SNVU, la circulaire Retailleau passée en douce en juillet écarte la presse des émeutes. Pourquoi ?


Censure quand tu nous tiens…

À la veille de la journée de blocage nationale du 10 septembre 2025, marquée par une crise politique majeure avec la chute du gouvernement Bayrou le 8 septembre, un document du ministère de l’Intérieur émerge, le « Schéma national des violences urbaines » (SNVU). Publié discrètement le 31 juillet 2025, il menace gravement la liberté de la presse. Ce texte de 52 pages, destiné aux forces de l’ordre, stipule que les protections accordées aux journalistes dans le Schéma national du maintien de l’ordre (SNMO) « ne trouvent pas à s’appliquer dans un contexte de violences urbaines ». Cette disposition, qui pourrait s’appliquer aux manifestations attendues ces prochains jours, empêche les journalistes de documenter librement les événements, y compris d’éventuelles dérives policières, ou les exactions des BlackBlocks, ces derniers focalisant plus en plus de doute quant à leurs origines et leurs motivations, et dans un contexte où les investissements massifs d’Emmanuel Macron dans les blindés Centaure et les munitions non létales renforcent une gestion de plus en plus totalitaire de l’État. Une question se pose tout de même. La chienlit ne serait-elle pas du coup orchestrée bien à l’avance ?

Le SNVU, cette entrave à la liberté d’informer

Le SNMO de 2020 garantit que la présence des journalistes lors des manifestations est « d’une importance primordiale » pour relater les revendications des manifestants et l’action des autorités, leur permettant de « circuler librement au sein des dispositifs de sécurité ». Ces protections, ancrées dans la loi de 1881 sur la liberté de la presse, la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne et la Déclaration universelle des droits de l’homme, sont essentielles à la démocratie. Pourtant, le SNVU, en excluant ces garanties dans les situations qualifiées de « violences urbaines » – un terme vague, particulièrement extensible aux blocages du 10 septembre et sa suite –, ouvre la porte aux restrictions arbitraires. Les forces de l’ordre pourraient interdire l’accès des journalistes aux lieux d’événements, les empêchant de témoigner d’éventuelles violences policières, comme celles observées lors des émeutes de 2023 après la mort de Nahel Merzouk. Cette mesure fait écho à une tentative déjà censurée par le Conseil d’État en 2021, qui risque de priver les Français d’une information objective sur les dérives potentielles des autorités, et de ce fait favorise les dérives.

Une militarisation alarmante voulue par Macron, dont Retailleau se fait désormais le porte-flingue 

La publication du SNVU s’inscrit dans une stratégie plus large de renforcement des moyens répressifs sous la présidence Macron. Répressifs contre qui ? La presse entre autres, déjà grande perdante de la crise covid, où elle a cédé à la doxa, s’infligeant une autocensure meurtrière.

Le programme Centaure, financé à hauteur de 70 millions d’euros commandé par le Président, a doté la gendarmerie de 90 véhicules blindés de 14,5 tonnes, livrés entre 2022 et octobre 2024. Il semble une véritable priorité donnée à la répression des mouvements sociaux plutôt qu’à d’autres besoins, à l’image des Canadairs pour lutter contre les incendies. Ces engins, équipés de lance-grenades capables de tirer 30 munitions de 40 mm en une salve, ont été déployés lors des émeutes de 2023 et en Nouvelle-Calédonie en 2024. 

Parallèlement, en novembre 2023, le ministère de l’Intérieur a commandé 3 millions de munitions pour 78,3 millions d’euros environ, incluant des balles en caoutchouc pour le lanceur de balles de défense (LBD 40). Ces projectiles, qualifiés de non létaux, ont causé des blessures graves (fractures, pertes oculaires, traumatismes crâniens) lors des manifestations des Gilets jaunes et des émeutes de 2023. Leur usage, combiné à la puissance des Centaures, accroît le risque de répression violente, surtout dans un contexte où le SNVU limitera la capacité des journalistes à couvrir ces interventions.

Une dérive totalitaire à la veille du blocage

À l’aube du 10 septembre, alors que la France est secouée par la chute de son gouvernement – conséquence d’un vote de confiance perdu (194 pour, 364 contre) – et que le président est en passe de nommer un énième Premier ministre, la gestion de la crise révèle une dérive des plus autoritaire. Face à un mouvement de blocage qui pourrait s’avérer d’ampleur, soutenu par plus de 46 % des Français selon les sondages et visant à paralyser routes, gares et raffineries pour protester contre une politique jugée pro-patronale et militariste, Macron opte pour le silence et le tout répressif. Le SNVU, les Centaures, l’EUROGENDFOR (European Gendarmerie Force) et les millions de munitions s’inscrivent dans une logique punitive et de contrôle autoritaire de l’espace public, où la liberté d’informer est sacrifiée pour masquer les dérives potentielles des forces de l’ordre. Cette approche, qui rompt avec le dialogue instauré en 2021 via un groupe de contact avec les journalistes, contraste avec l’urgence d’une réponse démocratique à la crise sociale.

Un appel urgent à protéger la presse

Le SNVU, en muselant les journalistes, prive les Français d’un contrepoids essentiel tant à la désinformation, qu’à la doxa étatique, amplifiée par les réseaux sociaux et les contenus générés par intelligence artificielle. La carte d’identité de journaliste professionnel, délivrée sous l’égide de la République, devrait garantir leur accès sécurisé aux lieux publics, même dans des contextes tendus les jours à venir. Les syndicats de journalistes ont saisi le Conseil d’État pour contester le SNVU, les éditeurs exigent sa révision et la Commission de la Carte d’Identité des Journalistes Professionnels, dans un courrier à ses membres, ce matin, s’en offusquait. À quelques heures du blocage, une mobilisation collective – médias, citoyens, responsables politiques semble cruciale pour contrer cette dérive des plus totalitaire. La France pourra-t-elle tolérer qu’un texte comme le SNVU, soutenu par un arsenal répressif, étouffe la liberté de la presse et dissimule des abus désormais à huis clos lors des manifestations.





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