• jeu. Déc 1st, 2022

Coca-Cola, EgyptAir… les sponsors controversés de la COP27


Coca-Cola, Microsoft, Siemens, EgyptAir… Non, ce ne sont pas les sponsors de la Coupe du monde au Qatar, mais bien ceux de la COP27. Des partenaires aux antipodes de cet événement mondial du climat, qui réunit du 6 au 18 novembre en Égypte près de 200 pays pour orienter les actions climatiques.

Défilant au compte-gouttes depuis quelques mois sur le site de la COP27, les marques retenues comme partenaires officiels y trouvent l’occasion de verdir leur image, positionner leur logo ou présenter leurs services. « C’est une opportunité en or pour faire de la communication à un niveau international, constate Clément Sénéchal, chargé de campagne climat à Greenpeace. Peu d’événements mondiaux ont autant d’écho et d’exposition. »

Pour accéder au titre de partenaire, plusieurs options de contribution existent. Elles peuvent être « sous forme d’expertise, de matériaux et de solutions innovantes ». Partenaires de la COP27, General Motors et Al Mansour Automotive fournissent 150 véhicules électriques durant l’événement. Microsoft apporte son soutien technologique, en aidant « les personnes et les organisations à mieux comprendre le potentiel de transformation de la technologie ».

Mais la contribution reste avant tout financière, les pays hôtes cherchant à alléger la facture de cet événement conséquent. À titre d’exemple, l’organisation de la COP21 à Paris a coûté 187 millions d’euros en 2015.

© Clarisse Albertini / Reporterre

Secteur automobile, numérique, aérien… Difficile de voir comment ceux-ci nous aideront à sortir de la crise climatique. Florilège des sponsors de la COP parmi les plus polluants de la planète.

• Coca-Cola et ses bouteilles polluantes

Le partenariat entre le géant étasunien et la COP27 a été fortement condamné par les ONG comme étant une opération de « greenwashing ». Pour cause, Coca-Cola était en 2021 le premier pollueur de plastique au monde, selon un rapport de l’ONG Break Free From Plastic. En 2019, la marque de boissons pétillantes a produit près de 3 millions de tonnes de plastique, selon un rapport de Greenpeace. Elle a émis environ 15 millions de tonnes de CO2, ce qui représente l’émission annuelle de CO2 de plus de 3 millions de Français. La firme a également été accusée en 2011 de vider et polluer les nappes phréatiques au sud de l’Inde, pour y puiser de l’eau au détriment des populations locales.

Peu importe, Coca-Cola affiche sa volonté « d’être zéro carbone à l’échelle mondiale d’ici 2050 » et se targue d’être reconnue « comme un leader en matière de développement durable », en citant différentes évaluations.

• Microsoft et IBM, la technologie au service du climat…

Microsoft et IBM souhaitent également se positionner comme défenseurs de la cause environnementale. Alors que pour Microsoft, « la technologie apportera des réponses à bon nombre des défis climatiques les plus urgents d’aujourd’hui », pour IBM, la combinaison « technologique » et « expertise » va « aider certaines des plus grandes organisations du monde à atteindre leurs objectifs de développement durable ».

Au niveau mondial, les technologies numériques mobilisent aujourd’hui 10 % de l’électricité produite — aussi bien pour sa production (matériel informatique, etc.) que pour son utilisation (réseau internet, data centers, etc.) —, et représentent 3,7 % des émissions totales de gaz à effet de serre [1]. Pour la France, le numérique a émis 2 % des émissions de gaz à effet de serre en 2019, mais pourrait d’après des projections atteindre près de 7 % en 2040.

Malgré des data centers « verts », et autres acrobaties de communication, le numérique reste très dépendant des énergies fossiles, et les deux secteurs se développent ensemble. Selon un rapport de 2021, Microsoft est le plus grand partenaire technologique de l’industrie du pétrole et du gaz, avec une expertise sur les programmes d’intelligence artificielle pour aider la découverte des gisements et l’extraction du pétrole.

• General Motors et EgyptAir, les transports à la COP

General Motors, dans la course à l’électrification, va investir 35 milliards de dollars jusqu’en 2025 dans des projets de véhicules électriques. Là aussi, difficile d’associer la voiture électrique comme la solution écologique miracle, comme le rapporte une enquête de Reporterre sur « les fausses promesses de la voiture électrique ». La stratégie d’électrification de la société centenaire consistera surtout à vendre au grand public des SUV électriques, dont l’impact environnemental reste très problématique, une voiture électrique ayant une empreinte carbone directement proportionnelle à son poids, en raison de la capacité de stockage nécessaire pour sa batterie.

Parmi les marques appartenant à General Motors : Chevrolet. Wikimedia Commons/CC BYSA 3.0/Mariordo

EgyptAir, la compagnie aérienne nationale de l’Égypte, fait également partie des sponsors de l’événement. Elle est la troisième plus grande compagnie du continent africain en matière de nombre de passagers. Un secteur responsable de 2,5 % des émissions globales ; un chiffre sous-estimé, ne prenant pas en compte les effets les plus significatifs de l’aviation.

• Alliance controversée avec l’Arabie saoudite

Autre partenaire embarrassant de la COP27, le cabinet de conseil Boston Consulting Group (BCG). Comme le rapporte le New York Times, le leader mondial du conseil en stratégie a notamment consolidé depuis au moins 2015 le pouvoir du prince controversé Mohammed ben Salmane, en Arabie saoudite. Le prince héritier est connu en occident pour des accusations concernant le meurtre violent du journaliste Jamal Khashoggi à Istanbul, et d’avoir augmenté le nombre d’exécutions depuis son accession aux pleins pouvoirs.

Par ailleurs, en juin 2021, le BCG a été mandaté par l’Arabie saoudite pour lui permettre de devenir l’hôte de la Coupe du monde de football en 2030. « L’objectif d’aider nos clients à prospérer et de leur permettre de rendre le monde meilleur » a du mal à passer. La société BCG, après avoir aidé le premier exportateur du pétrole au monde à forger une vision économique pour 2030, dit s’appuyer sur sa « vaste expérience pour aider les gouvernements à accélérer leur parcours climatique ».

Les COP sous influence ?

Ce n’est pourtant pas la première fois que les sponsors des COP sont pointés du doigt. Plusieurs associations avaient dénoncé la participation d’entreprises polluantes à la COP21 à Paris et à la COP26 de Glasgow.

© Clarisse Albertini / Reporterre

Autre point critique : l’influence des entreprises privées lors des négociations. « Difficile d’évaluer aujourd’hui si elle a vraiment lieu, selon Alice Picard, porte-parole d’Attac. Il y a besoin d’une certaine transparence, ce qui ne semble pas être le cas. » Selon Clément Sénéchal, de Greenpeace : « C’est quelque chose qu’il faudrait réformer. Ce n’est pas normal que des lobbyistes du secteur privé discutent de notre avenir. » Pour mettre fin à ce genre de partenariats, une pétition a été lancée, atteignant déjà près de 240 000 signatures.

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