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Une nouvelle espèce marine disparaît dans l’indifférence

ByVeritatis

Fév 6, 2024


Dans la plus récente mise à jour de sa Liste rouge, l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) déclare l’extinction officielle d’une espèce hors du commun, la raie pastenague javanaise, peuplant autrefois les côtes indonésiennes. Pointant les activités humaines comme facteur principal d’effondrement de la population, les chercheurs alertent sur l’importance dramatique de l’extinction de la biodiversité.

« La disparition de la raie pastenague javanaise constitue un avertissement pour le monde entier ». Voilà les mots forts employés par le Dr Peter Kyne, chercheur principal à l’Institut de recherche sur l’environnement et les moyens de subsistance de l’Université australienne Charles Darwin (CDU), pour décrire le désarroi de son équipe face aux données récoltées.

Le spécimen reste introuvable malgré « des efforts considérables »

Mesurant une trentaine de centimètres, la raie pastenague javanaise est un animal marin des plus rares. Observé une unique fois en 1862 sur les étales d’un marché de Jakarta, en Indonésie, ce poisson cartilagineux caractérisés par un corps aplati, de grandes nageoires pectorales solidaires du tronc et des fentes branchiales ventrales, s’est depuis fait particulièrement discret. Trop discret, puisque malgré les les recherches approfondies menées par l’équipe de chercheurs australiens, aucun spécimen n’a depuis été découvert, menant de facto à l’annonce de l’extinction de l’espèce.


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« Malgré des efforts de prospection approfondis depuis 2001, notamment la surveillance des sites de débarquement de poissons le long de la côte nord de Java (y compris Jakarta), ainsi qu’ailleurs en Indonésie, aucun autre spécimen n’a été enregistré », regrette Julia Constance, doctorante à la CDU et évaluatrice principale de la population de la raie Urolophus javanicus.

« Précédemment évaluée en 2021 comme étant en danger critique d’extinction et possiblement éteinte, une réévaluation a été entreprise avec des informations supplémentaires sur les menaces et les efforts d’enquête ».

Après réévaluation, les chercheurs concluent amèrement que l’existence « de menaces affectant l’espèce » durant « une durée suffisante et suffisamment grave » et ce sur « l’ensemble de l’aire de répartition de l’espèce » conduit à une probabilité extrêmement importante de sa disparition définitive.

Les activités humaines désignées comme responsables

Et pour cause, les raies de manière générale sont fortement exploitées et utilisées en Indonésie, « représentant 60 % du total national des captures d’élasmobranches », relèvent les scientifiques qui pointent spécifiquement la pêche intensive, généralement non réglementée, comme étant la principale menace de la raie pastenague javanaise.

Un stingaree bagué (Urolophus cruciatus), un parent du genre de la raie de Java, aujourd’hui disparu et photographié en Tasmanie.- Crédits : John Turnbull (Flickr)

En outre, « la côte nord de Java, en particulier la baie de Jakarta, est fortement industrialisée, et la perte et la dégradation importantes de son habitat peuvent également avoir eu un impact sur cette espèce », soulignent l’équipe de Peter Kyne.

Depuis le début des années 1900, les habitats côtiers qui lui servaient de refuge ont progressivement été remplacés par des étangs d’aquaculture. Si le cycle biologique de l’animal n’est pas connu dans le détail, les urolophidés se caractérisent toutefois par une fécondité parmi les requins et les raies les plus faibles. « L’espèce était donc probablement très sensible à la réduction et à l’épuisement de sa population », expliquent les chercheurs.

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Un avertissement pour le monde

En définitive, l’espèce indonésienne, pas plus grande que la taille d’une assiette, était « sans espèce similaire à Java, et le fait qu’elle n’ait pas été trouvée lors d’innombrables études confirme son extinction ». Pour Peter Kyne, la perte de cette espèce est sans aucun doute un tournant pour la biodiversité marine :

« l’extinction de la raie pastenague javanaise est un signe d’avertissement pour le monde entier qui nous enjoint à protéger les espèces marines menacées ».

Créée en 1964, la Liste rouge de l’UICN, une des sources les plus complètes sur le risque d’extinction mondial et le statut des espèces animales, fongiques et végétales, a déjà identifié plus de 41 200 espèces menacées d’extinction à l’échelle mondiale, sur un total de 157 100 espèces évaluées.

D’autres espèces menacées

« C’est une réalisation incroyable. Cependant, notre travail est loin d’être terminé. Nous devons augmenter considérablement le nombre d’espèces sauvages évaluées, en particulier les plantes, les invertébrés et les champignons », reconnait l’organisation, qui se fixe l’objectif d’évaluer 160 000 espèces au total. « Atteindre cet objectif fournira l’indication la plus à jour sur la santé de la biodiversité mondiale pour guider les actions critiques de conservation ».

Un port de pêche à Java. Wikimedia.

Finalement, le directeur de recherche, Peter Kyne, attire l’attention de la population sur l’importance de la mise en place de mesures sérieuses de protection de la faune marine :

« nous devons réfléchir à des stratégies de gestion appropriées, telles que la protection de l’habitat des espèces marines et la réduction de la surpêche, tout en garantissant les moyens de subsistance des personnes qui dépendent des ressources halieutiques ».

D’autres espèces marines sont actuellement gravement menacées d’extinction, comme les ormeaux, mollusques marins primitifs à coquille unique, ou les dugongs, mammifères marins herbivores vivant principalement sur les littoraux de l’océan Indien, de l’océan Pacifique ouest et de la mer Rouge. Pour eux, il n’est peut-être pas trop tard.

– Lou Aendekerk


Photo de couverture de NEOM sur Unsplash

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