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La CIJ n’interdit pas à Israël de continuer ses massacres de masse

ByVeritatis

Jan 31, 2024


par Chems Eddine Chitour

«Notre liberté est incomplète sans la liberté des Palestiniens» (Nelson Mandela)

Résumé

L’Afrique du Sud, en digne héritière du symbole de Nelson Mandela, a décidé, au vu des atrocités commises à Gaza, d’assigner en justice, au nom du droit qui doit passer avant la force, Israël dont l’impunité interpelle le monde au niveau des peuples même dans les pays solidaires des massacres, comme le sont les pays du G7. Le message de Mandela qui est celui des hommes libres devrait guider, si tout se passe bien, le déroulement de l’instruction. Naïvement, celles et ceux qui croient à une justice ont perdu leur illusion. La seule certitude est que pour la première fois depuis 75 ans, un pays du Sud global a pu actionner une instance censée dire le droit. Israël, réputée intouchable, a comparu ! Malgré les tirs de barrage des États-Unis et autres pays du G7.

Cependant, les résultats sont en deçà des espoirs entretenus, à savoir que le droit international était opposable à tout État dont les manquements sont connus depuis trois quarts de siècle. Israël fait fi de la décision de la CIJ puisqu’elle ne concerne pas l’obligation du cessez-le-feu.

En clair, Israël est autorisée à faire ce qu’elle fait depuis 110 jours ! L’espoir viendrait de la réunion du Conseil de sécurité du mercredi convoquée à l’initiative de l’Algérie demandant au Conseil de sécurité de faire appliquer la sentence. Dernière avanie, les pays occidentaux, et du G7 ont décidé de supprimer les financements de l’URNWA qui s’occupe de distribuer les rares subsides aux damnés de Gaza. Motif : les agents qui s’occupent de la distribution sont des terroristes. Aucun n’autre pays n’a protesté, ni même s’est engagé à compenser les déficits causés après les sanctions occidentales. Pas même les pays arabes, n’ont offert de financer ces miettes le temps qu’une enquête rende justice aux travailleurs de l’URNWA ! 

État des lieux des réfugiés abandonnés à leur sort : «des tentes partout»

Les Palestiniens vivent dans la terreur des frappes et des déplacements dans tous les sens. La guerre, la faim, la soif, les intempéries et les maladies, c’est cela le quotidien d’un peuple abandonné à son sort. Au 25 janvier, le bilan de la guerre s’élève à plus de 26 083 morts. Tandis que le nombre des blessés s’est élevé à 64 487 depuis le 7 octobre Comme rapporté par le site Oumma.com, «déplacés à de multiples reprises par la guerre, de nombreux habitants de la ville la plus méridionale de Gaza vivent dans des abris de fortune sans nourriture, eau ou couvertures suffisantes. Près de la moitié de la population de la bande de Gaza – estimée à un million de personnes – est aujourd’hui entassée dans la petite ville méridionale de Rafah, qui ne dispose pas de suffisamment de nourriture, d’eau, de médicaments ou d’abris pour accueillir ses résidents permanents, (…) ce qui se passe à Gaza n’est pas de la destruction, c’est de l’anéantissement. Ils ont détruit toute la bande. Il est vraiment difficile de décrire ce que nous avons vécu et ce que nous vivons encore. Mon quartier, Al-Rimal, était le cœur battant de Gaza, plein de vie, d’affaires, de divertissements et de culture. Lorsque nous sommes partis, c’était comme un jugement dernier».

Verbatim des ressentis des réfugiés : «J’ai du mal à donner à mes enfants de la nourriture et de l’eau. Mon fils Kenan, âgé de 2 ans, réclame sans cesse du lait, que je ne peux pas lui donner. Ils sont traumatisés et réagissent très violemment au bruit des bombes et des explosions. Je vis dans cette tente avec mon mari et mes quatre enfants, (…). Nous avons dû quitter notre maison dans la ville de Gaza. Lorsque nous sommes arrivés à Rafah, nous sommes restés dans la rue pendant trois jours. Ici, il y a des insectes qui viennent de sous le sable et il fait un froid glacial. Les adultes ne peuvent pas supporter ce climat, surtout la nuit, alors comment les enfants peuvent-ils le faire ? Mes enfants sont malades. Ils ont toujours froid et faim. Nous ne cuisinons pas car nous n’avons pas les moyens d’acheter du bois. Nous mangeons ce que les gens ou les organisations humanitaires nous apportent».[1]

La cause palestinienne pour Nelson Mandela

Pour se rendre compte du fait que l’Afrique du Sud, contrairement aux pays arabes et musulmans tétanisés par l’Occident, a pris l’initiative de déposer une plainte contre Israël, il faut remonter à la doctrine de Mandela concernant la cause palestinienne. Cet extrait d’une conférence nous permet de situer l’engagement sans faille de Mandela : «Le conflit israélo-palestinien n’est pas seulement une question d’occupation militaire et Israël n’est pas un pays qui a été créé «normalement» et s’est mis à occuper un autre pays en 1967. Les Palestiniens ne luttent pas pour un «État» mais pour la liberté, la libération et l’égalité, exactement comme nous avons lutté pour la liberté en Afrique du Sud. Israël a montré qu’il n’était pas encore prêt à rendre ce qu’il avait occupé en 1967, Jérusalem est sous souveraineté exclusivement israélienne et les Palestiniens sont sous domination économique israélienne avec un contrôle israélien des frontières, de la terre, de l’air, de l’eau et de la mer. Israël ne pense pas à un «État» mais à une «séparation». Si vous suivez les sondages en Israël au cours des 30 ou 40 dernières années, vous trouverez clairement un racisme grossier : un tiers de la population se déclare ouvertement raciste. Ce racisme est de la nature de «je hais les Arabes» et «je souhaite la mort des Arabes». Si vous suivez également le système judiciaire en Israël, il y a discrimination contre les Palestiniens, et si vous considérez les territoires occupés en 1967, vous trouverez qu’il y a déjà deux systèmes judiciaires opérationnels qui représentent deux approches différentes de la vie humaine : une pour la vie des Palestiniens, l’autre pour celle de la vie juive».

La plainte de l’Afrique du Sud contre Israël

On sait que l’Afrique du Sud a actionné la Cour pénale internationale et développé un argumentaire, où elle accuse les actions israéliennes de génocide. Thierry Meyssan fait un rappel des exactions d’Israël : «La CIJ a déjà eu à connaître un cas l’impliquant : la question pour avis que des États arabes lui avaient posée sur la légalité du «Mur de séparation». La CIJ avait statué que la construction israélienne violait le droit international. Cet avis ne fut pas suivi d’effet. Cette fois Israël est directement mise en cause. La requête concerne des menaces, adoptées, tolérées, commises et en cours de réalisation par le gouvernement et l’armée de l’État d’Israël contre le peuple palestinien, une communauté nationale et raciale distincte». «Les actes et omissions d’Israël ont un caractère génocidaire car ils visent à provoquer la destruction d’une partie substantielle du groupe national, racial et ethnique palestinien. Les actes en question incluent le meurtre de Palestiniens à Gaza, provoquant de graves dommages corporels et mentaux, et leur infligeant des conditions de vie susceptibles de provoquer leur destruction physique».

«Depuis des années, Israël impose un strict blocus à Gaza, interdisant la pêche et ne laissant pénétrer que la quantité de nourriture indispensable à la nutrition. Entre le 29 septembre 2000 et le 7 octobre 2023, environ 7569 Palestiniens, dont 1699 enfants, ont été tués, y compris lors de «quatre guerres hautement asymétriques», ainsi que d’autres assauts militaires de moindre envergure, faisant des dizaines de milliers de blessés. «Au total, poursuit Meyssan, plus de 7729 enfants palestiniens ont été tués à Gaza à ce jour, soit plus de 115 enfants palestiniens tués chaque jour. On estime que plus d’enfants palestiniens ont été tués au cours des trois premières semaines du conflit actuel, soit plus que le nombre total d’enfants tués chaque année dans les zones de conflit du monde depuis 2019. À ce jour, Israël a tué plus de 311 médecins, infirmières, 103 journalistes, 209 enseignants et personnels éducatifs ; 144 employés des Nations unies ont également été tués. Plus de 55 243 Palestiniens ont été blessés lors des attaques militaires israéliennes sur Gaza depuis le 7 octobre 2023 (…)»[3]

Les conclusions de l’Afrique du Sud

L’Afrique du Sud demande des mesures conservatoires qui fassent immédiatement cesser le massacre. «Plus de 1000 mouvements populaires, partis politiques, syndicats et organisations à travers le monde ont appelé, jeudi, les pays à soutenir la plainte intentée par l’Afrique du Sud devant la Cour internationale de justice (CIJ) contre l’entité sioniste. Nous exhortons maintenant les autres pays à renforcer cette plainte formulée avec force et argumentation en déposant immédiatement une déclaration d’intervention auprès de la CIJ. Les forces d’occupation ont bombardé des hôpitaux, tuant et blessant des dizaines de milliers de Palestiniens depuis le 7 octobre 2023. Plus de la moitié des morts sont des femmes et des enfants. Les actions sionistes, notamment «tuer, blesser, traumatiser et déplacer des Palestiniens tout en refusant des ressources essentielles à une population occupée», répondent aux critères du crime de génocide».

La réaction d’Israël

Sous les plumes de Louis Imbert et Stephanie Maupas nous lisons : «Pour Israël, cette plainte est une aberration. L’État juif, proclamé en 1948, se retrouve accusé de commettre à son tour le crime de génocide, dans la bande de Gaza. Pour les Palestiniens, au contraire, qui désespèrent de l’incapacité des chancelleries occidentales à imposer un cessez-le-feu à leur allié israélien, la procédure constitue une occasion de braquer les projecteurs sur le supplice vécu dans l’enclave hors d’accès des médias étrangers, où les bombardements israéliens ont causé, selon les bilans communiqués, 23 000 morts et 59 000 blessés en trois mois. (…) Il faudra des années avant que les juges de La Haye tranchent sur le fond. Mais l’Afrique du Sud leur demande d’ores et déjà de prendre des mesures conservatoires pour arrêter les crimes en cours dans le territoire palestinien».

La réponse des États-Unis qui est contre cette action en justice s’est traduite par l’aide militaire pour faire progresser l’approvisionnement continu en munitions américaines. Au moins 250 avions cargos et plus de 20 navires ont livré plus de 10 000 tonnes d’armement et d’équipement militaire à Israël depuis le début de la guerre. On l’aura compris, les intellectuels communautaristes se sont rebellés contre la CIJ. Georges Bensoussan, au lieu de dire le droit et reconnaître la faute d’Israël, terrorise son monde en amalgamant antisémitisme et antisionisme. Citant Wladimir Jankelevitch, il écrit : «L’accusation de génocide portée contre Israël n’est pas nouvelle. L’antisionisme nous donne la permission et même le droit et même le devoir d’être antisémite au nom de la démocratie ! L’antisionisme est l’antisémitisme justifié, mis enfin à la portée de tous. (…) Et si les juifs étaient eux-mêmes des nazis ? Oui, Monsieur Bensoussan, rien ne distingue le messianisme des dirigeants d’Israël des massacres des juifs, des Tsiganes par Hitler».

Pour Pierre Barbancey, c’est une première ! c’est la première fois qu’on ose convoquer Israël à rendre compte ! «Ce 26 janvier, écrit-il, la Cour internationale de justice (CIJ) doit rendre sa décision concernant la demande de mesures conservatoires déposée par l’Afrique du Sud dans le cadre d’un possible génocide en cours perpétré par l’armée israélienne dans la bande de Gaza. C’est la première fois qu’une juridiction se prononcera sur la gravité de ce qui se passe à Gaza, en temps réel. Par ailleurs, si la Cour considère qu’il y a un «risque plausible de génocide» et ordonne des mesures conservatoires, cela entraînera des conséquences à la fois politiques et juridiques pour l’ensemble des États de la communauté internationale. La Cour internationale de justice ne se prononce pas sur la légalité de l’action israélienne à Gaza. Elle se prononcera simplement sur le fait de savoir s’il existe ou non un risque de génocide. C’est tout. (…) Quoi qu’il se passe aujourd’hui, on est déjà dans un moment historique. On assiste aujourd’hui à un renversement important de l’ordre mondial où ce sont désormais des États du Sud Global qui utilisent les instruments du droit international pour faire respecter le droit international et protéger les populations civiles».

Cependant, il met en garde contre l’impuissance de la CIJ : «Ni la Cour internationale de justice ni les autres juridictions internationales n’ont de forces de police propres. L’exécution de leurs décisions revient au Conseil de sécurité des Nations unies ou aux États. C’est donc principalement une question de volonté politique. En tout cas, sur l’obligation juridique de cette décision, il n’y a aucun doute, elle est obligatoire. La faire respecter, c’est une autre question. On n’est plus dans la valeur juridique de la décision mais dans l’incapacité ou dans le manque de volonté de la communauté internationale de faire respecter le droit».[7]

Avant le verdict de la CIJ, l’assaut israélien se poursuit

Le Sud global s’est accroché au fol espoir d’un cessez-le-feu : «Une coalition mondiale des droits de l’Homme avait exprimé jeudi l’espoir que le verdict imminent de la Cour internationale de justice constituera une étape vers «l’arrêt du génocide en Palestine», alors que les autorités de Gaza ont signalé de nouvelles attaques contre des civils et des violations présumées du droit international. (…) Aux côtés de responsables des Nations unies, d’experts internationaux des droits de l’Homme et d’un nombre croissant de décideurs politiques du monde entier, l’Afrique du Sud a soutenu qu’Israël était engagé dans une attaque génocidaire à Gaza et avait commis de nombreuses violations du droit international».

«Des experts des droits de l’homme ont indiqué que l’attaque israélienne ne montre aucun signe de ralentissement alors que le monde attend le verdict, le directeur des affaires de l’Office de secours et de travaux des Nations unies (UNRWA), Thomas White, réitérant que les attaques contre des civils sont totalement inacceptables ! La situation à Khan Younès met en évidence un échec constant dans le respect des principes fondamentaux du droit international humanitaire, a déclaré White. L’occupation israélienne a commis un nouveau massacre contre des milliers de bouches affamées qui attendaient de l’aide».[8]

Pour avoir dit cela, les pays occidentaux accusent l’UNRWA d’être infiltrée par le Hamas et lui coupent les vivres ! Devant l’indifférence des pays du Sud global, et naturellement des pays arabes et musulmans !

La Cour internationale de justice ordonne à Israël de «prévenir et punir» l’incitation au «génocide»

Pour Léa Massignon, «la Cour internationale de justice (CIJ) a rendu une première décision ce vendredi 26 janvier. La présidente de la CIJ a estimé qu’«au moins certains actes (à Gaza) semblent susceptibles de tomber sous le coup de la convention sur le génocide» et a ordonné à Israël de «prévenir et punir» l’incitation au «génocide». L’organe judiciaire a demandé à Israël de prendre davantage de mesures pour protéger les Palestiniens, mais n’est pas allé jusqu’à ordonner un cessez-le-feu. Deux juges se sont opposés à la plupart des mesures temporaires réclamées par l’Afrique du Sud : l’Israélien Aharon Barak et l’Ougandaise Julia Sebutinde. Si les décisions de la Cour internationale de justice sont juridiquement contraignantes, celle-ci dispose néanmoins de peu de moyens pour les faire respecter. Il ne s’agit par ailleurs que de mesures provisoires dans une affaire plus large, visant à déterminer si Israël commet ou non un génocide dans la bande de Gaza. Le tribunal ne se prononcera pas sur cette question avant des années».

«L’ordonnance rendue par la Cour internationale de Justice (CIJ) est «un avertissement important qu’aucun État n’est au-dessus de la loi», réagit le ministre des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne, Riyad al-Maliki. Le Hamas estime que la décision de la CIJ est «un développement important» qui «contribue à isoler Israël». Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, estime que les accusations d’«actes génocidaires» à Gaza, déposées par l’Afrique du Sud à la Cour internationale de justice, sont «scandaleuses». «La tentative ignoble de refuser à Israël le «droit fondamental» de se défendre est «une discrimination flagrante contre l’État juif», et elle a été rejetée à juste titre». L’Afrique du Sud a salué une «victoire décisive pour l’État de droit international et une étape importante dans la quête de justice pour le peuple palestinien».[9]

Pour le rédacteur du journal Le Monde, «la Cour internationale de justice ne se prononce pas sur la question de savoir si Israël commet ou non un génocide. Elle se prononce sur des ordonnances d’urgence avant d’examiner l’affaire sur le fond, un processus qui peut prendre des années. C’est un verdict historique, salué par l’Afrique du Sud, qui avait saisi le tribunal. La Cour internationale de justice (CIJ) − la plus haute juridiction de l’ONU − a demandé à Israël de faire tout son possible pour «empêcher la commission de tout acte entrant dans le champ d’application» de la Convention sur le génocide, et de prendre «toutes les mesures en son pouvoir pour prévenir et punir l’incitation directe et publique à commettre le génocide». La CIJ, qui siège à La Haye, n’a toutefois pas évoqué de cessez-le-feu».

«À ce stade, la Cour ne s’est pas avancée quant à la question de savoir si Israël commet ou non un génocide. Elle s’est prononcée sur des ordonnances d’urgence avant d’examiner l’affaire sur le fond, un processus qui peut prendre des années. Par ailleurs, les ordonnances de la Cour, qui tranche les différends entre pays, sont juridiquement contraignantes et sans appel, mais celle-ci ne dispose d’aucun moyen pour les faire appliquer. Elle a, par exemple, ordonné à la Russie de suspendre son invasion de l’Ukraine, sans résultat. Israël doit également prendre «des mesures immédiates et efficaces pour permettre la fourniture des services de base et de l’aide humanitaire dont les Palestiniens ont un besoin urgent pour faire face aux conditions de vie défavorables auxquelles ils sont confrontés», a statué la CIJ».[10]

Les réactions à l’annonce de l’arrêt de la CIJ

Le clivage dans les réactions était visible. Les pays qui crient victoire font dans l’auto-satisfaction malgré un résultat bien en deçà du cessez-le-feu attendu. L’Afrique du Sud a réagi en saluant une «victoire décisive pour l’État de droit international et une étape importante dans la quête de justice pour le peuple palestinien». La Cour «a déterminé que les actions d’Israël à Gaza sont plausiblement génocidaires et a fait part de mesures provisoires sur cette base», la remerciant «pour sa décision rapide».

L’Espagne, l’une des voix les plus critiques en Europe à l’égard d’Israël depuis le début du conflit avec le Hamas, a, elle aussi, salué cette décision. «Nous (…) demandons aux parties d’appliquer les mesures provisoires que la Cour a décrétées», a écrit le Premier ministre socialiste espagnol, Pedro Sanchez. Quant à l’Union européenne, elle attend une mise en œuvre «complète, immédiate et effective du verdict. Les décisions de la Cour internationale de justice sont contraignantes pour les parties, et celles-ci doivent s’y conformer».

Pour sa part, le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a jugé «scandaleuses» les accusations de «génocide» à Gaza déposées par l’Afrique du Sud. «La tentative ignoble de refuser à Israël» le «droit fondamental» de se défendre est «une discrimination flagrante contre l’État juif, et elle a été rejetée à juste titre».

Les autres réactions sont des satisfactions forcées car dans les faits, Israël continuera ses massacres de masse avec précaution : le Hamas a salué «un développement important» qui «isole Israël». C’est «un avertissement important qu’aucun État n’est au-dessus de la loi», a réagi le ministre des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne, Riyad Al-Maliki. «Je considère comme précieuse la décision d’injonction provisoire prise par la Cour internationale de justice concernant les attaques inhumaines à Gaza, et je m’en félicite», a écrit sur le réseau social X le président turc, «nous espérons que les attaques d’Israël contre les femmes, les enfants et les personnes âgées prendront fin».

Ce qui manque aux dirigeants d’Israël : l’humilité

L’humanité est en face de quelque chose de démentiel ! Pendant l’étude de la plainte sud-africaine, Israël à continuer à polluer le peuple palestinien ! Pire ! après l’arrêt de la CIJ, Israël a traité la CIJ avec le mépris et à continuer ses massacres aveugles. «L’occupation israélienne a commis un nouveau massacre contre des Gazaouis affamés qui attendaient une aide humanitaire au rond-point du Koweït, à Gaza, faisant 20 victimes et 150 blessés», a déclaré le porte-parole du ministère de la Santé de Gaza. Le nombre de morts risque d’augmenter en raison des dizaines de blessés graves qui ont afflué au complexe médical d’Al-Shifa, dont les capacités médicales sont insuffisantes.

Un peuple pris par l’hubris par sa politique de destruction aveugle veut supprimer un autre peuple qui ne demande qu’à vivre en paix sur sa terre. Ainsi, sans temporiser le temps de la décision, Israël continue son travail de laminage de Gaza : la réponse d’Israël est en fait le mépris de la vie des Palestiniens. Ainsi, indifférentes à ce qui se passe, quelques heures après avoir ouvert le feu sur un abri de l’ONU abritant des milliers de Palestiniens, les chars israéliens ont tué des dizaines de personnes qui faisaient la queue pour recevoir de l’aide.

Pourquoi cette pulsion génocidaire ? Il est vrai que le Livre de Josué est une mesure de la folie des hommes ! Mieux, comme le rappelle si bien le sociologue Yuval Noah Hariri dans la religion juive, l’idée d’éliminer son prochain non juif est présente. Il écrit : «L’Ancien Testament et le Talmud assuraient que la vie d’un juif est plus précieuse que celle d’un Gentil (humain non juif). Certains sages juifs assurent même que le commandement «Aime ton prochain comme toi-même» ne concerne que les juifs (Lévitique 19,18). Que la Bible commande aux juifs d’exterminer des peuples tels que les Amalécites et les Cananéens renforce considérablement ce soupçon : «Tu ne laisseras la vie de ce qui respire», décrète le livre saint : «Tu les détruiras entièrement (…), les Hittites, les Ammorites, les Cananéens, les Phérisiens les Jébusiens comme l’éternel ton Dieu te l’a commandé Deutéronome 20,16-17). Dans toute l’histoire humaine, c’est un des premiers exemples de génocide présenté comme un devoir religieux contraignant».

Nous ne devons pas être étonnés par le messianisme du Premier ministre israélien qui au nom du grand Israël du Nil à l’Euphrate exécute en bon fidèle un commandement divin : «Une bonne dose d’humilité, poursuit Yuval Harari, permet d’éteindre pas mal d’agressivité mal placée vis-à-vis des étrangers. Tous les peuples se croient les meilleurs et les plus grands. L’histoire des juifs a beau être importante à leurs yeux, elle n’a pas l’importance mondiale qu’ils lui donnent souvent. Certes, la religion juive a inspiré les religions chrétienne et musulmane, mais celles-ci ont eu, finalement, une influence beaucoup plus capitale. Les juifs ont tendance à croire aussi qu’ils sont à la source de l’éthique, parce qu’Abraham et Moïse ont créé des codes moraux. Avant eux, des groupes d’hommes avaient déjà leurs propres traditions en cette matière. En Égypte déjà, des signes de monothéisme peuvent être attestés. Peut-être que les juifs devraient se glorifier des grands noms qui ont marqué le cours des siècles (…) Beaucoup de religions louent la valeur de l’humilité, mais imaginent qu’il n’y a rien de plus important qu’elles dans l’univers. Elles mêlent les appels à la modestie personnelle à une arrogance collective éhontée. Ils feraient bien de prendre plus au sérieux l’humilité. Et parmi toutes les formes d’humilité, l’humilité devant Dieu. Quand ils parlent de Dieu, les hommes professent trop souvent un auto-effacement pitoyable, mais se servent ensuite du nom de Dieu pour traiter de haut leurs frères».

Et maintenant ? La réunion du Conseil de sécurité ?

On est en droit de se demander pourquoi la CIJ n’a pas appelé à un cessez-le-feu. Au-delà des arguties juridiques, il y a mort d’hommes, de femmes et d’enfants. Parce qu’un texte ne le permet pas, on laisse se faire les massacres dans le silence de certains et la lâcheté des autres. À moins que les juges n’aient pas voulu prendre le risque d’une décision contraignante pour Israël. Pour rappel, si la CIJ ordonne un cessez-le-feu, comme elle l’a fait par exemple en Ukraine, et que, comme la Russie, Israël refuse d’exécuter la décision, il reviendra alors aux États de prendre des mesures, des sanctions politiques, économiques et diplomatiques, pour qu’Israël soit contraint de respecter la décision de la CIJ. Il fallait donc bloquer la décision en amont en faisant tout pour que la décision de la CIJ ne soit pas contraignante et surtout ne parle pas de génocide, car il n’est pas question de condamner Israël !!

La Cour n’a pas ordonné à Israël de cesser ses opérations militaires. Seule une résolution du Conseil de sécurité pourrait obliger dans les faits un État à les appliquer. Cela ne sera pas le cas, les États-Unis veillent. En clair, Israël continuera la mise en œuvre d’une solution finale. La décision de la CIJ est un coup d’épée dans l’eau qui nous a fait croire au miracle de l’arrêt du carnage. Non, les crimes continuent, les enfants qui ne sont pas morts sont en sursis, ils seront rattrapés par la faim, la soif, les maladies et un hiver rigoureux.

Mercredi 31 janvier, à la demande de l’Algérie, le Conseil de sécurité de l’ONU va se pencher sur la décision de la Cour internationale de justice (CIJ) qui a appelé Israël à empêcher tout acte éventuel de «génocide» à Gaza, a annoncé la présidence française du Conseil. La réunion a été demandée par l’Algérie «en vue de donner un effet exécutoire au prononcé de la Cour internationale de justice sur les mesures provisoires qui s’imposent à l’occupation israélienne», avait indiqué plus tôt dans la journée le ministère algérien des Affaires étrangères. Vendredi, l’ambassadeur palestinien à l’ONU Riyad Mansour a laissé entendre que le groupe arabe, représenté par l’Algérie au Conseil, allait pousser pour un texte demandant un cessez-le-feu. «Il ne faut cependant pas se faire d’illusions, le veto américain est là pour permettre la continuation de la tuerie, tout au plus une résolution a minima, comme le propose l’Union européenne qui demande l’application de la résolution».

Conclusion

Comment faire toucher du doigt la souffrance qu’ont dû éprouver les victimes d’Hitler et les Palestiniens victimes d’une armée que l’on dit morale ? Comme l’écrit l’écrivain Yuval Harari : «La moralité ne signifie pas «suivre les commandements divins». Elle signifie «réduire la souffrance». Par conséquent, pour agir moralement, vous n’avez pas besoin de croire en un mythe ou une histoire. Vous devez simplement développer une profonde appréciation de la souffrance».

Au-delà de toute cette tragédie silencieuse, quel est l’avenir de la cause palestinienne ? L’Autorité palestinienne, décrédibilisée, devrait passer la main. On prête à l’occupant la velléité de recoloniser Gaza. Cela veut dire qu’avec les expulsions de Cisjordanie par les colons, le vertige de l’hubris ne suffit plus il faut encore des terres pour concrétiser le mythe de la Terre promise ! Il y a une autre possibilité, qui permettrait enfin de rendre justice au peuple palestinien, celle du courage de dirigeants israéliens qui veulent tourner la page pour pouvoir s’intégrer dans une région où ils sont de plus en plus rejetés ; Celle de faire la paix. On ne peut faire la paix qu’avec son adversaire, il est important de s’adresser à des hommes capables de rassembler, c’est le cas de Marwan Barghouthi, qui a combattu Israël les armes à la main. Il est considéré par les siens comme le «Mandela palestinien» ; comme lui, il est derrière les barreaux depuis 22 ans.

Professeur Chems Eddine Chitour

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