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Étrangers et précaires… mais médecins, par Eva Thiébaud (Le Monde diplomatique, février 2024)

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Fév 7, 2024


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Malachi Farrell. — De la série « Covid les poches », 2020-2021

ADAGP, Paris, 2024

«Je préfère ne pas trop penser à ce que j’ai traversé ces dernières années. » Mme Aïcha S. est anesthésiste réanimatrice à l’Assistance publique – Hôpitaux de Marseille (APHM) depuis dix ans. Comme les autres médecins rencontrés, elle préfère témoigner anonymement. Elle a travaillé une décennie en Algérie avant de rejoindre son mari en France en 2006, puis de vivre « un véritable parcours de la combattante » pour faire reconnaître son diplôme. « Il aura fallu seize ans », dit-elle dans un triste sourire. Le tableau d’inscriptions à l’ordre recense 234 028 médecins actifs au 1er janvier 2023, dont 29 238 ont obtenu leur doctorat à l’étranger. Ce nombre a doublé depuis 2010 et comprend 16 346 diplômés hors d’Europe. La majorité d’entre eux vient d’Algérie (37 %), les autres de Tunisie, du Maroc ou de Syrie. Leurs compétences intéressent des établissements, notamment périphériques, qui peinent à recruter dans les spécialités mieux rémunérées en libéral — comme l’anesthésie-réanimation —, trop contraignantes ou disqualifiées — comme les urgences ou la psychiatrie. À ces étrangers dont le parcours a en définitive été reconnu, s’ajoutent des milliers de praticiens à diplôme hors Union européenne (Padhue) qui ne peuvent s’inscrire au tableau et sont recrutés sous un statut précaire : stagiaire, faisant fonction d’interne (FFI) ou praticien associé (statut se substituant aux attachés associés et aux assistants associés).

Leur histoire est intimement liée à celle de l’hôpital public. Longtemps lieu d’accueil des déshérités, il ne devient un centre de soin à la pointe du progrès qu’après la seconde guerre mondiale. Alors, le niveau des dépenses s’envole ; les effectifs de praticiens explosent. Ceux des étudiants aussi : leur révolte en mai 1968 affole la frange la plus conservatrice de la corporation, qui voit « dans l’augmentation du nombre d’étudiants — dont certains issus de milieux moins favorisés qu’autrefois — l’une des causes majeures de la crise », selon le chercheur Marc-Olivier Déplaude. L’ordre (…)

Taille de l’article complet : 2 535 mots.

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