• mer. Déc 7th, 2022

salle comble pour le lancement du débat public


28 octobre 2022 à 15h41,
Mis à jour le 28 octobre 2022 à 18h03

Durée de lecture : 6 minutes

Nucléaire

Paris, reportage

« Concernant le nucléaire, les citoyens et les citoyennes ont généralement l’impression que la décision est déjà prise et qu’ils sont mis devant le fait accompli », a lancé l’animatrice à Chantal Jouanno, présidente de la Commission nationale du débat public et ex-secrétaire d’État chargée de l’écologie [1]. « Souvent, c’est plus qu’un sentiment, c’est une réalité ! » Cela sera-t-il différent cette fois ? Le débat public national sur le nucléaire a débuté jeudi 27 octobre à Dieppe et à Paris, à la Maison de l’Europe, [2] et durera quatre mois. Il portera sur la construction de deux réacteurs nucléaires supplémentaires de type EPR2 dans la centrale nucléaire de Penly, près de Dieppe, en Seine-Maritime (76). Ce débat est une obligation légale, à la dimension tant locale que nationale. Pas question de revoir radicalement la place du nucléaire en France, mais l’idée est que les Français « participe[nt] à l’élaboration des décisions sur ce sujet », comme le dit la CNDP — créée il y a vingt-cinq ans. Concrètement, « toutes les options sont ouvertes », assure EDF, et même la remise en question de « l’opportunité du programme et du projet proposés ».

Le débat public va durer quatre mois. © Scandola Graziani / Reporterre

Six EPR2 d’ici 2035 ? Le coût, selon EDF : 50 milliards d’euros

Le thème de cette première réunion ? L’utilité dudit débat. Il a « vraiment vocation à éclairer les parlementaires », a précisé Chantal Jouanno. Ces derniers sont appelés à voter la loi de programmation énergie climat en 2023. Résultat de ce premier jour : se sont exprimés, lors de prises de parole chronométrées, des pronucléaires — ingénieurs EDF, maires de communes… — et des anti — ONG, citoyens lambdas, élus… À Dieppe et à Paris, les salles étaient pleines. Les gens levaient leurs mains avec entrain, galvanisés par l’espoir d’être enfin pris en compte, et tant pis si l’on s’écartait du thème de l’utilité du débat. Il y avait ce maire adjoint de Brametot, une commune située à 20 kilomètres de la centrale de Penly, qui voit dans le projet d’EPR l’opportunité de nouveaux emplois pour les habitants de la région. Ou encore cette dame, membre de l’association Sans offshore (SOS) à l’horizon, qui préfère de nouveaux réacteurs nucléaires à un projet de parc éolien marin comme celui au large de Dieppe et du Tréport (Seine-Maritime). Ces futurs réacteurs font partie du vaste programme industriel lancé par EDF et RTE, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité, prévoyant la mise en place de six EPR2 d’ici 2035. Le coût, selon EDF : 50 milliards d’euros, dont 17 milliards pour les deux premiers en Normandie.

Il y avait aussi, bien sûr, les représentants d’EDF, qui parlaient d’indépendance énergétique et d’énergie décarbonée : « Nous sommes convaincus que construire un certain nombre de réacteurs forte puissance en France est une bonne option pour contribuer à l’indépendance énergétique du pays, et à la production d’une énergie bas carbone. Je suis passionné par cette proposition », a assuré Xavier Ursat, directeur de l’ingénierie et des projets du nouveau nucléaire chez EDF.

© Scandola Graziani / Reporterre

Il y a un mois, le gouvernement présentait son « projet de loi pour l’accélération du nucléaire » : un texte visant à faciliter la construction de nouveaux réacteurs nucléaires, en l’occurrence les six EPR2 annoncés par Emmanuel Macron à Belfort, en février dernier. Face à l’annonce de ce projet de loi, les associations de défense de l’environnement avaient crié au scandale, accusant le gouvernement de faire passer le texte au forceps, de manière antidémocratique, et sans qu’il y ait eu de débat public sur la question. Pour beaucoup d’entre eux, hier, planait le spectre de l’échec du débat public de 2005 sur le projet d’EPR de Flamanville [3].

Lire aussi : Une centaine de députés saisissent la CNDP pour obtenir un vrai débat sur l’énergie

Face aux pronucléaires, les anti étaient bien présents : associations environnementales, notamment Greenpeace à Dieppe, le Réseau Action Climat à Paris, ou encore Sortir du nucléaire. La section normande d’Europe Écologie-Les Verts (EELV) a également pris position contre le projet dans un communiqué de presse. À Dieppe, Véronique Bérégovoy, conseillère régionale d’EELV a insisté sur l’importance d’un débat démocratique et mis en garde contre la puissance des lobbies du nucléaire. Elle s’est attachée à déconstruire tous les « mythes » du nucléaire, notamment celui sur l’indépendance énergétique qu’il permettrait, « puisque nous importons 100 % de notre uranium ». Le mythe de l’énergie bas-carbone aussi, qui « occulte toute la chaîne industrielle depuis l’extraction jusqu’à la gestion des déchets, en passant par la construction des centrales ». Le mythe d’une énergie nécessaire à la transition écologique, qui « masque la réalité qu’il faudrait en fait quinze ou vingt ans voire plus pour construire ces réacteurs ».

« Je refuse d’être complice de cette incroyable gabegie économique »

Vêtu d’une polaire à carreaux qui détonne dans l’assemblée, Dominique Boutin, président du réseau énergie de France Nature Environnement, a enchaîné : « Je refuse d’être complice de la poursuite de cette filière qui a démontré son incapacité à répondre économiquement, socialement, techniquement et environnementalement aux enjeux du siècle. Je refuse d’être complice de l’incroyable gabegie économique qui va retomber sur le dos du contribuable. Je refuse de… » À Dieppe, sa tirade qui dépasse le temps de parole réglementaire reçoit un tonnerre d’applaudissements.

« Nous sommes convaincus que construire un certain nombre de réacteurs forte puissance en France est une bonne option », a assuré Xavier Ursat, directeur de l’ingénierie chez EDF. © Scandola Graziani / Reporterre

Enfin, des riverains du projet, tel cet habitant de Petit Caux, la commune où se situe la centrale de Penly, se sont interrogés : « Comment résister à cette manne économique qu’EDF nous apporte ? La vérité, c’est que nous allons sacrifier nos générations futures : ce sont eux, nos arrière-petits-enfants, qui devront démanteler les réacteurs et s’occuper de la gestion des déchets radioactifs. Sans compter que dans un contexte de guerre, qui sait ce que pourraient représenter les réacteurs nucléaires de Penly ? » Interrompu par les animateurs qui veillent au respect du temps de parole (2 minutes pour les prises de parole et 7 pour les interventions programmées), l’homme poursuit coûte que coûte.

Ce temps contraint était frustrant pour les orateurs, qu’ils soient opposés ou favorables au projet. « Ça sert à quoi de faire un débat si on nous interrompt sans arrêt ? » ronchonne l’un d’eux. Les membres de la CNDP ont tenté de rassurer l’auditoire : « Cette réunion d’ouverture à un caractère très institutionnel, mais ce ne sera pas la tonalité du reste du débat. » Sont prévus des temps de parole plus horizontaux et des échanges informels sans chronomètre.

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