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Le Qatar est une dictature corruptrice et islamiste ! Tout le monde s’en foot. — Jacques-Marie BOURGET

ByVeritatis

Nov 19, 2022


Parlons chiffres, pas en euros ou dollars, mais en indice de liberté. Selon le classement mondial des démocraties dans le monde, le Qatar se classe 114e et devance l’exemplaire Kirghizistan, ce qui est une belle performance. Pour faire court, rappelons que ce magnifique ami de la France n’a pas de comptabilité publique, que la caisse de l’Etat et celle de la famille régnante c’est pareil. Mais, si ce pays micro de 200 000 habitants n’est pas doté d’une constitution, il a une excuse. Alors qu’il est chargé de rédiger la chose depuis 25 ans, Dominique de Villepin n’a trouvé aucune cartouches d’encre adaptables à son stylo en or. Les lois sont de circonstance, et les jugements aléatoires, prononcés par des magistrats qui sont des mercenaires étrangers écrivant leurs arrêts sous la dictée au palais. La presse n’existe pas ce qui a un avantage, ne pas avoir à la priver de liberté. Pour mémoire citons les centaines de milliers d’ouvriers étrangers, et exploités selon les règles de l’esclavage, pour l’édification du paradis qatari. Et les morts, ces assassinés du travail qui méritent enfin quelques épitaphes dans la presse. Alors qu’en 2012 « The Guardian », puis que moi-même en 2014, dans le livre « Le Vilain petit Qatar » co-signé avec Nicolas Beau, avons tenté de jouer les lanceurs d’alerte. Crimes accomplis sous les yeux de maîtres d’œuvre et d’architectes occidentaux, donc forcément très humanistes.

Pourquoi une telle mystification celle d’un Doha exemplaire a tenu si longtemps le choc ? Le fait étant établi, pourquoi le Qatar a été promu comme le phare de la modernité et de la démocratie du monde Arabe ? La réponse est l’argent de la corruption, l’argent du commerce, celui des parts de marché. J’ai sous la main une Bible secrète qui explique comment, de connivence avec Doha, nos édiles et élites français ont fabriqué le masque qui vinait cacher la vraie nature d’une terrible dictature.

L’ouvrage, la fameuse « Bible » a été éditée chez Michel Lafon. Elle s’intitule sobrement : « Qatar-France, une décennie de diplomatie culturelle 2003-2013 ». Ne le cherchez pas en librairie, l’usage en est réservé aux amis.
Pour attraper des mouches, même volontaires pour la capture, le Qatar utilise trois sortes de miel. Les appâts ont été différents « Prix » remis à des personnalités « éminentes », ou à des groupes « méritants ». Le moyen légal de filer du fric à des bienveillants sans risque de poursuites pénales. On compte ainsi, remis à Paris par l’ambassadeur d’alors, Al Kuwari, un « Prix de poésie Max Jacob »… C’est tout dire. Cette tentative de la séduction poétique (alors qu’au Qatar un poète a été, un temps, condamné à mort) ne produisant pas l’effet attendu, peu de rêveurs seront récompensés par les lauriers d’un pauvre Max Jacob qui ne méritait pas cette infamie post mortem.

Non, les prix lourds, lâchés en chaine et lestés d’un chèque de dix mille euros chacun, ne sont plus pours les alexandrins. Désormais ils s’intitulent : « Doha capitale culturelle arabe » ou encore « Solidarité ». Cette dernière récompense étant également soutenue par EADS qui, on l’imagine, n’a aucune visée commerciale au Qatar. Lisons donc ce bouquin-Bible : « Paris Doha ». Après la préface écrite en langue de chêne par un nègre méritant, mais signée de l’ambassadeur, deux autres textes introductifs ont pour auteurs des militants connus pour leur sens de l’amitié aussi gratuite qu’indéfectible : j’ai cité Jack Lang, et Renaud Donnedieu de Vabres (RDDV). Gauche droite ou droite gauche, c’est comme on veut. Ces deux-là sont comme une tasse dont l’anse n’a pas de sens. Lang tire la première salve, y va de son extase. Le Qatar ? « Un pays de raffinement, d’ouverture et de créativité »… Observons qu’ici le raffinement n’est jamais loin du raffinage. Donnedieu de Vabres, marquant Jack à la culotte, nous plante un « La culture est un respect, une liberté et un devoir »… Parler de liberté quand on parle du Qatar, il fallait le faire. C’est gonflé et c’est fait.

RDDV, en forme, insiste « Il faut bâtir un arc-en-ciel où se conjuguent les talents, les origines, les perspectives, les contraires et les différences, au lieu de laisser s’antagoniser (sic) les peurs, les rancœurs et les haines, qui sont les réponses de plus en plus ordinaires et banales à la crise ; le terreau nauséeux dans lequel prospère intégrisme fanatisme et racisme » ! Il parle « d’intégrisme » pour décrire un état, certes confetti, mais qui par le truchement de sa télé Al Jazira donne, alors, chaque semaine, la parole au doux prêcheur Qaradawi. Un imam (tout juste défunt) qui veut que l’on fouette les femmes –« mais avec discernement »- et qui regrette qu’ « Hitler avec les juifs n’ait pas fini le travail »… Bravo Renaud votre bassesse mérite un Prix. Et vous l’avez.

En 2010 les petits malins qui ont flairé que le Qatar peut être un loto où tous les numéros sont gagnants, ne sont pas encore nombreux. Les stars ne sont pas encore au balcon et l’ambassadeur Al Kawari doit se contenter de distribuer ses primes, ses « Prix » à des joueurs de troisième division. Ainsi les premiers lauréats de « Doha capitale culturelle arabe » sont-ils de sublimes inconnus. J’ai cité le professeur Mohamed Arkoun, professeur émérite de pensée islamique et Jean-Philippe Bras directeur de l’Institut de l’Islam. Ce Bras est en effet bien petit. Mais nous ne sommes qu’à l’échauffement. Tahar Ben Jelloun, l’éternel Arabe de service et Edmonde Charles-Roux, qui fait si chic sur le canapé du salon, arrivent très vite. Comme Paul Mongin, un « nouveau philosophe » sans chemise décolletée.

Avec les mois les « hirondelles », surnom jadis donné aux amateurs de cocktails mondains, se refilent l’adresse de l’ambassade qui donne sur l’Arc de triomphe. Pas de champagne mais les petits fours sont caviardeux. L’affiche devient de plus en plus people et politique et l’on se demande comment, sans doute pris par l’ivresse du désespoir, le merveilleux Emmanuel Todd se fait cueillir par le chalut de la rue de Tilsitt, pour avoir « levé plusieurs méprises sur les trajectoires respectives de l’Occident et de l’Orient musulman »…

Et Jean Daniel, alors ! Notre Camus ressuscité, va lui aussi faire le chemin de Doha… Sans doute au titre des grandes consciences nécessiteuses. « Le Nouvel Observateur » est un monastère, il faut bien s’évader pour rire un peu.
Quand vient le tour « d’un des plus grands architectes du monde », Roger Taillibert, nous rentrons dans la quatrième dimension, celle du copinage et du renvoi d’ascenseur. Ce qui est logique pour un homme qui sait les dessiner. Taillibert construit à Doha et, puisqu’il n’est pas ingrat, il fait la pub du Qatar à Paris. Comme ce personnage est, bien sûr, membre de l’Académie des Beaux-Arts, il fait un lobbying suffisant pour que la Cheikha Moza, femme préférée de l’émir et mère de Tamim, le prince aujourd’hui aux commandes, soit admise sous la coupole. Et, le 24 juin 2009, sous les yeux pétillants du président Sarkozy la splendide première épouse (il en existe trois autres restées à la maison pour faire e ménage) fait un long discours. Ni la Cheikha ni le pauvre Sarko ne comprennent ni ne connaissent le sujet. Il s’agit d’un hommage rendu à Giörgy Ligeti, l’immense musicien qui a occupé le fauteuil de la reine, avant elle. Pour un habitué de la gratte à Carla, c’est la barbe. Mais la barbe n’est-elle pas le symbole du Qatar ?

Ca y est, les politiques se bousculent et ont trouvé la route de l’ambassade comme le dromadaire celle du puits. Si les plus malins échappent à l’embuscade, celle de recevoir un Prix que l’on sait trop visible et infâmant, ils sont quand même là pour applaudir. Il faut connaitre la règle, et savoir que, dès la récompense attribuée, la photo de l’impétrant est clouée au mur d’un couloir de la chancellerie. Elle vient tenir compagnie aux autres fédérés de Doha qui sont déjà là, en estafette cloués au mausolée de l’infamie. Recevoir 10 000 euros ne se fait pas impunément, ça laisse des traces. D’abord dans le livre d’or publié par Michel Lafon et sur les murs (Notons qu’en ce temps là, les champions actuels du Qatar bashing, Malbrunot et Chesnot son publiés par le même Michel Lafon, ce qui indique le degré de cruauté de leurs livres !)

Dans le lot des politiques les plus malins, ou les moins, c’est comme on veut, nous trouvons en tête, le plus excellentissime ami du Qatar : Dominique de Villepin. C’est carrément un membre de la famille ; d’ailleurs il a hébergé une fille de l’émir quand celle-ci faisait des études dans le si dangereux Paris. Dominique a son rond de serviette à la cantine de l’émir
Dans les filets nous trouvons encore un vieux poisson qui a longtemps prêché la vertu protestante et socialiste, Michel Rocard ; et aussi le sublime Hubert Védrine. Ah ! Hubert. Arrivé à l’Elysée par Mitterrand, qui était un ami de son papa à Vichy, voilà notre humaniste aujourd’hui chez LVMH dont le V est celui de Vuitton, un homme qui aimait lui aussi le Maréchal. Donc Hubert a un autre tropisme, le Qatar.
Parfois il y a une bug, un idiot, une idiote qui n’a rien compris a la mécanique de la corruption. C’est la cas de Monique Papon, sénatrice et adjointe au maire de Nantes Jean-Marc Ayrault. Un homme pourtant avisé qui a un jour déclaré : « moi, avant d’aller au Qatar, je me méfierai »… Eh bien sa coadjutrice ne peut se permettre de faire la délicate, le coût de la jolie mosquée construite près du siège des biscuits Lu avec l’aide des dollars du Qatar vaut bien une courbette. Pour l’occasion, Gérard Larcher, le vétérinaire de Rambouillet, mais aussi président du Sénat, fait sa visite. Passons vite aussi sur le cas de Maurice Leroy, un homme de conviction passé de l’extrême gauche à l’extrême centre. Frédéric Mitterrand, Bertrand Delanoë, se courbent devant l’ambassadeur. Pour convaincre Delanoë que le massacre de l’hôtel Lambert, un chef d’œuvre architectural de l’île Saint Louis acheté par le Qatar, est vraiment indispensable, un voyage à Doha sera nécessaire. « Bébert » en reviendra convaincu : le permis de construire devient un permis de détruire. Doha c’est comme Lourdes, ça fait des miracles.

Plus malin depuis toujours, en compagnie de son ami Tariq Ramadan avec lequel il entend » construire une maison commune », notre ami Edwy Plenel qui fait métier de conscience de presse flirte avec ce cet état si exemplaire. Faire forum sous le parapluie de Doha ne le trouble pas. Mieux, Edwy qui a écrit un livre -forcément capital (pas comme Marx mais comme la peine) sur les musulmans, voit son bouquin publié en feuilleton dans ce qui sert de journal au Qatar. Ca c’est pédagogique et généreux. L’exemplaire Edgar Morin va lui aussi se retrouver -en tête à tête avec Ramadan- dans l’air conditionné (au propre et au figuré) de Doha.

Pour finir avec de l’humour « politesse du désespoir ». Nous allons évoquer le plus grand caricaturiste de tous les temps : Jean Plantu. Un journaliste qui, quoi qu’il arrive, trouve que Le Monde va bien. Oui, le coriace, l’inexpugnable Plantu montrant déjà son esprit « « Charlie » va empocher le Prix Doha et faire des dessins pour dire « merci ». Musique !
Après de tels efforts -que son excellence l’ambassadeur soit loué (il sévit maintenant ailleurs)-, comment voulez-vous qu’au nom de la modernité du Qatar, et de celle de sa chaîne de télé Al Jazira (tenue par des intégristes religieux), nos députés et sénateurs refusent de voter une exemption de l’impôt sur les plus-values immobilières, celles touchées par le Qatar en France ?

La seule, pauvre malheureuse, qui n’a rien compris à ce bonneteau politique, c’est la députée socialiste du Finistère Chantal Guittet. Un jour il faudra songer à lui consacrer une statue. Alors que ses collègues rentrent de leurs séjours à Doha avec une mine harassée, épuisés par le travail des « colloques », elle, en revient épatée : « A Doha, je n’ai rien compris. Je suis venue pour un Forum mais nous n’avons fait que manger et visiter les souks ». Voilà, tu l’as dit Chantal, le Qatar c’est le souk. Mais fallait le taire.

Pour terminer dans le sang et continuer dans l’argent, évoquons à toute blinde, le rôle moteur du Qatar dans la destruction de la Libye et, pour partie, de la Syrie. Sous Sarkozy la DGSE a travaillé avec un ami libyen de Ben Laden et poulain du Qatar, avec des réunions communes à Paris et Doha, l’émir roulant à caisses ouvertes. Kadhafi est mort et les fous d’Allah ont pris en main Tripoli, puis lancé des raids dans toute l’Afrique de l’Ouest.
Idem contre la Syrie alors que l’émir de Doha jurait être le « frère » de Bachar au point de ses faire construire un palais à Damas. Cette un chaos, mais un échec : la Syrie, contrairement à la Libye et l’Irak, tient encore debout. Avec l’aide de la Russie et de l’Iran qui n’imaginent pas Daech, poussé par les Saoudiens et le Qatar, venir installer un Califat sur leurs frontières. Mais de tout cela on s’en foot !

Jacques-Marie BOURGET





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