La Chine devient la star des énergies renouvelables


Une étude publiée sur Carbon Brief en mai dernier a révélé que la Chine a réduit ses émissions de CO₂ au premier trimestre de 2025, malgré une hausse simultanée de sa consommation électrique. Cette baisse des émissions s’explique principalement par les investissements massifs de la Chine dans les énergies renouvelables ces dernières années. Certains experts stipulent que le plus gros pays émetteur du monde pourrait avoir atteint son pic d’émissions, alors que d’autres appellent à la prudence. 

Face au climatoscepticisme de Donald Trump, la Chine, guidée par ses intérêts économiques, semble se poser en rempart de la lutte contre le réchauffement climatique mais ses objectifs annoncés pour 2035 manquent d’ambition et le pays reste largement dépendant des énergies fossiles.  

Champ éolien dans la province de Guazhou en Chine. Source : Wikimédia

Baisse des émissions de CO₂ observée dans le pays les plus pollueur au monde

Lauri Myllyvirta, spécialiste de la Chine au Centre de Recherche sur l’Énergie et l’Air Pur (CREA) basé en Finlande, a montré dans une étude publiée sur Carbon Brief, que les émissions de la Chine ont baissé de 1,6% au premier trimestre de 2025 comparé à la même période en 2024, se basant sur des statistiques officielles du pays ainsi que des données commerciales. L’analyse du troisième trimestre publiée en novembre démontre que cela faisait alors 18 mois que les émissions de la Chine étaient en baisse, ou du moins s’étaient stabilisées.

Des baisses d’émissions de CO₂ avaient déjà été observées ces dernières années, mais uniquement lors de périodes de récession économique, notamment pendant la crise du COVID-19. Dans ce cas-ci, les baisses d’émissions ont été associées à une hausse de la demande en électricité, de 2,5% au premier trimestre.

Autre fait marquant : cette diminution des émissions est principalement portée par l’évolution du mix énergétique de la Chine, qui repose de plus en plus sur les énergies solaires, éoliennes et nucléaires permettant de réduire la consommation de charbon. C’est précisément cette hausse de production d’énergie qui a permis de compenser l’augmentation de la demande en électricité durant cette année.

Si l’essor du nucléaire peut être présenté comme un levier indispensable de décarbonation, le nucléaire repose sur des choix technologiques lourds, centralisés et socialement contestés, dont les conséquences à long terme restent largement débattues. La gestion des déchets radioactifs constitue un point de tension majeur, sur les projets de stockage nucléaire, qui suscitent une résistance des populations locales face aux risques sanitaires, environnementaux et aux menaces d’expropriation. 

Leader des énergies renouvelables mais le charbon reste incontournable 

Depuis plus de 15 ans, poussée par le mécontentement de la population face à la dégradation de la qualité de l’air et aux scandales sanitaires engendrés par une pollution intense ainsi que par sa volonté de réduire sa dépendance aux importations de pétrole, la Chine a pris le parti d’investir massivement dans les technologies propres pour effectuer son « tournant vert ».

Dans ce contexte, le pays a fortement augmenté sa capacité en énergies renouvelables et cela s’est intensifié ces dernières années avec des installations records de parcs éoliens et solaires. En 2024 seulement, la capacité de production électrique de la Chine en énergie solaire et éolienne a augmenté de 357 GW, soit plus de la moitié de la capacité supplémentaire en énergies renouvelables dans le monde.

Au troisième trimestre de 2025,  la production solaire a bondi de 46% par rapport à 2024, tandis que l’éolien progressait de 11%. La Chine concentre désormais la moitié de la capacité installée en énergie solaire dans le monde. Ces déploiements ont permis au pays d’atteindre l’objectif d’une capacité de 1 200 GW en énergie solaire et éolienne avec six ans d’avance sur le plan du gouvernement. Ainsi, la capacité installée en énergies renouvelables a désormais dépassé la capacité en énergie thermique dans le pays.

Grâce à ces efforts, l’analyse publiée sur Carbon Brief démontre que les émissions du secteur de l’électricité ont baissé de 5,8% au premier trimestre de 2025, et de 2% au total pour la période de mars 2024 à mars 2025. Durant le premier semestre de 2025, l’énergie solaire, à elle seule, a permis de compenser la hausse de la consommation électrique. Le secteur du transport a également vu sa part d’émissions de CO₂ baisser grâce à l’utilisation accrue de voitures électriques dans le pays.

Malgré cela, la Chine reste paradoxalement très dépendante de l’industrie du charbon dans laquelle le pays continue d’investir. Durant les six premiers mois de 2025, le pays a réduit son utilisation de charbon mais a simultanément augmenté sa capacité productive via la construction de nouvelles centrales. Cette stratégie répond notamment aux problèmes de réseau et de stockage des énergies renouvelables face auxquels les centrales à charbon « sécurisent » l’apport en électricité.  De plus, l’économie et l’emploi de nombreuses provinces chinoises dépendent largement de l’industrie du charbon, et les groupes d’intérêts du secteur y sont très puissants.

La Chine continue donc d’augmenter sa capacité en production d’énergie au charbon, tout en n’exploitant actuellement que 50% de cette capacité. Alors que cette ressource fossile constituait 80% du mix énergétique chinois il y a quelques années, sa part a désormais diminué à environ 60%.

Cette dynamique contrastée, marquée par une accélération spectaculaire des énergies renouvelables tout en maintenant un socle important d’énergies fossiles, ne se limite pas à la Chine et se retrouve également en Allemagne, où la transition énergétique s’accompagne de tensions similaires entre objectifs climatiques et maintien des centrales à charbon.

Pic d’émissions a-t-il été dépassé

Si la Chine a prévu d’atteindre son pic d’émissions avant 2030, certains observateurs prédisent qu’il pourrait déjà être atteint cette année. Cependant, Lauri Myllyvirta reste prudent sur cette hypothèse, d’autant que des prévisions similaires avaient déjà été formulées ces dernières années. Les émissions de CO₂ sont restées stables ou ont diminué depuis 18 mois mais cet équilibre reste fragile. Il suffirait de peu pour que les émissions du pays repartent à la hausse, risquant d’atteindre un nouveau record d’émissions.

Les émissions de CO₂ produites par des secteurs tels que l’industrie chimique ou la fabrication de plastique sont encore en augmentation. Pour que le pic soit atteint, il faudrait que les secteurs où les émissions sont en baisse compensent suffisamment, ce qui n’est pas assuré. Sans compter que la consommation électrique continue d’augmenter, compromettant une réduction de gaz à effet de serre durable.

D’autres facteurs viennent nourrir cette incertitude, comme la guerre commerciale des États-Unis avec la Chine qui a également un rôle à jouer dans la balance ou encore la nouvelle politique de tarification des énergies renouvelables en vigueur depuis juin.

Des engagements climatiques décevants

Quant aux perspectives pour les années à venir, la président chinois Xi Jinping  a présenté ses nouvelles ambitions climatiques lors de la dernière Assemblée Générale des Nations Unies fin septembre, en annonçant que la Chine s’engageait à réduire ses émissions nettes de gaz à effet de serre de 7 à 10 % d’ici 2035. À cet effet, il a précisé que son pays prévoyait de multiplier par six sa capacité en énergies solaires et éoliennes sur une décennie, afin d’intégrer plus de 30% d’énergies renouvelables dans son mix énergétique.

Ces objectifs ont toutefois été considérés comme très insuffisants par la communauté scientifique et de nombreux acteurs internationaux, étant donné qu’une réduction de 30% des émissions chinoises serait nécessaire pour respecter les engagements pris dans le cadre des Accords de Paris. Cela est d’autant plus décevant que la Chine possède largement les moyens technologiques et humains pour y arriver plus rapidement.

Le chercheur a déclaré à cet égard que :

« le désengagement des États-Unis permet à la Chine de paraître sous un jour favorable par comparaison – alors même qu’elle ne fait pas assez pour aider le monde à atteindre ses objectifs climatiques ».

La Chine déterminante dans la lutte contre le réchauffement climatique

La réduction des émissions du pays, responsable de 30% des gaz à effet de serre mondiaux, jouera un rôle décisif pour l’avenir. Si son pic d’émissions n’est pas encore forcément atteint, la diminution des émissions de CO2 observée depuis plus d’un an apporte un signal positif et démontre l’importance capitale de la transition énergétique dans cette évolution.

Les investissements stratégiques à long terme de la Chine dans les technologies vertes peuvent également contribuer à la transition écologique dans d’autres régions du monde, bien que ses pratiques concurrentielles soient discutables. Dans le domaine des énergies renouvelables, la Chine est le premier producteur mondial d’éoliennes et de panneaux photovoltaïques. Le pays domine également le marché des voitures électriques, maîtrisant l’ensemble de la chaîne de valeur, avec une production représentant 66% du volume mondial.

Si les motivations du régime autoritaire sont largement guidées par des intérêts économiques et politiques, il faut néanmoins reconnaître que la Chine cherche à se distinguer des autres puissances, comme l’a illustré sa décision d’interdire l’importation de déchets étrangers, contrairement aux États-Unis marqués par le climatoscepticisme de Donald Trump ou à l’Union européenne qui réduit progressivement ses ambitions environnementales.

John Kerry, secrétaire d’État des États-Unis, pose avec la ministre sud-africaine de l’environnent Edna Molewa, la représentante du G-77 et ambassadrice sud-africaine Nozipho Mxakato-Diseko ,et l’envoyé spécial de la Chine pour les négociations sur le climat Xie Zhenhua dans le hall de la COP21, le 12 décembre 2015. Wikimedia.

Il est pour autant difficile de présenter la Chine comme un modèle écologique authentique, compte tenu de sa forte dépendance aux énergies fossiles, de projets controversés comme la construction d’un barrage géant au Tibet, ses pratiques extractivistes à l’étranger, notamment la surexploitation des ressources marines au large de l’Afrique et son modèle d’hyperproduction.

Delphine de H


Évènement sur le climat à Hangzhou, Chine, en 2016. Source : Wikimedia

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