• jeu. Déc 1st, 2022

un clip de rap appelle au boycott


“Je donne pas de leçons, mais tu peux boycott / de cette folie, il faut que l’on sorte”. Cette punchline est issue du titre “Coupe du monde” signé ACS (À Contresens) et sorti ce dimanche 20 novembre, jour d’ouverture de la coupe du monde 2022 au Qatar. Un clip qui parvient à articuler en un morceau les aberrations écologique, humanitaire et démocratique de cette édition. Immersion en musique. 

Ce duo lyonnais, composé de Temsis et Démos, fait figure d’exception dans le paysage du rap actuel à dominance commerciale. En effet ACS aspire à être “utile, matériellement” et permettre “à son échelle de réfléchir sur les processus de domination au sein de notre société, et agir contre eux”.

Si personne ne se fait d’illusion sur le fait que cette coupe du monde ira probablement à son terme, que ses enjeux économiques ne seront pas vraiment bousculés par l’indignation ; le boycott est pourtant notre dernier recours de contestation et démontre une certaine utilité.

Avec 55% des français mécontents que la coupe du monde se déroule au Qatar, et 23% des amateurs de foot qui la boycotteront, le clip d’ACS a tout pour devenir viral.

Une opportunité de sensibilisation

“Coupe du monde” ACS @marion_grgm (instagram),

Les aberrations de cette coupe du monde sont nombreuses, déjà présentées par l’initiative Carton rouge au Qatar dans sa Tribune De l’importance de boycotter la Coupe du Monde au Qatar, qui évoque la souffrance et mort des travailleurs.ses esclavasigé.e.s au Qatar, la corruption de la FIFA, le financement des Talibans, les stades climatisées en plein désert, la maltraitance sociale des ouvriers, ou encore la misogynie et l’homophobie d’Etat.

Le Qatar n’est pas juste un pays, c’est une enseigne du capitalisme, d’une quête de superpuissance exacerbée, de domination et de corruption à outrance. Un pays qui concentre et promeut ouvertement les dérives de la modernité et tous les préceptes d’un futur dystopique et inégalitaire. 

Au fond toutes les raisons sont bonnes pour boycotter, et les arguments défendant que cela ne sert à rien ou qu’il est hypocrite de boycotter cette édition plutôt que la précédente en Russie, ne poussent qu’à l’inaction et au statut quo. Trop tard pour cette fois, certes (à moins d’un sabotage), mais il n’est jamais trop tard pour empêcher sa reproduction.

Une opinion publique majoritairement défavorable au déroulement de cette coupe du monde est même un bon signe : une lueur mobilisatrice pour poser sur la table les thèmes de l’écologie, des droits humains et du sens qu’on donne à la démocratie, sujets qui passeraient, sinon, entre les mailles du filet, sans boycott, ni réaction. 

Le boycott est une arme

Le boycott est-il inutile ? On peut lire ici et là que c’est trop tard, que ça ne changera rien. En réalité, tout dépend de l’objectif et de l’organisation. Aujourd’hui nous pratiquons déjà toutes sortes de boycott.

Dans le cas de la viande et du boycott des produits animaliers, celui-ci est certes insuffisant pour faire plier les industries d’élevage de masse, mais génère tout de même une réflexion importante dans l’espace public, sur les questions éthiques, écologiques et sanitaires. Nombreux sont ceux qui ont ainsi réduit leur consommation de viande, malgré l’énergie monstre déployée par les lobbies de l’industrie. Un boycott qui est également organisé et accompagné de désobéissance civile, comme peut le faire L214 et ses associations coups de poing. Autrement dit, les différents fronts de luttes (boycott, actions, manifestations, sensibilisations,…) sont complémentaires et s’appellent les unes les autres. 

La réussite du boycott dépendra donc de la place qu’on saura prendre dans l’espace public, et ses résultats pourront être jugés sur l’influence qu’il aura dans la prise de décisions futures ou, mieux, dans un processus de renversement du néolibéralisme à la source.

En France, les activistes des mouvements On est prêt, Pour un réveil écologique et Carton rouge pour le Qatar organisent et accompagnent le boycott, en proposant une contre-coupe du monde, à savoir des événements alternatifs à l’évènement de la honte, en prouvant qu’on peut faire la fête autrement que devant son écran.

Une opportunité de socialisation et de politisation, capable de réunir de nombreux.ses citoyen.ne.s sur fond d’espoir qu’un autre monde est possible. Une opportunité, également, de bousculer les thèmes dominants de et dans l’espace public, comme l’ont réalisé les Gilets Jaunes.

Présentation d’ACS

“ACS, pour À Contresens, est un duo de rap français basé à Lyon depuis plusieurs années. Ses deux membres, Temsis et Démos, se revendiquent d’un rap dit “non-désengagé”.

La raison est qu’à leurs yeux, toute production artistique (musicale ou non) est nécessairement “engagée”, porte nécessairement un point de vue sur le monde qui nous entoure, nous structure et nous façonne toutes et tous au quotidien. Ainsi, des termes tels que “rap engagé” ou “rap conscient”, couramment utilisés pour désigner du rap portant une dimension de critique sociale, ne sont pas justes. Le rap dit “divertissant”, “commercial”, “mainstream” (ou tout simplement dominant), est donc également engagé, en faveur d’un certain modèle de société, qu’il l’assume ou non.

