• mar. Déc 6th, 2022

Les manifestants contre les mégabassines ont subi une violence intense


« Un niveau de répression comme ça, on n’en avait pas vu depuis les Gilets jaunes ! » Six jours après la manifestation contre les mégabassines à Sainte-Soline, dans les Deux-Sèvres, les organisateurs [1] n’en reviennent toujours pas. Cette marche d’opposants aux mégabassines, qui avait été interdite quelques jours auparavant par la préfecture, a été très violemment réprimée par les forces de police le 29 octobre.

1 700 gendarmes étaient mobilisés pour encadrer la manifestation de plusieurs milliers de personnes (plus de 8 000 selon les organisateurs, 4 000 d’après la préfecture). Différents cortèges ont défilé, et certains ont pénétré sur le chantier de la future retenue d’eau de Sainte-Soline. Les forces de police ont procédé à des tirs de lacrymogène, de LBD, ou encore de grenades de désencerclement. Les organisateurs ont recensé une soixantaine de blessés parmi les manifestants, dont six qui ont dû être hospitalisés.

Un manifestant blessé arrêté dans sa chambre d’hôpital

« Trois personnes ont été blessées par des tirs de grenades assourdissantes », affirme Léna Lazare, membre des Soulèvements de la Terre. Elle énumère : « Une première a reçu des éclats de grenade, qui ont causé des blessures profondes jusqu’à l’os. Elle a d’ailleurs dû être opérée à Paris pour ça. Une autre personne a reçu des éclats de grenade dans le bras, et une troisième a reçu un morceau de grenade dans le nez. Elle a eu le nez arraché. » Une opération de reconstruction esthétique va devoir lui être réalisée. Deux autres manifestants ont également été blessés, cette fois par des tirs de LBD. « Une personne a été blessée à la tempe, une autre a le nez cassé », poursuit Léna Lazare.

Enfin, le cas le plus « choquant » est celui de Robin [*]. Ce manifestant a été blessé au front par un tir de LBD40, affirme le collectif des Soulèvements de la Terre. Alors qu’il devait être placé en garde à vue, il a été emmené au CHU de Ruffec (Charente). Là-bas, selon ce qu’il a raconté à ses proches, il a passé un premier scanner en étant menotté, sous surveillance des gendarmes, qui faisaient fi du secret médical [2]. Le CHU de Ruffec n’a pas souhaité répondre aux questions de Reporterre, sa directrice nous indiquant qu’il y avait un enjeu de secret médical. L’examen ayant révélé un hématome intracrânien et une orbite fracturée, selon le collectif, il a été transféré au CHU de Poitiers dans la nuit du 29 au 30 octobre. Il y est resté jusqu’au 4 novembre, avant d’être arrêté dans sa chambre d’hôpital, et placé en garde à vue [3]. « Pour quelqu’un qui a juste participé à une manifestation interdite, c’est choquant comme procédé », dénonce Léna Lazare.

Contacté par France Bleu Poitou, le parquet de Niort a confirmé le placement en garde à vue de Robin pour « participation à un regroupement formé en vue de la préparation de violences contre les personnes ou de destruction ou dégradation de bien ».

Manifestation contre les mégabassines des Deux-Sèvres, les 29 et 30 octobre 2022.

Une « criminalisation » des opposants aux bassines

« Nous avions une armée face à nous », dit à Reporterre Lisa Belluco, députée Europe Écologie-Les Verts, qui a reçu des coups de matraque des gendarmes lors de la manifestation. Elle insiste : « Je ne le dis pas à la légère : les consignes des forces de l’ordre étaient de frapper les militants. Je ne suis pas la seule élue clairement identifiée à avoir été frappée [les députés Manon Meunier et Loïc Prud’homme (La France insoumise) l’ont également été]. Ce n’est pas parce que la manifestation était interdite qu’on a le droit de frapper des gens. »

« Au poste médical avancé [4], il n’y avait aucun secret médical. Les pompiers donnaient toutes les informations médicales des manifestants aux gendarmes », affirme également Arthur [*], membre des Soulèvements de la Terre.

Les organisateurs dénoncent donc une stratégie de « criminalisation » des riverains, élus et militants écologistes qui s’opposent à la création de bassines agricoles. Stratégie illustrée par la sortie de Gérald Darmanin, qui est allé jusqu’à affirmer que les manifestants utilisaient « des modes opératoires qui relèvent de l’écoterrorisme ». « Des images d’affrontements [entre des militants et les forces de police] ont été publiées, et c’est vrai que si on ne voit qu’elles, on s’imagine que ça été la guerre du début à la fin, concède Léna Lazare. Mais ce n’est clairement pas notre ressenti. Il y a d’autres images où l’on voit très bien que c’était une manif familiale, festive, tout à fait classique. »

Qui atteste que les gendarmes sont blessés ?

Du côté des forces de police, le ministre de l’Intérieur a évoqué les chiffres de « 61 gendarmes blessés, dont 22 sérieusement ». Et de commenter : « Ce chiffre démontre que ce n’était pas une manifestation pacifique mais un rassemblement très violent. » Mais le ministère de l’Intérieur n’a pas détaillé comment ce recensement avait été effectué : s’agit-il de 61 gendarmes examinés par un médecin, ou 61 gendarmes qui se sont eux-mêmes déclarés blessés ? Le ministère n’a pas non plus révélé la nature de ces blessures, ni combien précisément avaient nécessité des hospitalisations. Contacté, le ministère n’a pas répondu à notre demande d’éclairage.

En plus de Robin, quatre personnes ont été placées en garde à vue. Elles sont accusées de « participation à une manifestation interdite » et « participation à un groupement en vue de commettre des violences et dégradations ». Leur procès se tiendra le 28 novembre.

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