Verdun-en-Donbass, par Anatol Lieven (Le Monde diplomatique, janvier 2026)


L’oblast de Donetsk au cœur des négociations

Il n’est pas rare dans les conflits armés qu’un grand nombre de soldats meurent pour la prise de territoires dont l’importance stratégique est secondaire, comme ce fut le cas pendant la première guerre mondiale. Le contrôle de la région de Donetsk constitue une exigence non négociable pour la Russie comme pour l’Ukraine. Ce nœud gordien n’est pas tranché, et la guerre continue.

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Maxim Dondyuk. — Épave d’un char russe dans le territoire libéré de Kharkiv, 2024

© Maxim Dondyuk

L’avenir de la Russie et de l’Ukraine, mais aussi de la sécurité européenne, repose sur le sort d’une poignée de petites villes à demi détruites dans le nord-ouest de l’oblast de Donetsk.

Dans le cadre des négociations de paix en cours, le Kremlin continue de poser le retrait ukrainien de ce territoire comme condition préalable à tout accord. Cette revendication a été introduite dans le plan initial en vingt-huit points élaboré par l’envoyé américain Steve Witkoff et son interlocuteur russe Kirill Dmitriev. Ledit plan précise cependant que la zone passerait sous le contrôle de l’administration russe mais serait démilitarisée, réduisant ainsi le coût politique d’une telle option pour l’Ukraine. M. Volodymyr Zelensky, soutenu par la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, a pour l’heure catégoriquement rejeté ce point.

La plupart des Russes estiment que le président Vladimir Poutine n’abandonnera pas cette exigence, quand bien même Kiev, Washington et Bruxelles se résoudraient à renoncer à l’expansion de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) comme à la présence de troupes occidentales en Ukraine. Dans le même temps, l’opinion dominante côté ukrainien considère qu’il serait tout aussi inenvisageable pour M. Zelensky d’accéder à cette demande. Ce dernier a admis que « la question territoriale est l’élément le plus difficile » des pourparlers de paix. L’administration Trump recherche de possibles compromis, notamment en proposant que ce territoire devienne une zone de libre-échange, mais ne répond pas à la question de savoir qui le dirigera.

Comment expliquer une telle impasse ? Si pendant la guerre froide vous aviez déclaré que la sécurité de l’Europe tenait au contrôle de l’ouest du Donbass, même les « faucons » les plus extrémistes vous auraient traité de fou. Rappelons qu’à l’époque les soldats soviétiques étaient stationnés au cœur de ce qui correspond aujourd’hui à l’Allemagne réunifiée, dans la trouée de Fulda, à moins (…)

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Anatol Lieven

Journaliste, coauteur, avec George Beebe et Mark Episkopos, de la note « Peace through strength in Ukraine » publiée par le Quincy Institute for Responsible Statecraft (Washington, DC). Le présent article prolonge des analyses publiées dans The Nation (28 octobre).



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