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Au parloir avec Julian Assange, par Charles Glass (Le Monde diplomatique, février 2024)

ByVeritatis

Jan 31, 2024


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Konrad Klapheck. — « Confession », 1989

© ADAGP, Paris, 2024 – Bridgeman Images

Il est 14 h 30 ce mercredi 13 décembre lorsque Julian Assange fait son entrée dans l’espace visiteurs de la prison de haute sécurité de Belmarsh, dans le sud-est de Londres. Avec son mètre quatre-vingt-huit, sa crinière blanche et sa barbe bien taillée, le lanceur d’alerte et fondateur de WikiLeaks détonne au milieu de la colonne de prisonniers. Plissant les yeux, il scrute la salle à la recherche d’un visage familier parmi la foule d’épouses, de sœurs, de fils et de pères de détenus. Je l’attends à l’endroit qui m’a été assigné, le point D-3 — un îlot parmi une quarantaine d’autres semblables, formé d’une petite table basse et de trois chaises rembourrées, deux bleues et une rouge, vissées dans un parquet qui rappelle celui d’un terrain de basket. Nos yeux se croisent, nous nous avançons et nous prenons dans les bras. Cela fait six ans que nous ne nous sommes pas vus. Je ne peux m’empêcher de lâcher : « Tu es pâlot. » Avec un sourire espiègle que je lui connais bien, il réplique : « On appelle ça la pâleur du prisonnier. »

Depuis qu’en juin 2012 il a trouvé refuge dans la toute petite ambassade de l’Équateur à Londres, Julian n’a pas mis le nez dehors — hormis pendant une minute quand les policiers l’ont jeté dans leur fourgon. Ici, où il a été écroué le 11 avril 2019, on ne lui laisse pas voir la lumière du jour. Il est enfermé dans sa cellule vingt-trois heures sur vingt-quatre, et son unique heure de « promenade » se déroule entre quatre murs, sous l’œil des ­gardiens.

Les formalités d’enregistrement et de sécurité commencent au centre d’accueil des visiteurs, un bâtiment de plain-pied séparé de la prison, aussi lugubre qu’une cantine des années 1950 dans une peinture d’Edward Hopper : tables bas de gamme, chaises fatiguées, lumière blafarde, des rangées de casiers vitrés le long des murs. Une dame chaleureuse me propose de prendre un café, puisque je suis en avance. Je me dirige vers une kitchenette rudimentaire où un homme arrose d’eau bouillante un fond de café soluble.

Vingt minutes (…)

Taille de l’article complet : 1 805 mots.

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Charles Glass

Écrivain, journaliste, animateur de radio et éditeur, spécialiste des conflits au Proche-Orient, en Afrique et en Europe. Dernier ouvrage paru : Soldiers Don’t Go Mad : A Story of Brotherhood, Poetry, and Mental Illness During the First World War (Penguin Press, 2023). Le présent article a d’abord été publié par The Nation (2 janvier 2024).



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