


Le poète, écrivain et cinéaste communiste Pier Paolo Pasolini fut assassiné dans la nuit du 1ᵉʳ novembre 1975 près de la plage d’Ostie, à côté de Rome. On ignore si ce fut un crime crapuleux ou un meurtre commandité.

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Pasolini

Son homicide intervient après les virulentes attaques de Pasolini contre la classe bourgeoise dans sa collusion avec la mafia, la CIA et de grandes entreprises, sans parler de sa dénonciation du « clergé laïque » pour sa collaboration à l’« émancipation » libérale.

L’autopsie de son corps révèle des blessures profondes : doigts de la main droite cassés, nez écrasé, oreille gauche arrachée, côtes et sternum brisés, foie et cœur éclatés. On fit rouler sa voiture sur son propre corps.

De plus, à cette époque, le pouvoir et ses sbires sont prêts à tout pour faire accepter ce mode de vie qui tétanise tout réel changement. Y compris le terrorisme, ce que l’on a appelé « la stratégie de la tension ». Des attentats sont commis en Italie. Pasolini qui n’a peur de rien corrobore ce fait dans une tribune du Corriere della Sera, le 14 novembre 1974, intitulée Le Roman des massacres, où il affirme :

« Je sais les noms des membres du groupe de personnes importantes qui, avec l’aide de la CIA (et en second lieu des colonels grecs et de la mafia) ont, dans un premier temps, lancé (…) une croisade anticommuniste, pour boucher le trou de 68, puis toujours avec l’aide et sous l’impulsion de la CIA, se sont reconstruit une virginité antifasciste, pour boucher le trou du désastre au référendum.[1] »

Ce phénomène se poursuivra même après l’assassinat de Pasolini. Le 2 août 1980, une bombe explose dans la gare de Bologne (85 morts et plus de 200 blessés). La piste remonte jusqu’à Licio Gelli, le chef d’une loge maçonnique P2, l’armée secrète italienne Gladio , et des responsables des services secrets italiens. La stratégie était de créer des tensions politiques à l’intérieur des pays de l’OTAN et d’étouffer les mouvements de gauche.

Le journaliste Furio Colombo eut un entretien avec Pasolini juste avant qu’il ne fût assassiné où il dit : « Nous sommes tous en danger. » [1] Qu’entendait-il par là ?

Marxiste hérétique, communiste en dehors des clous, Pasolini annonce la couleur :

« Je déteste le monde moderne, l’industrialisation et les réformes. L’unique chose qui peut « contester globalement » la réalité actuelle est le passé. Pour faire vaciller le présent, il suffit de le mettre en confrontation directe avec le passé. » [2]

Il paraît difficile de comprendre peut-être de nos jours une telle virulence et c’est bien pourquoi Pasolini avait raison dans son constat. Pour ceux qui le découvrent, ils risquent de mésestimer sa pensée tellement celle-ci est pourtant d’une vigoureuse clarté et d’une précision exemplaires.

Dans un entretien, Pasolini fait allusion à Marx qui, dans son célèbre Manifeste, déclare :

« Par le rapide perfectionnement des instruments de production et l’amélioration infinie des moyens de communication, la bourgeoisie entraîne dans le courant de la civilisation jusqu’aux nations les plus barbares. Le bon marché de ses produits est la grosse artillerie qui bat en brèche toutes les murailles de Chine et contraint à la capitulation les barbares les plus opiniâtrement hostiles aux étrangers. Sous peine de mort, elle force toutes les nations à adopter le mode bourgeois de production ; elle les force à introduire chez elle la prétendue civilisation, c’est-à-dire à devenir bourgeoises. En un mot, elle se façonne un monde à son image ».

Dans un documentaire de Patrick Naslès diffusé sur France 3 et intitulé Les Autochromes… et la couleur fut, on indique à un moment qu’Albert Kahn, banquier et philanthrope, envoya des photographes de par le monde pour en ramener des autochromes. Et chose superbe, on voit alors dans moult pays et régions toutes les cultures dans leur immanence radicale, du Liban au Japon en passant par la Suède et j’en passe. Et, c’est ce qui est en train d’être saccagé. Et, ce pourquoi Pasolini s’insurge sur ce monde moderne capitaliste qui se prétend progressiste, mais est en train selon lui de détruire tout le monde populaire.

Le libéralisme doit rassurer les consommateurs pour s’étendre en cercles concentriques au reste du monde, et ainsi sauvegarder son système. Son but est de se répandre sur la planète entière, entraîner chaque peuple comme un aimant attirant la limaille de fer dans le même mode de consommation bourgeois, dissoudre toutes les singularités et changer ainsi les corps et les âmes au même logiciel tout en vantant la liberté et l’émancipation.

Pasolini avait saisi l’enrégimentement des classes populaires dans le mode de vie consumériste qui allait les détruire sur l’autel hédoniste. Cela lui valut de nombreuses polémiques, mais il faisait front avec un courage exemplaire, n’hésitant pas à écrire : «

Dans ce cas, la transformation ne doit pas être acceptée : son « acceptation réaliste » n’est en réalité qu’une manœuvre coupable pour tranquilliser sa conscience et continuer son chemin. (…) Il faut avoir la force de la critique totale, du refus, de la dénonciation désespérée et inutile. Si quelqu’un accepte, dans un esprit réaliste, une transformation qui n’est que régression et dégradation, cela veut dire qu’il n’aime pas ceux qui subissent cette régression et cette dégradation, c’est-à-dire les hommes en chair et en os qui l’entourent ». [3]

C’est ce que critiquait lucidement Pasolini dans les années 1960 et 1970 avec un courage étonnant de nos jours. Et il était peu compris à son époque pour avoir soulevé de nombreuses polémiques et il sera sans doute encore moins compris aujourd’hui.

Il voyait, en somme, la destruction de toute la culture (italienne, mais pas seulement) par un processus redoutable autant qu’inoffensif en apparence. Pas uniquement des livres et de ce que l’on appelle Culture, mais les habitudes de vie et les comportements des gens qui auparavant vivaient à leur façon. Même le fascisme n’était pas allé jusque-là.

« Aucun centralisme fasciste n’est parvenu à faire ce qu’a fait le centralisme de la société de consommation. Le fascisme proposait un modèle, réactionnaire et monumental, mais qui restait lettre morte. Les différentes cultures particulières (paysannes, sous prolétariennes, ouvrières) continuaient imperturbablement à s’identifier à leurs modèles, car la répression se limitait à obtenir leur adhésion en paroles. De nos jours, au contraire, l’adhésion aux modèles imposés par le centre est totale et inconditionnée. On renie les véritables modèles culturels. L’abjuration est accomplie. On peut donc affirmer que la « tolérance » de l’idéologie hédoniste voulue par le nouveau pouvoir est la pire des répressions de toute l’histoire humaine. »[4]

C’est depuis les années d’après-guerre la plus grande répression humaine, dit-il. Il s’agit pour lui d’un génocide culturel. L’expression est forte, violente, quasi insoutenable. Il illustrera dans son terrible Salò ou les 120 journées de Sodome (1976) cette réunion du sadisme et du capitalisme, le nouveau vampire avec des lunettes noires, à la peau hâlée et aux lèvres rouges.

Pasolini s’en prend avec virulence à la télévision qui corrode tous les modes de vie par ce spectacle du divertissement séducteur et avilissant et qui astreint tout un chacun devant cet objet, les séparant de leurs coutumes pour les conformer à un même pragmatisme nivelateur. Les individus n’ont alors plus aucune spécificité, leur âme et leur corps sont rivés à la télévision qui bouleverse leur personnalité, les plonge dans une béatitude malheureuse, ce que n’avait pas réussi à faire le fascisme. Dès lors, Pasolini voyait le peuple italien se dégrader, et se soumettre à ces injonctions faussement bienveillantes, perdant son accent, ses gestes propres, intériorisant les poses de leurs représentants bourgeois, s’indexant par mimétisme à ce confort hédoniste et sexuel pour fracasser la moindre pensée divergente, plongé qu’il est dans son ressenti coupé de toute pensée critique. Tyrannie du plaisir instituée comme surmoi radical.

Pasolini critique le manque de culture, la démission généralisée, le conformisme le plus abject à ses yeux. Il n’hésite pas à accuser cette nouvelle société bourgeoise dans laquelle il doit vivre, il pourfend la science qui sert le cycle de production et de consommation, transformant l’homme en consommateur. Il regrette amèrement la disparition de la culture, de l’art, de l’artisanat, du paysan, de la religion, lui l’athée. Parce que ce qu’aime Pasolini, c’est la culture populaire authentique, en relation avec le cosmos, la terre et le réel.

