• jeu. Déc 1st, 2022

Café, crevettes… protéger la biodiversité se joue aussi dans nos assiettes


Et si nous renoncions au saumon et au chocolat pour aider à sauver la faune et la flore ? Selon le rapport Afterres2050 consacré à la biodiversité, publié le 10 novembre par l’association Solagro [1], il faut en tout cas modifier son alimentation. La « préservation de la nature ne peut s’envisager sans une remise en cause profonde de nos consommations », écrit-elle.

Et cela passe par la sobriété « comme prérequis non négociable », et en particulier dans nos assiettes. Bien sûr, la baisse de la consommation de viande, dont la production nécessite d’importer beaucoup de soja reste un enjeu majeur — l’Europe importe près de 90 % du soja qu’elle donne à son bétail. Solagro rappelle qu’une des principales solutions consiste à diminuer de 50 % notre consommation de viande et de 20 % celle de produits laitiers. Et de privilégier les protéines végétales, notamment les légumineuses, dont il faudrait augmenter notre consommation par cinq. Manger moins d’aliments tropicaux, comme le cacao, le café ou les crevettes s’avère aussi indispensable. C’est l’une des douze actions listées par Solagro pour préserver la biodiversité.

La forêt tropicale remplacée par la culture de cacaoyers en Côte d’Ivoire

En matière de cacao, l’exemple de la Côte d’Ivoire révèle à lui seul comment nos consommations quotidiennes (ou presque) peuvent être dévastatrices. « La production de cacao en Côte d’Ivoire est une des raisons majeures de disparition de la forêt tropicale de ce pays », affirme le rapport. En 1961, le pays produisait 85 000 tonnes de cacao. En 2019, il en a produit… 2 180 000 tonnes, soit vingt-cinq fois plus. Pour cela, la surface de cacaoyers a dû être multipliée par plus de dix-huit. Conséquence implacable : la surface de la forêt tropicale, elle, a été divisée par cinq.

Sont aussi pointées du doigt les crevettes, fruit de mer le plus consommé en France, mais dont l’élevage est le principal responsable de la destruction des mangroves. Depuis les années 1970, les Français consomment trois fois plus de crevettes. Or, la production française est très limitée : seulement 350 tonnes de crevettes roses et 50 tonnes de crevettes impériales sont élevées dans les claires à huîtres. Aussi importons-nous chaque année 84 000 tonnes de crevettes, principalement de l’Équateur, d’Inde, du Vietnam et de Madagascar. 56 % proviennent de l’aquaculture et seraient responsables de la destruction de 43 000 hectares de mangroves.

La France importe chaque année 84 000 tonnes de crevettes

Quant aux poissons, nous importons les deux tiers de ceux que nous mangeons. Solagro souligne en particulier le problème du saumon d’élevage. Chaque année, la France en importe 173 000 tonnes, en majorité depuis la Norvège. Or les saumons (tout comme les truites, bar ou daurades d’élevage) se nourrissent essentiellement de farine de poisson. « Leur production contribue à aggraver les problèmes de surpêche, avec en plus des problèmes éthiques puisque, pour l’essentiel, les espèces utilisées pour la farine sont pêchées au Sud, pour nourrir les élevages du Nord », détaille le rapport. Avec la hausse du prix de la farine de poisson, depuis quelques années, les fabricants de farine ont tendance à remplacer pour partie le poisson par du soja, dont on connaît aussi les effets dévastateurs sur la déforestation notamment en Amazonie.

L’ONG Greenpeace surveille la déforestation au Brésil. Après avoir abattu les arbres, les accapareurs de terres brûlent la zone. Nova Maringá, Etat du Mato Grosso, Amazonie, juillet 2020. © Christian Braga / Greenpeace

« Le saumon et les crevettes sont pourtant au menu de tous les restaurants ! Personne ne se pose de questions. Il serait pourtant temps qu’on s’y intéresse », s’indigne Christian Couturier, directeur général de Solagro. Des solutions existent : privilégier les poissons herbivores, la pêche côtière, la pisciculture durable et les circuits courts.

Remplacer le jus d’orange par du jus de pomme

Car il ne s’agit pas forcément de se priver de nos aliments préférés, mais de choisir ceux qui auront le moins de conséquences sur la biodiversité. « L’objectif n’est pas de stopper tout échange commercial, souligne le rapport, mais de développer des échanges équitables de produits durables n’impactant peu ou pas l’environnement. On peut imaginer ainsi continuer à échanger du café, du chocolat, du thé, des épices ou du coton contre des céréales, du fromage, des spiritueux ou du vin. » Il conseille ainsi de privilégier les labels équitables, mais aussi bio, en rappelant que « l’utilisation massive de pesticides dont certains sont interdits d’usage en Europe est aussi très impactante sur la biodiversité et sur la santé des populations locales ». Il plaide enfin pour la substitution : par exemple remplacer le jus d’orange par du jus de pomme, le café et le thé par de la chicorée et des tisanes.

En 2012, les expéditions de viande ovine à partir de la Nouvelle-Zélande à destination de la France étaient de 19 000 tonnes équivalent-carcasse sur un total de 110 000, selon le ministère de l’Agriculture. Flickr / CC BYNCND 2.0 / Airflore

Évidemment, ces changements d’habitudes ne peuvent pas reposer uniquement sur le consommateur, et impliquent la mise en place de nouvelles politiques publiques et initiatives territoriales. Solagro insiste sur la nécessité de relocaliser en France la culture de nombreux fruits et légumes importés aujourd’hui d’Espagne ou du Maroc, des oléagineux et aussi de la viande, en prenant l’exemple des agneaux importés de Nouvelle-Zélande. Elle milite enfin pour le maintien et le développement en France de la production de crustacés et d’algues.

Selon l’association, « vouloir résoudre les problèmes de conservation de la nature sans aborder la question de la transition énergétique, sans transformer nos modes de productions agricoles ni adapter nos régimes alimentaires, n’est qu’illusion ».

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