Coupe du Monde ACS @marion_grgm (instagram),

ACS aspire en ce sens à créer un rap qui soit utile et permette non seulement de réfléchir sur les processus de domination au sein de notre société, mais également d’agir contre eux. Le tout en prenant en compte les codes du rap actuel, et ses diversités. Les morceaux sont en ce sens plutôt éclectiques, et les esthétiques variées, que ce soit au niveau des instrumentales, des chants et des flows.

Le titre “Coupe du Monde” se situe dans cette volonté : “Construit ici comme un morceau “coup de poing”, le clip dénonce quelques-unes des problématiques les plus majeures autour de la Coupe du Monde de Football au Qatar, et aspire à avoir un discours nuancé autant qu’intransigeant sur le caractère aberrant de cet événement.” Explique Robin et Temsis (Membres du groupe).

Le groupe réussit ainsi l’exploit d’allier un texte réfléchi avec un son enivrant. Un son de qualité qui décuple l’efficacité du message à transmettre, propageant des valeurs de contestation d’un système et de résistance, en voie de disparition dans le paysage musical grand public.

“Je vois des fémurs, tibias qui craquent / Pas ceux des joueurs, mais de 6500 travailleurs décédés dans les stades” (extrait du clip “coupe du monde”).

2022 ne devrait pas rester dans l’histoire comme l’année où le monde a fermé les yeux sur un tel massacre esclavagiste, aveuglé par un argent-roi capable de mettre sous le tapis les pires conditions humanitaires.

L’aberration écologique

“Tu vois bien que l’événement, pas possible de le fêter frère. Parle pas d’Haaland ou d’MBappé, numéro 10 inarrêtable dans le monde s’appelle effet de serre.” – ACS

Paloma Moritz pour Blast énonce la liste des actions climaticides du Qatar après l’organisation de cette coupe du monde : 7 des 8 stades prévus sont climatisés à ciel ouvert dans le désert, elle cite ensuite le rapport de l’ONG Carbon Market Watch pour affirmer que chacun des stades émettrait 1,6 millions de tonne de CO2. Sachant qu’un français moyen émet 11 tonnes de CO2 par an, un seul stade du Qatar émet l’équivalent de la consommation carbone de 150 000 français sur une année. 

Mais le bilan carbone le plus lourd se situe au niveau des transports, puisque des millions de spectateurs se déplaceront en avion pour assister aux matchs, ce qui devrait nous alerter sur la manière d’organiser les grands évènements sportifs. Qui plus est, le Qatar étant un territoire trop petit, tous les spectateurs ne pourront pas loger sur place, Qatar Airways organise donc 160 vols quotidiens avec ses pays voisins en tant que navette…

Enfin, alors que le Qatar fait face à des pénuries d’eau et se trouve classé numéro 1 au rang des pays les plus exposés au stress hydrique : 95% de l’eau potable provient de l’eau de mer par dessalement, dont les impacts sur l’environnement seraient importants, couteux et énergivores. Cette eau potable extraite de manière industrielle servira donc à alimenter les pelouses à foison pour compenser le manque de pluie dans la région…

“Manque d’eau potable ? Pas grave : on en a pour les pelouses.

Es-tu prêt.e à mourir très bientôt, pour des parties de foot?” -ACS

L’aberration démocratique

Crédit photo : @marion_grgm (instagram), durant le tournage du clip “Coupe du monde” d’ACS.

“Sport, corruption, soft power. Trop de collusions

trop de voleur.se.s.Tricard comme un repas entre Emirs, chefs d’Etat et anciens footballeurs.” – ACS

Une punchline qui dénonce cette fois-ci les affaires de corruption liées à l’attribution de la coupe du monde au Qatar, notamment suite aux virements qataris vers les comptes de Nicolas Sarkozy et Michel Platini. Une information que vous trouverez parmi l’ensemble des vidéos de Blast dédiés aux mécanismes de corruption entre le Qatar, la Fifa et les instances de pouvoir.

“Cette France là est plus bavarde lorsqu’elle s’épanche sur la frappe de Pavard que quand elle bibi des Rafales au Qatar.” (extrait du clip “coupe du monde”)

Enfin, ACS se permet aussi d’attaquer les relations diplomatiques de la France et le sang qu’elle a sur les mains, une réalité ignorée du grand public. Le Qatar fait ainsi partie de ses clients avec la réception de quelques dizaines de Rafales fournies par le groupe Dassault en 2015 sous la présidence de François Hollande.

Toujours pas convaincu de boycotter la coupe du monde au Qatar ? Ah, c’est vrai qu’il ne faut pas politiser le sport, assure Macron. Alors chut, laissons le sang couler, l’eau potable disparaître. Pas de quoi s’inquiéter, ce sont juste notre avenir et notre survie qui sont en jeu.

Benjamin Remtoula

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