• lun. Nov 28th, 2022

« Le déficit d’eau mettra l’agriculture à mal en 2023 »


Roland Séférian est ingénieur-chercheur au Centre national de recherches météorologiques (Météo-France/CNRS).

Reporterre — Nous assistons cet automne à une vague de chaleur, qui provoque des hausses de température jusqu’à 30 °C dans le Sud-Ouest. Quelle est la mécanique à l’œuvre derrière ce phénomène météorologique ?

Roland Séférian — Nous sommes dans une situation hors norme. Sur la deuxième moitié d’octobre, on constate des anomalies de température de l’ordre de +4 à +5 °C par rapport aux normales saisonnières. Ce phénomène est provoqué par un déplacement d’air chaud venant du Maghreb, qui se produit souvent dans des situations de blocage où l’anticyclone des Açores, qui se situe au niveau de l’Atlantique, empêche les dépressions d’arriver à l’automne sur l’ouest de l’Europe.

Cette situation aboutit à un air chaud qui transite du sud vers le nord et s’accumule. Si les sols étaient gorgés d’eau, cette chaleur aurait tendance à favoriser l’occurrence d’orages ou de nuages et à permettre à l’air de se refroidir. Mais là, les sols sont secs, ce qui accentue la sécheresse déjà provoquée par l’été que nous avons traversé. Ce manque d’eau, cumulé à cet air sec, renforce ce phénomène de sécheresse.

Comment se caractérise ce phénomène de sécheresse ?

Le phénomène que l’on observe en France n’est pas isolé. Aux États-Unis, 82 % de la surface des terres se trouve soumise à un niveau de sécheresse poussée. Ce sont les conséquences de ce que nous venons de vivre : un printemps très chaud, un été de feux et un automne très sec. Les ruisseaux étaient déjà au plus bas cet été, et nous sommes aujourd’hui dans une période d’étiage où les cours d’eau sont déjà au plus bas.

Nous nous retrouvons donc avec des sols très asséchés, dont les argiles vont avoir du mal à se réhydrater. Normalement, les nappes phréatiques, où nous puisons de l’eau pour tous les usages, devraient commencer à se recharger, mais ce phénomène va être enrayé vu la sécheresse actuelle.

Quelles seront les conséquences de cette situation hors norme ?

Ses impacts vont se répercuter en 2023. Nous allons démarrer l’année avec un déficit dans les nappes phréatiques, ce qui mettra à mal tous les pans sectoriels de notre société basés sur des prélèvements d’eau, particulièrement l’agriculture.

La végétation va également en subir les conséquences. Nous sommes à la fin du cycle végétative où la flore se prépare à résister à l’hiver. Elle est fragile durant cette période. Tout stress météorologique — comme un vent régulier qui assèche les plantes — peut aboutir à la mortalité accrue de la végétation et empêcher son redémarrage au printemps prochain.

Il va aussi y avoir un impact sur les nuisibles, les organismes ravageurs présents dans le sol et les eaux. La baisse des températures est le principal mécanisme de régulation des insectes qui dévorent les récoltes. En hiver, leurs œufs meurent. Un automne particulièrement chaud est un cocktail inquiétant qui risque d’aboutir à la recrudescence de ces nuisibles lors du redémarrage de la végétation.

Ce phénomène météorologique est-il une conséquence du dérèglement climatique ?

Le phénomène n’est pas nouveau, il y a eu par le passé des automnes ou des hivers plus chauds que la normale. Cependant, le consensus scientifique que l’on retrouve dans les rapports du Giec [1] est très clair. À cause du réchauffement climatique, des phénomènes de cette nature vont devenir plus fréquents, plus intenses ou plus longs.

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