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les cinq chiffres à retenir


19 novembre 2022 à 07h32,
Mis à jour le 19 novembre 2022 à 13h31

Durée de lecture : 7 minutes

COP27
Climat

Un, deux, huit, vingt milliards de dollars : les montants sont impressionnants. Mais, à y regarder de plus près, certaines annonces faites pendant la COP27 relèvent de la communication : des fonds sont simplement redirigés tandis que d’autres sont octroyés sous forme de garanties financières. Sans oublier des objectifs acquis de longue date aujourd’hui remis en cause ou encore la présence de très nombreux lobbyistes de l’industrie fossile. Tout cela a brouillé le contenu des discussions de la COP27, qui s’achève samedi 19 novembre à Charm-el-Cheikh. Reporterre fait le point en cinq chiffres clés.

L’objectif climatique des 1,5 °C remis en cause

Fin octobre, plus de 1 000 scientifiques avaient jeté un pavé dans la mare : est-il réaliste de maintenir l’objectif de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C alors que celui-ci sera dépassé dans moins de 10 ans ? Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, n’était guère plus optimiste en ouverture de la COP27, estimant que cet objectif était désormais « en réanimation ». Il s’agit pourtant d’un engagement majeur de l’Accord de Paris : « Limiter le réchauffement climatique à un niveau bien inférieur à 2 °C, de préférence à 1,5 °C, par rapport à l’ère préindustrielle ». Mais depuis, la température ne cesse de grimper (+1,1 °C aujourd’hui) et les efforts des États restent insuffisants pour la contenir, à tel point que son inscription dans l’accord final à Charm-El-Cheikh est débattue.

Des pays émergents, tels que l’Inde ou la Chine, ou les pays arabes semblent réticents à l’y intégrer. Mais ce serait un retour en arrière, que dénoncent les pays les plus vulnérables, notamment la coalition des petites îles (Aosis) dont certaines pourraient disparaître à cause de la montée des eaux. Le Giec est lui aussi très clair : « Les impacts du réchauffement seront bien plus faibles à + 1,5 °C qu’à + 2 °C. ». En tout cas, le G20, réuni à Bali en même temps que de la COP, a réaffirmé son ambition de poursuivre les efforts pour limiter la hausse de la température mondiale à 1,5 °C, en accélérant la sortie progression du charbon.

Pertes et dommages : 300 millions de dollars proposés, 580 milliards nécessaires

Enjeu majeur de cette « COP africaine », la question du financement des conséquences irréversibles du changement climatique a cristallisé les tensions. Le vice-ministre de l’environnement hondurien, Malcom Stufkens, a estimé que cette question conditionnerait la réussite ou non du sommet. Si une dizaine de pays (dont la France, l’Écosse, la Belgique, l’Allemagne, l’Irlande, l’Autriche, le Canada…) se sont engagés à verser 300 millions de dollars pour dédommager les pays vulnérables, le ministre a estimé qu’« il y a un problème d’échelle. Nos besoins en termes de pertes et dommages devraient atteindre 580 milliards de dollars par an d’ici 2030 et 1 700 milliards de dollars d’ici 2050. » Les engagements pour 300 millions paraissent d’autant plus dérisoires qu’à l’exception de la France et de l’Autriche, il ne s’agit pas de nouveaux financements mais d’une redirection de fonds déjà prévus. « Les gouvernements se contentent de déshabiller Pierre pour habiller Paul », a dénoncé Fanny Petitbon, responsable plaidoyer de Care France.

Le nombre de catastrophes climatiques répertoriées a déjà quintuplé, prévient l’Organisation météorologique mondiale. CC BY 2.0 / Isac Nóbrega/PR / Flickr via Wikimedia Commons

28,5 milliards pour aider l’Afrique du Sud et l’Indonésie à sortir du charbon

En marge des négociations, de nouveaux types de partenariats se nouent. Après l’Afrique du Sud, le G20 et l’Indonésie ont signé un Jet-P (Just energy transition partnership, partenariat pour une juste transition énergétique). Les pays riches se sont engagés à aider ces deux nations à sortir du charbon. 20 et 8,5 milliards de dollars seront respectivement employés pour fermer les centrales à charbon, développer les énergies renouvelables et aider à la transition des travailleurs. Mais sur les 8,5 milliards promis à l’Afrique du Sud, seuls 3 % le seraient sous forme de dons, a dénoncé le site Climat home news. Pour Martha Torres Cunfaus, ces nouveaux partenariats sont encourageants mais révélateurs de l’inadaptation des modèles d’aide actuels.

Les 636 lobbyistes des énergies fossiles « ont bien travaillé »

Les lobbyistes du secteur des énergies fossiles étaient plus nombreux que les délégations des dix pays les plus touchés par le réchauffement climatique. Et « ils ont bien travaillé », a ironisé Nicolas Haeringer, de l’association 350.org, à quelques jours de la conclusion de l’accord final. Si l’Inde a poussé pour inscrire dans le texte final l’ambition de sortir de toutes les énergies fossiles, suivi par l’Union européenne, les États-Unis, Tuvalu, Vanuatu et l’AOSIS, la Nouvelle-Zélande et la Colombie, la mention a été éludée par le président égyptien dès la première mouture de l’accord final.

En outre, le Climate Action Network a dénoncé le fait que « les pays du G20 et les principales banques de développement fournissent 55 milliards chaque année de financements publics pour les énergies fossiles contre 29 milliards pour les énergies renouvelables. Ça n’est vraiment pas cohérent avec les objectifs climatiques. » Lors de la COP27, 39 pays et institutions s’étaient engagés à arrêter les financements publics fossiles à l’international d’ici à la fin de 2022. « Il ne reste qu’un peu plus d’un mois avant la fin de l’année et seulement six pays ont respecté cet engagement, dont la France, la Finlande, la Suède, le Danemark, le Royaume-Uni et la Banque européenne d’investissement. »

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