Pasolini trouve les jeunes de son époque fort laids, odieux, car ils perdent leur singularité pour devenir des petits bourgeois. Même les voyous. Ils ne savent plus parler, n’inventant plus leur propre culture populaire, mais se rattachant à tous les stéréotypes consuméristes. Société qui transforme les jeunes en « misérables érotomanes névrotiques » dans cette « liberté sexuelle » reçue et non conquise.

« Ainsi le dernier lieu où habitait la réalité, c’est-à-dire le corps, le corps populaire, a, lui aussi, disparu. »[5]

Il est clair que le cinéaste et écrivain italien en veut à la société permissive et à cette sexualité faussement libérée. Ses déclarations sont alors sans aucune ambiguïté :

« Je sais seulement que, pour le moment, la fausse permissivité au sein d’une fausse démocratie est encore pire que la répression brutale et sans euphémisme » [6]

ou encore

« C’est la tolérance qui crée les ghettos, parce que c’est à travers la tolérance que les « différents » peuvent sortir au grand jour, à condition cependant d’être et de rester une minorité, acceptée, mais repérée et circonscrite. La tolérance est l’aspect le plus atroce de la fausse démocratie. Je te dirai qu’il est même beaucoup plus humiliant d’être « tolérés » que d’être « interdits » et que la permissivité est la pire des formes de répression ». [7]

Au lieu de maintenir les grains de raisin soudés les uns aux autres dans une grappe pour former une société homogène et diverse, le libéralisme culturel et économique se doit de les séparer (atomisation), de les opposer entre eux, puis de les fragmenter encore et encore jusqu’à les faire imploser. Ce sera aux individus de supporter leur propre domination et leur propre avilissement venus non plus de l’extérieur, mais de l’intérieur. L’intériorisation du maître par l’esclave émancipé disait Jean Baudrillard. Le libéralisme place son élan dans l’égoïsme et le narcissisme humains en faisant croire que l’individu choisit seul l’objet de son désir et que son ressenti s’en trouve dès lors légitimé.

Ceci explique pourquoi Pasolini s’en prend aux laïcs et aux progressistes qui, forts d’une raison surdéterminée jusqu’à l’abrutissement de leurs principes, ne tolèrent plus qu’eux-mêmes, et utilisent les mêmes méthodes religieuses qui avaient cours lors de l’Inquisition, recouvertes maintenant d’une panoplie « éclairée », sucrée, faisant avancer cette idéologie bourgeoise et centralisatrice pour une petite caste. L’anathème n’a pas changé de métaphysique et reste persécuteur. Pasolini n’a jamais été dupe, et ce, dès 1973.

« Or, la masse des intellectuels qui vous a emprunté, à travers une marxisation pragmatique d’extrémistes, la lutte pour les droits civiques, en l’exprimant ainsi dans son code progressiste ou conformiste de gauche, ne fait rien d’autre que le jeu du pouvoir. Plus un intellectuel progressiste est fanatiquement convaincu de la justesse de sa contribution à la réalisation des droits civiques, plus, en substance, il accepte la fonction sociale-démocrate que le pouvoir lui impose, en supprimant toute altérité réelle par la réalisation falsifiée et totalisante des droits civiques. Ce pouvoir s’apprête donc de fait à recruter les intellectuels progressistes comme ses clercs. » [8]

Quand on lui demande ce qu’est une féministe, il répond : « Je crois que c’est une personne qui a une exigence de médiocrité, qui glisse dans l’ordre d’idées mystificatrices de la petite bourgeoisie ». [9] L’art de se faire des « amies » en pourfendant une idéologie bien précise qu’avait déjà critiqué Rosa Luxemburg, autre marxiste. Nous sommes loin de Simone de Beauvoir.

De fait, il dénonce l’installation d’une idéologie de vaste envergure, l’idéologie qui a récupéré les « damnés de la terre », agrégeant toutes les composantes sociales au logiciel, tous les opprimés et les dominés, toutes ces personnes en souffrance, les « petits prolétaires de rechange » comprenant exclus, jeunes de banlieue, sans-papiers et sans-logis, étudiants et lycéens. Que dirait-il des homosexuels, lesbiennes et transsexuels de nos jours soumis à ce même logiciel ? La récente édition spéciale de La Tribune consacrée au LGBT en entreprise l’aurait sans doute violemment indigné. Mariage homosexuel, PMA, GPA et tutti quanti, Pasolini serait catastrophé par cet embourgeoisement des minorités qui ruinera toute vie en commun, chaque code culturel. Il est presque inutile d’ajouter que Pasolini était un homosexuel revendiqué comme tel, pleinement assumé. Mais, selon lui, l’objectif était clair : toutes ces revendications identitaires permettraient d’agréger toutes les composantes sociales à un même formatage et d’ouvrir une subjectivité illimitée dans le désir.

À l’évidence, une telle pensée, largement inspirée par Marx, risque de se heurter à cette « émancipation», à cette « liberté» alors que pour Pasolini, il s’agit d’une répression. Une répression qui n’est plus ouvertement « sanglante », mais change les corps et les âmes de l’intérieur, physiquement, charnellement, ce que n’avait pu faire le fascisme authentique qu’a connu Pasolini. Il écrit :

« Je dis malheureusement parce qu’avec tous ses défauts, c’est un monde que j’aimais. Un monde répressif est plus juste, meilleur qu’un monde tolérant : parce que dans la répression se vivent les grandes tragédies, naissent la sainteté et l’héroïsme. Dans la tolérance se définissent les diversités, s’analysent et s’isolent les anomalies, se créent les ghettos. Je préférerais, moi, être condamné injustement qu’être toléré ».

À lire ces lignes, on se demande qui de nos jours peut comprendre une telle pensée tragique ?

L’attaque est sévère de la part de ce communiste qui ne s’en laisse pas conter sur ce faux progrès. Effectivement. Selon lui, une société réellement « ouverte » est une société qui ne tolère nullement un tel système d’exploitation en cachant son processus égoïste et narcissique tout en asservissant non seulement son peuple, mais à terme la planète entière, la dévastant avec une rythmique imperturbable.

Pasolini écrit :

« Le futur appartient à la jeune bourgeoisie, qui n’a plus besoin de « tenir » le pouvoir à l’aide de ses instruments classiques et ne sait que faire d’une église qui, désormais, est condamnée à disparaître de par son appartenance à ce monde humaniste du passé, qui constitue un obstacle à la nouvelle révolution industrielle. En effet, le nouveau pouvoir bourgeois nécessite, de la part des consommateurs, un esprit complètement pragmatique et hédoniste : un univers mécanique et purement terrestre dans lequel le cycle de la production et de la consommation puisse s’accomplir selon sa nature propre ». [11]

Il avait compris que la nouvelle bourgeoisie voulait des individus sans passé, jetés dans leurs pulsions.

Le cinéaste tente de démontrer que ce système capitaliste a besoin de maintenir en vie de vieux et poussiéreux ennemis :

« La menace ne vient plus du Vatican ni des fascistes, qui, dans l’opinion publique, sont déjà vaincus et liquidés, même si c’est encore inconsciemment. L’opinion publique est désormais totalement déterminée — dans sa réalité — par une nouvelle idéologie hédoniste et complètement, même si c’est stupidement, laïque. Le pouvoir permissif (au moins dans certains domaines) protégera cette nouvelle opinion publique ». [12]

Pasolini voyait bien que l’on instrumentalisait l’antifascisme pour faire taire les contestataires par la menace et la culpabilisation. Son attaque était tellement précise et lucide qu’il a eu raison avant tout le monde au point où ce processus a remarquablement bien fonctionné avec le recul du temps.

« Voilà pourquoi une bonne partie de l’antifascisme d’aujourd’hui, ou, du moins, de ce que l’on appelle antifascisme, est soit naïf et stupide, soit prétextuel et de mauvaise foi ; en effet, elle combat, ou fait semblant de combattre, un phénomène mort et enterré, archéologique, qui ne peut plus faire peur à personne. C’est, en somme, un antifascisme de tout confort et de tout repos. » [13]

Pour lui, « le fascisme peut revenir sur la scène à condition qu’il s’appelle antifascisme ».

L’antiracisme suivra peu après avec l’antisexisme où, à l’égal des anciens religieux, les thuriféraires de cette idéologie verront sans cesse des stigmates racistes ou sexistes chez autrui.

Internet est allé encore plus loin dans cet enrégimentement bourgeois grâce à l’informatique. Le cinéaste serait effaré du succès de ce processus. Anéanti de voir des empires colossaux (les GAFAM) régner sans partage, et ce, avec la collaboration active des citoyens, formatant tout sur leur passage, modélisant attitudes et comportements avec une simplicité enfantine. Et, tout se répercute dans les gestes, dans les personnages, les attitudes, etc. Le pouvoir est devenu total, illimité et se retrouve dans l’obscénité hallucinante des représentants politico-économiques et culturels de cette caste que ce soient à travers leurs frasques sexuelles de cocaïnomanes invétérés qu’avec leur collusion avec les pires truands de la mafia.

Il suffit aussi de regarder dans la rue le « look » de tous ces imbéciles en trottinettes électriques (ils sont effectivement dans le vent), ces personnes obsédées de consulter et de faire défiler leur téléphone portable sans plus porter attention au monde environnant quand ils n’ont pas un casque sur les oreilles à écouter une musique tout aussi déplorable qui les abrutit chaque jour. Sans parler de cette monomanie pathologique de se prendre en photo (selfie) et d’étaler leur nombril à la face du monde. Ils se comportent dans leur bulle ou leur citadelle, insouciants de tout et d’eux-mêmes, camper dans leur mirador de droits qu’ils réclament comme des enfants gâtés et déjà gâteux. Ils sont totalement coupés du monde réel, aspirés par la virtualité qui ne leur procure plus aucune sensation concrète, plus aucun rapport tangible avec leurs semblables sauf ceux qui peuvent leur ressembler comme des clones. Ils n’existent que par leur gloutonnerie ou leur voracité dans tout, manger, baiser, dormir, abrutis par la propagande médiatique tout en arborant un visage souriant et niais, et affichant des slogans d’ouverture ou de façade (« tolérance », « respect ») tant que cela peut leur rapporter en bonne image.

Plus fort encore est le rapport « amoureux » qui devient un geste de robot, balayant à droite ou à gauche, et jouant le destin des autres comme des cartes à jouer, des objets moulés sur une apparence ouvertement sexualisée et obscène, dénuée du moindre charme et du moindre mystère. Là aussi l’empilement ou la boulimie sont devenus les règles cachant une anorexie existentielle, tellement égoïste que le rapport à l’autre n’est vu que d’une façon pragmatique, utilitaire et fragmentée. Jamais une société n’avait pu organiser des comportements pour les rendre conformes à une adhésion si mécaniquement sentimentale et sexuelle. Et, quand tout se banalise et s’indexe par imitation aux autres, les gestes et l’âme suivent en conséquence.

Et le plus redoutable est que Pasolini a subi les pires quolibets, passant pour rétrograde et réactionnaire, lui le communiste, tout simplement parce qu’il n’allait pas dans le sens de ce progressisme libéral ou capitaliste, ruse de la ruse. C’est dire, comme l’avait vu Marx, que le capitalisme n’a jamais été réactionnaire, mais progressiste dans le sens où il abat sans cesse son antériorité dans sa fuite perpétuelle dans l’illimité. Pasolini le voyait, l’analysait avec une constance sidérante au point où il craignait pour sa propre vie.

« Nous sommes tous en danger », disait-il.

Bibliographie :

[1] https://www.revue-ballast.fr/pasolini-quelques-heures-avant-sa-mort/

[2] Pier Paolo Pasolini, _Entretiens_ (1949-1975), Delga, p. 246.

[3] Pier Paolo Pasolini, _Lettres luthériennes, op.cit,_ pp.33-34.

[4] Pier Paolo Pasolini, _Écrits corsaires,_ _op.cit.,_ pp.49-50.

[5] Pier Paolo Pasolini, _Entretiens_ (1949-1975), _op.cit., _p. 282.

[6] _Ibid., _p. 248.

[7] _Ibid_, p. 249.

[8] Pier Paolo Pasolini, _Lettres luthériennes_, Points Seuil, 2000,

pp. 232-233.

[9] Pier Paolo Pasolini, _Entretiens_ (1949-1975), _op.cit., _p. 251.

[10] _Ibid_, p. 254.

[11] Pier Paolo Pasolini, Écrits corsaires, op.cit., p. 38 et pp.49-50.

[12] Pier Paolo Pasolini, _Entretiens_ (1949-1975), _op.cit., _p. 270.

[13] Pier Paolo Pasolini, _Écrits corsaires,_ _op.cit.,_ pp. 267-268.



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