• mer. Déc 7th, 2022

Débat public sur les EPR2 : les antinucléaires tiennent tête


Palaiseau (Essonne), reportage

Devant l’École nationale de la statistique et de l’administration économique (Ensae), gigantesque bâtiment à l’allure un peu futuriste à Palaiseau, une banderole jaune vif est posée à même le sol. « Stop EPR, ni à Penly ni ailleurs », peut-on lire dessus en lettres noires. « On n’a pas le droit de rentrer dans l’école avec, alors je la laisse là », dit avec ironie Alain Corréa, militant antinucléaire venu spécialement de Rouen. Non loin de lui, Janni, du Collectif contre l’ordre atomique (CCOA), distribue des tracts tandis que deux activistes de Greenpeace déploient elles aussi une banderole anti-EPR. Nous sommes mardi 22 novembre et a lieu à l’Ensae la troisième réunion organisée par la Commission nationale du débat public (CNDP) autour du projet de construction de six réacteurs nucléaires de type EPR2, dont deux à Penly (Seine-Maritime).

Après deux premières sessions les 27 octobre et 8 novembre dernier, on discute cette fois-ci de : « Qu’est-ce que l’EPR2, et peut-on faire du nucléaire autrement ? » Un projet « qui coûte un bras et qui ne résoudra en rien la crise énergétique et climatique », résume Alain Corréa. Il n’a pas d’illusion sur l’issue de ce débat public, qui a débuté après le « passage en force » d’un projet de loi d’accélération du nucléaire. « Ce n’est pas un débat, c’est de la thérapie de groupe. Le gouvernement fera ce qu’il veut, il s’en fout. Toutes ces réunions, c’est pour anesthésier tout le monde. »

« Ce n’est pas un débat, c’est de la thérapie de groupe. »

Du monde, il y en a en tout cas à l’intérieur de l’amphithéâtre qui accueille l’événement — retransmis en direct sur Youtube. Si de nombreux étudiants ingénieurs ont fait le déplacement, des membres d’associations, des salariés et des syndicats du secteur énergétique sont également venus écouter les intervenants du jour. Sur l’estrade, il y a par exemple Gabriel Oblin, directeur de projet EPR2 chez EDF, qui est le maître d’ouvrage de ce programme. Selon lui, ces réacteurs à eau pressurisée de troisième génération, « en évolution par rapport aux EPR, tout en conservant leurs atouts », font partie de la « solution » pour atteindre la décarbonation du système énergétique français à l’horizon 2050. « Une paire de réacteurs EPR2 produit la consommation électrique d’une région comme la Normandie, ou la moitié de la consommation d’Île-de-France », assure-t-il, reprenant des éléments indiqués dans une synthèse du dossier de la maîtrise d’ouvrage distribué à l’entrée.

Ce document indique en outre que ce projet à Penly « a été conçu pour minimiser son empreinte environnementale et pour intégrer les effets du changement climatique ». Ce n’était pas l’avis de plusieurs membres du Conseil national de la transition écologique il y a quelques semaines. On lit aussi que le projet a pris en compte les « retours d’expérience » de chantiers d’EPR dans le monde, et notamment du chantier de l’EPR de Flamanville. Ce dernier accumule les couacs et a pris un retard faramineux : les travaux ont commencé en 2007 et il n’a toujours pas été livré.

La troisième réunion du débat public sur le nucléaire a eu lieu à l’École nationale de la statistique et de l’administration économique, en Essonne. © Amélie Quentel / Reporterre

Au-delà des allocutions des intervenants, les questions du public sont pointues. Un étudiant souligne que des critiques précises émergent des débats, sans qu’une réponse claire et factuelle ne soit apportée aux personnes y assistant. Un autre questionne la sûreté de l’extraction minière du combustible nécessaire au fonctionnement de ces EPR2, étant donné que l’uranium exploité dans l’Hexagone est essentiellement importé. De quoi battre en brèche l’idée selon laquelle la relance du nucléaire pourrait assurer l’indépendance énergétique de la France. À ce propos, Michel Badré, président de la commission particulière en charge d’organiser le débat public, tient à faire une annonce : « Au cours des séances précédentes, il nous a été signalé que la question des déchets nucléaires et du cycle [provenance de l’uranium, etc.] n’était pas suffisamment mise en évidence dans notre programme. On a entendu cette critique, qui nous est apparue tout à fait fondée. » Une séance spéciale consacrée à ces enjeux, en visio, sera donc organisée par la CNDP le 19 janvier.

Ce programme d’EPR2 est « avant tout un projet industriel et politique »

Autre sujet abordé lors de ce débat : les alternatives nucléaires aux EPR2. Celles-ci sont présentées par Valérie Faudon, déléguée générale de la Société française d’énergie nucléaire (SFEN). Il y a les « Small modular reactors » (SMR, petits réacteurs modulaires) ; le programme « grand carénage », soit la prolongation des réacteurs déjà en service ; et les « Advanced modular reactors » (AMR). À ses côtés sur la tribune, il y a Antoine Ménager, directeur du débat public EPR2 pour EDF. « Je suis content car je vois ici plein d’étudiants. Vous aurez compris que ce projet d’EPR2 est un projet d’avenir », lance-t-il.

« On a surtout assisté à une grosse page de pub »

À la fin du débat, Alain Corréa de Stop EPR, ni à Penly ni ailleurs voit les choses différemment : « Ce soir, on a surtout assisté à une grosse page de pub. » Non loin de lui, Guillaume Blavet, issu du même collectif, débat ardemment avec des étudiants. Pour lui, ce programme d’EPR2, « derrière les beaux discours sur l’urgence climatique et la crise énergétique », est « avant tout un projet industriel et politique ».

La prochaine réunion aura lieu le 1er décembre, à Caen (Normandie). Son thème : « Que s’est-il passé à Flamanville et quels enseignements en a-t-on tirés ? » Les parlementaires se saisiront des conclusions de ce débat public dans le cadre du vote de la loi de programmation énergie-climat, en 2023.

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