• dim. Fév 25th, 2024

Monde25

Le monde des informations alternatives

Il était une fois à Ouarzazate, par Pierre Daum (Le Monde diplomatique, août 2023)

ByVeritatis

Jan 31, 2024


Le Maroc, eldorado des tournages internationaux

À Ouarzazate, Marrakech ou Casablanca, les figurants coûtent à peine plus de 2 euros l’heure, les techniciens ne sont pas syndiqués, des villages splendides servent de décor pour des sommes dérisoires, l’État garantit la sécurité, les incitations financières pleuvent. Résultat aussi : le cinéma local est devenu un sous-traitant de l’Occident. Même relatif, ce soft power marocain est-il en train de connaître ses derniers jours ?

JPEG - 74.4 ko

Harry Gruyaert. — Ouarzazate, Maroc, 1986

© Harry Gruyaert / Magnum Photos

La fièvre monte à Ouarzazate, la porte du désert marocain. Ridley Scott, 85 ans, vient d’annoncer son retour dans le village fortifié (ksar) d’Aït Ben Haddou, à trente kilomètres de la ville. C’est dans ce lieu inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) que le réalisateur britannico-américain — Alien (1979), Blade Runner (1982), Thelma et Louise (1991) ou American Gangster (2007) — a décidé de tourner la suite de son célèbre Gladiator (2000). Sans l’acteur Russell Crowe, évidemment, puisque Maximus, le personnage qu’il campait, est mort à la fin du premier opus. Mais avec l’acteur irlandais Paul Mescal, star montante remarquée dans Aftersun, de Charlotte Wells (2022), et la vedette Denzel Washington. Dans ce décor semi-lunaire composé de cailloux ocre et de poussière, pelleteuses et ouvriers se battent contre la roche afin de construire l’immense arène de carton-pâte qui verra se dérouler d’âpres combats romains. Preuve de l’ambition du réalisateur, une reproduction imposante du Colisée est prévue.

Dans les ruelles du ksar, au-dessus du chantier, les commerçants restent néanmoins circonspects. Combien de jours devront-ils fermer boutique ? Nul ne le sait. Quel sera le montant du dédommagement ? 500 dirhams par jour pour les uns, 1 000 ou 1 500 dirhams pour d’autres. « De toutes les façons, je n’ai pas le choix, explique Aziz, jeune peintre autodidacte qui espère percevoir 1 000 dirhams, le prix d’une de ses toiles peintes au thé et au safran, la spécialité locale. Si je refuse de fermer ma boutique, la police va débarquer, et comme je n’ai pas de patente, je vais me retrouver avec un tas de problèmes. » Des milliers de figurants vont être recrutés, payés en liquide au tarif fixe de 300 dirhams — à peine 27 euros — pour une journée de onze heures. À titre de comparaison, en France, une convention collective impose un salaire minimum des figurants à 105 euros (…)

Taille de l’article complet : 3 796 mots.

Cet article est réservé aux abonnés

Lycées, bibliothèques, administrations, entreprises,
accédez à la base de données en ligne de tous les articles du Monde diplomatique de 1954 à nos jours.
Retrouvez cette offre spécifique.



Source

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *