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Le Monde Diplomatique, février 2024 — Bernard GENSANE

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Fév 5, 2024


Benoit Bréville décrit la révolte des tracteurs : « Lors de son monologue télévisé de deux heures, le 16 janvier dernier, M. Emmanuel Macron n’a pas consacré plus de cinq secondes au sort des agriculteurs. Une clairvoyance indéniable : deux jours plus tard éclatait l’une des plus importantes révoltes agricoles des dernières décennies. Aux quatre coins de France, des tracteurs bloquent les autoroutes, des éleveurs déversent du lisier devant les supermarchés, des pneus brûlent sur le parvis des mairies, préfectures et permanences d’élus sont prises pour cibles…
Les signes annonciateurs de cette colère paysanne s’étaient pourtant multipliés au cours des dernières semaines. En Europe, où des mobilisations avaient agité ¬l’Allemagne, la Pologne, la Roumanie, les Pays-Bas, l’Espagne, la Belgique. Mais aussi en France où, depuis novembre 2023, des agriculteurs retournaient les panneaux de signalisation plantés à l’entrée des communes, en symbole d’une profession qui « marche sur la tête ». Le 10 janvier, dans un communiqué, six centrales syndicales européennes décrivaient même une situation devenue « insoutenable », pouvant « compromettre la survie des producteurs de l’Union européenne ». »

Alexandre Fauquette et Frédéric Pierru dénoncent le scandale des soignants suspendus : « « Antivax », « complotistes »… Les soignants qui ont refusé la vaccination ont subi l’opprobre, en plus des suspensions. Leurs décisions n’étaient pourtant pas étrangères à la rationalité mais l’exécutif ne les a pas écoutés. Trop occupé à faire entendre sa raison. »

Selon Serge Halimi et Pierre Rimbert, Le journalisme français est devenu un danger public : « Depuis le 7 octobre dernier, les grands médias veillent à l’alignement des planètes autoritaires en France. Leur soutien inconditionnel à Israël s’accompagne de leur diffamation des opinions dissidentes, de leur mise en cause des libertés publiques et de leur chasse aux immigrés. Jusqu’où ira cette guerre idéologique ? Au service de qui ? »

Comment fut inventé l’astronaute, demandent Irénée Régnauld et Arnaud Saint-Martin : « Leur dévouement, leurs prouesses physiques en impesanteur sont autant d’ingrédients d’une recette éprouvée depuis les années 1950. Astronaute, cosmonaute, spationaute, taïkonaute, bientôt « vyomanaute » indien : ils forcent l’admiration et donnent corps à la nécessité d’une aventure humaine… qui n’a rien d’évident. A fortiori avec la perspective de l’envoi dans l’espace de robots augmentés par l’intelligence artificielle. »

Pour Hernando Calvo Ospina, la Colombie est devenue une usine à mercenaires : « Kiev peut désormais compter sur de nouvelles troupes. Non plus les contingents de volontaires en quête d’aventures, galvanisés par leur détestation de la Russie ou proches de certains groupuscules locaux d’extrême droite, mais des mercenaires, motivés par l’appât du gain. Au premier rang desquels des Colombiens : un type d’exportation devenu une spécialité du pays latino-américain. »

Anne-Dominique Correa décrit la grand violence en Argentine : « Pouvoir rémunérer ses salariés en lait ou en viande ? La « liberté » telle que l’entend le nouveau président argentin, M. Javier Milei, enchante le secteur privé ; moins les électeurs qui ont cru à ses recettes pour en finir avec la crise. Ceux-là découvrent le sens de sa promesse d’« éradiquer la caste » : servir l’oligarchie. Entre la rue et l’homme à la tronçonneuse, la bataille ne fait que commencer. »

Pour Anne-Cécile Robert, l’Afrique du Sud défend une cause universelle : « En décembre 2023, l’Afrique du Sud a saisi la Cour internationale de justice (CIJ) contre Israël pour génocide dans la bande de Gaza. Si les chances de voir appliquer d’éventuelles mesures conservatoires ou condamnations sont minces, l’initiative de Pretoria a fait l’effet d’une bombe géopolitique et pourrait modifier le rapport de forces au Proche-Orient. »

Alhadji Bouba Nouhou décrit un continent divisé face à Tel-Aviv : « Les conséquences territoriales des guerres israélo-arabes de 1967 et 1973 ont poussé la plupart des pays africains à prendre fait et cause pour la cause palestinienne. Mais, depuis le début du XXIe siècle, Tel-Aviv a réussi a multiplié les accords économiques et sécuritaires sur le continent. Le conflit déclenché depuis du 7 octobre pourrait freiner ce rapprochement. »

