La « république oligarchique d’Ukraine », par Sébastien Gobert (Le Monde diplomatique, janvier 2026)


Histoire d’un État façonné par les magnats

Des enquêteurs ukrainiens révélaient en novembre l’existence d’un vaste système de détournement de fonds dans le secteur de l’énergie. Ce scandale trahit la persistance d’une corruption endémique en dépit de la guerre, qui semblait affaiblir les clans politico-financiers. Depuis l’effondrement de l’Union soviétique, ces derniers ne cessent de se reconfigurer, malgré les promesses gouvernementales.

JPEG - 81.6 kio

Lesia Khomenko. — Sans titre, de la série « Stup », 2015

© Lesia Khomenko – Voloshyn Gallery, Kiev, Miami

Ayant recueilli 73 % des suffrages lors de l’élection présidentielle de 2019, M. Volodymyr Zelensky promet « un changement d’ère ». Après des décennies d’une politique nationale phagocytée par les intérêts oligarchiques, il bénéficie de l’image du candidat accidentel et intègre qu’il a incarné dans la série télévisée à succès Serviteur du peuple. Six ans plus tard, le voilà confronté au plus grand scandale de corruption que le pays ait connu depuis l’invasion russe de février 2022. Le Bureau national anticorruption (NABU) a dévoilé mi-novembre l’existence d’un système d’extorsion de pots-de-vin auprès de sous-traitants d’Energoatom, l’opérateur public dans le domaine du nucléaire civil. Portant sur des sommes évaluées à plus de 100 millions de dollars, le système de corruption a contribué à affaiblir un réseau de production électrique régulièrement ciblé par des bombardements russes et fragilisé par une gouvernance opaque.

Les révélations ont coûté leur siège aux ministres de la justice et de l’énergie. Quelques semaines plus tard, c’était au tour de l’influent chef de l’administration présidentielle, M. Andriy Yermark, de démissionner. L’éviction de celui qui était également chef de la délégation ukrainienne a affaibli la position déjà précaire de Kiev dans les négociations. Confrontée à l’avancée lente mais continue de l’armée russe dans le Donbass, l’Ukraine fait face à une aggravation de la crise du recrutement. Le pays subit en outre la pression de l’administration américaine. Washington menace de se désengager si un compromis n’est pas trouvé sur la base d’un plan russo-américain que les Européens, marginalisés, ont échoué à infléchir. M. Donald Trump et son cercle proche ajoutent désormais à leur palette d’arguments celui de la corruption pour justifier leur intention de se détourner d’un conflit jugé lointain et ingagnable. Une majorité bipartisane au Congrès américain a certes voté, le 11 décembre, un nouveau paquet (…)

Taille de l’article complet : 4 787 mots.

Cet article est réservé aux abonnés

Lycées, bibliothèques, administrations, entreprises,
accédez à la base de données en ligne de tous les articles du Monde diplomatique de 1954 à nos jours.
Retrouvez cette offre spécifique.

Sébastien Gobert

Journaliste. Auteur de L’Ukraine, la République et les Oligarques, Tallandier, Paris, 2024.



Source link

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *