• mer. Déc 7th, 2022

« On les jette par la fenêtre pour éviter les rats »


La maison d’arrêt de Nanterre, le 5 octobre 2022.

Le tri des déchets n’est pas encore devenu une évidence dans les prisons françaises. Malgré quelques exceptions et des volontés de détenus, la pratique est loin d’être généralisée dans l’administration pénitentiaire.

Nanterre (Hauts-de-Seine) et Foix (Ariège), reportage

« Bonjour, je suis Ségolène Amiot, députée de la Loire-Atlantique et je viens visiter votre établissement. » Il est 20 h 30 mercredi 5 octobre dernier lorsque l’élue LFI-Nupes fait usage de son droit de contrôle « à tout moment » des lieux de privation de liberté, au centre pénitentiaire de Nanterre (Hauts-de-Seine) comme la loi le lui autorise.

L’objectif pour cette parlementaire qui maîtrise l’exercice, en plus de constater les conditions de détention des détenus et de travail des agents, est de comprendre comment la gestion des déchets s’opère dans l’un des établissements les plus surpeuplés d’Île-de-France.

1]. De fait, les détenus ne sont pas libres de se déplacer comme ils le souhaitent et sont généralement en cellule plus de vingt heures par jour.

« Nous faisons, au moment du déjeuner [vers 11 h 30], passer un chariot sur lequel se trouvent deux bacs, un vert pour les bouteilles en plastique et un jaune pour les canettes, c’est porteur [comme sujet] », déclare Cécile Martrenchar, la directrice adjointe de l’établissement.

Surpopulation, rats et jets d’ordures

C’est aussi à ce moment-là que les poubelles sont collectées. Ce qui n’empêche pas les détenus de jeter par les fenêtres plusieurs sortes de détritus. La surpopulation importante dans cette prison (148 % de densité carcérale au 1ᵉʳ septembre 2022), l’impossibilité de vider la poubelle de la cellule ou encore les odeurs résultant des déchets incitent les prisonniers à envisager le jet d’ordures par les fenêtres, occasionnant la venue de rats bien que des détenus soient dévolus au ramassage des ordures retrouvées au pied du bâtiment.

Aux ateliers de la prison, le carton et le plastique étaient bien séparés alors que pendant la visite des étages de détention, d’énormes poubelles présentes sur les paliers laissaient penser que passé l’heure du passage du tri, l’objectif de tri, partait lui aussi « à la poubelle ».

*], détenu contacté via les réseaux sociaux, est emprisonné à Bonneville (Haute-Savoie). Il explique : « Il y a cinq ou six mois, on a proposé de séparer les canettes pour que ça soit récupéré et ensuite vendu à un ferrailleur afin de récolter des fonds pour les détenus indigents, mais cela a été impossible de mettre cette action en place. » Si la plupart des directions d’établissement semblent ne pas avoir le souci des conséquences écologiques de leurs déchets, c’est souvent une demande des personnes incarcérées.

Au centre de détention de Roanne [2], Abdel [*] nous affirme être obligé de jeter les déchets par la fenêtre pour « éviter de faire monter les rats voire les cafards en cellule ». Un témoignage similaire pour Jason [*], détenu du centre de détention d’Eysses (Lot-et-Garonne) « Déjà pour récupérer de grands sacs poubelle pour les cuisines et les parties communes, c’est une galère. La gestion des déchets, c’est pas une priorité de la direction », dit-il Dans la très grande majorité des prisons du pays, la collecte se fait le matin lors de l’appel à 7 h.

Il n’y a pas de ligne directrice claire de la part de l’administration pénitentiaire à l’échelle nationale. Cependant, comme Nanterre, la maison d’arrêt de Strasbourg a mis en place un dispositif précurseur dès 2014 en signant la charte « Tous unis pour plus de biodiversité » de la communauté urbaine de la ville. Cette charte encadre l’utilisation des produits phytosanitaires et favorise les comportements écologiques en détention.

Reporterre.
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