• jeu. Déc 1st, 2022

Deux pays gelés (Le Monde diplomatique, novembre 2022)

ByVeritatis

Nov 15, 2022


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Bureau de vote dans une école de Des Moines (Iowa), 8 novembre 2022.
cc Phil Roeder

Même si près d’une semaine après l’élection, certains résultats ne sont toujours pas connus, il est clair que le parti républicain a réalisé une contre-performance lors des scrutins de mi-mandat. Traditionnellement, ceux-ci se traduisent par de fortes pertes, voire une déroute, pour le parti qui détient la Maison Blanche. Ce fut le cas lors des présidences de Ronald Reagan, de William (« Bill ») Clinton, de Barack Obama et de Donald Trump. Le président Joseph Biden vient donc de surmonter cet obstacle. Le réconfort psychologique que lui procure cette réussite l’encouragera à solliciter un nouveau mandat en 2024 (il aura alors 82 ans).

D’ici là, la fin de son mandat sera néanmoins difficile dans la mesure où le contrôle probable, fût-il de justesse, de la Chambre des représentants par les républicains rendrait peu vraisemblable le vote de nouvelles réformes démocrates ambitieuses, surtout si elles comportent des incidences financières. En revanche, le président démocrate pourra désigner les candidats de son choix à la tête des grandes administrations du pays – et à la Cour suprême – sans redouter un vote hostile du Sénat (lequel doit ratifier nombre de ces nominations.) Au plan de la politique étrangère, le plus probable est que les scrutins de mardi dernier ne changeront pas grand chose. Car une rivalité plus franche avec la Chine, la Russie, l’Iran et des budgets militaires plus importants encore comptent au nombre des rares orientations politiques sur lesquelles s’accordent les deux grands partis.

L’ancien président Trump, qui adore se vanter qu’il « gagne » toujours, y compris quand il perd, sort affaibli des « midterms » de mardi dernier. Certains des candidats qu’il avait choisis l’ont emporté, notamment en Ohio, mais beaucoup ont mordu la poussière. Et, cette fois, la plupart admettent leur défaite sans inventer des fraudes électorales inexistantes. L’annonce probable de la prochaine candidature de M. Trump à l’élection présidentielle de 2024 est ternie par un tel prologue. La réélection triomphale du gouverneur républicain de Floride, M. Ronald (« Ron ») DeSantis suggère par ailleurs que l’ancien locataire de la Maison Blanche pourrait avoir un rival coriace s’il souhaite succéder au président Biden.

Cette réélection de M. DeSantis avec près de 60 % des suffrages rappelle aussi que les démocrates ont essuyé nombre de défaites spectaculaires que leur victoire (relative) ne devrait pas faire oublier. Les jeunes ont certes voté en leur faveur, et plus que prévu, en partie pour défendre un droit à l’avortement menacé. Mais des États autrefois disputés comme la Floride et la Caroline du Nord semblent dorénavant acquis aux républicains. Par ailleurs, l’électorat noir, et plus encore hispanique, ne vote plus de façon aussi monolithique en faveur des démocrates.

Au fond, la dimension la plus remarquable de ce scrutin est le gel politique qu’il traduit. Après deux ans de paranoïa politique, des dépenses électorales fracassantes (on parle de 16,7 milliards de dollars !), peu de sièges ont changé de mains, les démocrates ont continué à voter massivement démocrate, les républicains à voter massivement républicain, les indépendants à se partager entre les deux partis dans une proportion qui n’a guère varié (même si, là aussi, la question de l’avortement paraît avoir favorisé les démocrates). Les États « rouges » deviennent de plus en plus rouges, les États « bleus » de plus en plus bleus.

Une Amérique : deux pays gelés. Et déjà entre eux, le prochain affrontement se prépare.



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