Le président ultralibéral argentin Javier Milei a promulgué vendredi une loi pour libérer les bas de laine des Argentins, encourager les dépôts en banques, alors que le pays doit faire face en 2026 à des échéances de dettes, sur fond de réserve de change chroniquement faibles.
Les Argentins, marqués par des crises économiques et financières successives, se méfient des banques et de leur propre monnaie, le peso, et ont de longue date tendance à épargner en dollars, devise refuge qu’ils conservent en espèces.
Ces « dollars sous le matelas », comme les appellent les Argentins, totalisent quelque 251 milliards de dollars, selon des estimations de l’Institut de la statistique. Soit six fois plus que les réserves brutes de la Banque centrale, qui étaient au 30 décembre de 41 milliards de dollars, selon les données officielles de la Banque.
La loi dite « de présomption d’innocence fiscale » publiée vendredi au Journal officiel relève le plafond (environ 70 000 dollars par an) sur les dépôts exempts de justification sur l’origine des fonds, réduit les délais de prescription pour délits financiers, et crée un nouveau régime fiscal allégeant les contrôles sur les variations de patrimoine.
L’Argentine, principal débiteur du Fonds monétaire international (FMI) doit honorer en 2026 diverses échéances de remboursement de dette de plus de 19 milliards auprès de bailleurs, selon le Bureau du budget, organe technique du Parlement.
En décembre, le FMI, avec lequel l’Argentine a signé en avril un programme d’aide de 20 milliards de dollars, a demandé au gouvernement de faire des « efforts » pour réapprovisionner les réserves internationales.
Le but de la nouvelle loi est à la fois de réinjecter des devises dans le système bancaire, et de doper la consommation, à la peine après deux ans d’austérité budgétaire.
Le ministre de l’Économie Luis Caputo a exhorté les banques à accepter l’épargne en liquide des personnes inscrites au nouveau régime fiscal et a appelé les Argentins à se tourner vers la Banque de la Nation (publique) si les établissements privés « leur demandent des choses en plus ».
« Ils déposent leurs dollars à la banque et peuvent en disposer immédiatement, pour effectuer les dépenses qu’ils souhaitent ou pour épargner en gagnant des intérêts, comme partout dans le monde », a-t-il écrit sur X.
La loi vient formaliser, et élargir, des mesures de libéralisation des flux financiers, que le gouvernement Milei avait initiées en 2024.
Des membres de l’opposition ont critiqué la mesure, estimant qu’elle encourageait le blanchiment.
La loi « fait de nous un paradis du blanchiment d’argent sale et de la régularisation pour les narcotrafiquants », a dénoncé sur X Jorge Taiana, un ex-ministre et député péroniste (centre-gauche).