Eric Alterman décrit l’évolution politique des Juifs aux États-Unis : « À mesure que les Israéliens basculent à droite, les Juifs américains s’ancrent à gauche. Résultat : le lobby pro—israélien aux États-Unis s’appuie désormais davantage sur les chrétiens fondamentalistes que sur les juifs. Mais la guerre de Gaza a également percuté l’université américaine quand certains de ses bailleurs de fonds ont décidé de sanctionner les établissements trop critiques du gouvernement israélien. »

Pour Eugénie Mérieau, le vol a été volé aux Thaïlandais : « Écrite pour permettre au pouvoir en place de conserver la main, la Constitution thaïlandaise vient de jouer son rôle : offrant un poids démesuré au Sénat non élu, elle a facilité l’élection, au poste de premier ministre, d’un dirigeant politique n’émanant pas du parti ayant remporté les élections de mai 2023… Mais ce type de bricolage institutionnel pourrait bientôt ne plus fonctionner. »

Anne Dufresne sedemande si Uber fera sa loi à Bruxelles ? : « Ils sont intégrés dans le décor urbain au même titre que les feux rouges qu’il leur arrive de brûler. Coursiers cyclistes et chauffeurs automobiles payés à la tâche pour Uber ou Deliveroo incarnent pour ces entreprises l’avenir d’un travail hors du salariat et donc sans droits. La réglementation européenne, âprement débattue et combattue, rebattra-t-elle les cartes ? »

François Ruffin a rédigé une élégie pour Jacques Delors : “À Jacques Delors, le grand marché unique européen reconnaissant ” : « Parfois la charité voudrait qu’on juge un personnage à ses intentions plutôt qu’à ses réalisations. Jacques Delors, un humaniste chré¬tien membre du Parti socialiste, s’est ainsi trouvé être l’archi¬tecte d’une Europe des marchés qui pratique le dumping social. On dit qu’il en éprouva des remords. D’autres acteurs de cette grande transformation n’ont eu, en revanche, rien à regretter : l’Europe qu’ils ont construite a satisfait presque tous leurs désirs. »

Perry Anderson explique pourquoi le droit international est celui du plus fort : « Imagine-t-on des relations internationales codifiées et imposées au reste du monde par des pays d’Amérique latine, d’Afrique, du Caucase ou d’Asie ? Guère, et pour cause : depuis le XVIIe siècle, le droit international décalque les intérêts des grandes puissances. Ses formes contemporaines, comme les Nations unies, demeurent toutefois le recours – hélas souvent impuissant – des États dominés. »

Une approche intéressante de François Alberta sur “ Les styles du travail ” : « Raconter la condition ouvrière de l’intérieur semble susciter depuis quelque temps un regain d’intérêt, dont témoignent des journalistes en « immersion ». Mais c’est par l’invention d’un style qu’émerge, au-delà de la simple véracité, la vérité. »

Charles Glass a rencontré Julian Assange dans sa prison : « Il est 14 h 30 ce mercredi 13 décembre lorsque Julian Assange fait son entrée dans l’espace visiteurs de la prison de haute sécurité de Belmarsh, dans le sud-est de Londres. Avec son mètre quatre-vingt-huit, sa crinière blanche et sa barbe bien taillée, le lanceur d’alerte et fondateur de WikiLeaks détonne au milieu de la colonne de prisonniers. Plissant les yeux, il scrute la salle à la recherche d’un visage familier parmi la foule d’épouses, de sœurs, de fils et de pères de détenus. Je l’attends à l’endroit qui m’a été assigné, le point D-3 — un îlot parmi une quarantaine d’autres semblables, formé d’une petite table basse et de trois chaises rembourrées, deux bleues et une rouge, vissées dans un parquet qui rappelle celui d’un terrain de basket. Nos yeux se croisent, nous nous avançons et nous prenons dans les bras. Cela fait six ans que nous ne nous sommes pas vus. Je ne peux m’empêcher de lâcher : « Tu es pâlot. » Avec un sourire espiègle que je lui connais bien, il réplique : « On appelle ça la pâleur du prisonnier. »

Depuis qu’en juin 2012 il a trouvé refuge dans la toute petite ambassade de l’Équateur à Londres, Julian n’a pas mis le nez dehors – hormis pendant une minute quand les policiers l’ont jeté dans leur fourgon. Ici, où il a été écroué le 11 avril 2019, on ne lui laisse pas voir la lumière du jour. Il est enfermé dans sa cellule vingt-trois heures sur vingt-quatre, et son unique heure de « promenade » se déroule entre quatre murs, sous l’œil des gardiens.

Les formalités d’enregistrement et de sécurité commencent au centre d’accueil des visiteurs, un bâtiment de plain-pied séparé de la prison, aussi lugubre qu’une cantine des années 1950 dans une peinture d’Edward Hopper : tables bas de gamme, chaises fatiguées, lumière blafarde, des rangées de casiers vitrés le long des murs. Une dame chaleureuse me propose de prendre un café, puisque je suis en avance. Je me dirige vers une kitchenette rudimentaire où un homme arrose d’eau bouillante un fond de café soluble. »





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