• jeu. Fév 29th, 2024

Monde25

Le monde des informations alternatives

Le Goûter du lion ou la faim de vie

ByVeritatis

Fév 10, 2024


LIVRES – Il existe nombre de livres sur la fin de vie, mais celui-ci détonne et bouleverse les a priori sur le sujet. Peut-on seulement imaginer la profondeur du gouffre qui s’ouvre quand Shizuku, une jeune femme de 33 ans, apprend par son médecin qu’elle est atteinte d’un cancer incurable et qu’il lui reste peu de semaines à vivre.

Adieu la possibilité de ressentir la caresse de l’été ! Refusant de suivre des traitements inutiles et de subir un acharnement thérapeutique, elle ne veut pas non plus finir ses jours dans la chambre d’un quelconque hôpital impersonnel. Elle vit seule, et n’est plus en contact avec son père qu’elle n’a pas revu depuis cinq ans… 

On lui indique un établissement de soins palliatifs, La Maison du lion, sur l’île aux citrons, dans un cadre paradisiaque ! Elle découvre alors une sorte de pension de famille où les derniers instants de vie seront des moments inoubliables, où tout est fait pour soulager les douleurs du corps, mais surtout pour apaiser celles de l’âme, dans une ambiance particulièrement délicieuse. Ici, point de patients, mais des “invités”. Tout le monde a le droit de porter un surnom. Ainsi “Madonna”, la directrice, l’attend le jour de Noël. Cette femme entraîne dans son nombre de personnes chaleureuses. 

Shizuku noue un lien particulier avec la petite chienne Rokka. Et puis, il y a ce merveilleux rituel du dimanche, le goûter du lion. La recette ? Rédiger une demande de goûter, en décrire les raisons et le rattacher à un souvenir particulier de son enfance. Il est là question de saveurs, comme autant de petits desserts onctueux pour rappeler que le bonheur se loge essentiellement dans les plaisirs les plus simples. Ce sont ces mille petites choses, ce Carpe diem qui donnent à ce livre tout son éclat, et tous ces instants superposés plus savoureux les uns que les autres qui le rendent si touchant. Si l’émotion est omniprésente, à cause du souvenir de gens qui nous étaient chers, ce roman ne tombe jamais dans le pathos.

Bouleversants ces échanges, ces joies, colères ou prises de conscience de Shizuku, qui nous plongent dans la vérité de la finitude. Car, bien plus encore qu’une plaidoirie pour le droit à mourir dans la dignité, ce roman est un livre d’apprentissage pour changer de regard sur la mort afin de vivre pleinement tout en l’accueillant le mieux possible.

Même s’il existe en France quelques maisons de fin de vie spécialisées, on se prend à rêver que l’on puisse trouver plus de lieux analogues à cette Maison du lion, où les mots humanité, respect, douceur et délicatesse prennent toute leur place ! Porté par la très belle et très poétique écriture d’Ito Ogawa, ce livre pudique et magnifique dégage une forte vibration d’amour. Un texte entre sourires et larmes qui résonne longtemps en nous longtemps après l’avoir refermé. Une belle découverte et un véritable coup de cœur !

Une phrase à méditer :

“A la Maison du lion, nous savourons le délice de la vie jusqu’à la dernière goutte.”

 

Le Goûter du lion, d’Ito Ogawa. Editions Philipe Picquier (2022). 260 pages. 19 euros.

 

Présentation de l’éditeur :

Ce qui fait de ce livre grave et pudique un roman solaire, c’est d’abord le lieu : l’île aux citrons dans la mer intérieure du Japon, qu’il faut gagner en bateau ; et encore, l’image magnifique de l’union de la mer, du ciel et de la lumière : la mer scintillante, illuminée par un incroyable sourire, surplombée par la Maison du Lion, ce lieu de paix où Shizuku a choisi de venir pour vivre pleinement ses derniers jours en attendant la mort.

Avec elle, nous ferons la connaissance des pensionnaires – ses camarades, ses alliés et pour tout dire, sa nouvelle famille – ainsi que de la chienne Rokka qui s’attache à elle pour son plus grand bonheur. En leur compagnie, il y aura aussi les goûters du dimanche où grandit peu à peu son amour de la vie quand on la savoure en même temps qu’un dessert d’enfance, une vie qui aurait le goût de la fleur de tofu, d’une tarte aux pommes ou des mochis-pivoines.

Avec la délicatesse d’écriture que nous lui connaissons depuis ses précédents romans, Ito Ogawa entraîne peu à peu Shizuku sur un chemin de poésie dont la mélodie possède la voix grave et conciliante d’un violoncelle ; un chemin apaisé comme pour dire la gratitude d’exister.





Source

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *