• dim. Fév 25th, 2024

Monde25

Le monde des informations alternatives

Le vol du vote thaïlandais, par Eugénie Mérieau (Le Monde diplomatique, février 2024)

ByVeritatis

Fév 10, 2024


JPEG - 59.8 ko

Vichit Thamthip. — Masque de buffle représentant le génie tutélaire Phi khon nan, du village de Na Sao, au nord-est de la Thaïlande, 2013

Photographie : Claude Germain – Musée du quai Branly-Jacques Chirac – RMN-Grand Palais

Un coup de tonnerre étrangement silencieux. Jusqu’au mois d’août dernier, la priorité du pouvoir thaïlandais — aux mains des militaires et des royalistes — semblait être d’empêcher le retour au pays de M. Thaksin Shinawatra. Premier ministre de 2001 à 2006, immensément populaire, celui-ci avait été renversé par un coup d’État et contraint à l’exil. En 2014, un deuxième putsch (contre sa sœur cadette, Mme Yingluck Shinawatra) avait neutralisé in extremis le vote d’une loi d’amnistie permettant à M. Thaksin de revenir aux affaires sans passer par la case prison. Pourtant, depuis le 23 août, l’homme politique le plus clivant de ces trente dernières années foule de nouveau le sol thaïlandais, dans une indifférence quasi générale, notamment chez ses anciens ennemis. Comment expliquer un tel revirement ?

Il résulte en grande partie des élections législatives du 14 mai 2023. Celles-ci ont conduit à la nomination, le 22 août, de M. Srettha Thaven (du parti Peua Thai, fondé par M. Thaksin) : un tournant dans l’histoire politique du pays. En effet, le scrutin de mai a acté la disparition de l’ancien clivage jaune-rouge (respectivement anti- et pro-Thaksin), qui avait structuré le paysage depuis le début des années 2000, au profit d’un conflit générationnel : d’un côté, les partisans d’une démocratie libérale et, de l’autre, ceux d’une démocratie « à la thaïe ». À la clé, la possible extinction du rôle politique de l’armée et de la monarchie, diptyque ayant dominé le pays depuis le début du XXe siècle.

Le scrutin, en effet, a vu triompher la formation Move Forward (« Aller de l’avant », MFP) — parti de la jeunesse ayant adopté un positionnement à la fois antimonarchiste et antimilitariste mais aussi, subtilement, anti-Thaksin, d’où le choix de sa couleur, orange. Mais si l’organisation s’est donné pour mission de remporter l’adhésion aussi bien des anciennes « chemises jaunes » royalistes que des anciennes « chemises rouges » pro-Thaksin, ce n’est pas en suivant une stratégie centriste du « en même temps ». Au (…)

Taille de l’article complet : 2 674 mots.



Source

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *