The Morandini show must go on !


Ok. Mais à quel prix ? Celui de la crédibilité de l’audiovisuel français, affirment ceux qui dénoncent une atteinte inadmissible à la déontologie.

Une décision assumée par Canal+

Comme évoqué dans un article sur le sujet, Canal+ a confirmé par la voix de son directeur général de Canal+ France, Gérald-Brice Viret, que la chaîne « assume complètement » le maintien à l’antenne de son animateur vedette de CNews, Jean-Marc Morandini, malgré sa condamnation définitive pour corruption de mineurs.

Qu’importe la force de la chose jugée attachée à cette condamnation, il restera à l’antenne. D’abord parce que Jean-Marc Morandini a annoncé qu’il pourrait intenter un recours devant la Cour européenne des droits de l’homme – un recours non suspensif –, et que le groupe Canal+ a décidé de lui accorder une sorte de présomption d’innocence post-condamnation définitive par l’État français. Et ensuite parce que, qui sait ? Peut-être que le scandale autour de cette indignation boostera les audiences de la chaîne. C’est en tout cas le pari que semblent avoir fait ses dirigeants.

Figure incontournable du paysage audiovisuel français, Jean-Marc Morandini s’est fait connaître dès les années 1990 avec Tout est possible, avant d’animer des émissions à succès sur Europe 1 et sur CNews, où il présente aujourd’hui Morandini Live. À 60 ans, l’animateur est au cœur d’une controverse majeure, après la confirmation de sa condamnation par la Cour de cassation pour corruption de mineurs. L’affaire, suivie de près par les médias depuis presque une décennie, met en lumière la question de la responsabilité des chaînes face à leurs figures d’antenne.

Malgré cela, CNews et Canal+ maintiennent un délinquant sexuel à l’antenne quotidiennement, ignorant l’indignation des victimes du délit dont il a été reconnu coupable. Jean-Marc Morandini, de son côté, dénonce une injustice, alors qu’un deuxième dossier judiciaire, correctionnel lui aussi, plane encore sur l’animateur pour des faits de harcèlement sexuel sur de jeunes comédiens – une affaire toujours pendante devant la Cour de cassation. Ce contexte judiciaire explosif crée un malaise d’une ampleur totalement inédite dans le paysage télévisuel français.

Les contradictions de Canal+

L’avocat d’une des victimes de Jean-Marc Morandini, Me Anthony Mottais, estime que la chaîne « prend le risque d’amplifier la souffrance des victimes en donnant une tribune à un individu coupable de corruption de mineurs » (franceinfo). La polémique se nourrit aussi des contradictions du groupe Canal+ : dès 2016, la direction avait écrit noir sur blanc l’engagement d’un départ immédiat et sans indemnité en cas de condamnation. Ce document, connu de la presse spécialisée, a refait surface depuis la décision de la Cour de cassation, renforçant le sentiment de trahison chez ceux qui réclamaient justice et cohérence.

Le président du groupe Canal+, Maxime Saada, avait paru inflexible en 2023 quant à l’importance de l’exemplarité. Mais la réalité de janvier 2026 prouve qu’au petit écran, les impératifs économiques prennent complètement le pas sur les enjeux éthiques et sociétaux. Selon les chiffres Médiamétrie de décembre 2025, l’émission Morandini Live  attire en moyenne plus de 400 000 téléspectateurs, avec des pics à 606 000, générant des revenus publicitaires estimés à plusieurs millions d’euros annuels pour le groupe Vivendi. La peur de bousculer l’équilibre interne et de perdre ces audiences records semble l’emporter.

Partout ailleurs dans le monde, Jean-Marc Morandini aurait été écarté de l’antenne bien avant que sa condamnation ne devienne définitive. Aux États-Unis, des cas similaires comme celui de Matt Lauer chez NBC en 2017 ont conduit à des licenciements immédiats.

En France, ce deux poids deux mesures interroge la maturité de notre paysage médiatique.

L’impact sur les victimes et la société

Les associations de protection de l’enfance, comme La Voix de l’Enfant, ont multiplié les appels au boycott, rappelant que la corruption de mineurs touche chaque année des milliers de victimes en France, avec des séquelles psychologiques durables. En 2024, plus de 110 000 victimes de violences sexuelles ont été enregistrées par les forces de sécurité, dont 54 % étaient mineures. En maintenant Morandini, Canal+ non seulement ignore ces souffrances, mais risque de normaliser de tels comportements aux yeux du public.

La pression est grandissante, entre dénonciations syndicales, critiques dans la presse et colère des associations. Des appels au boycott se multiplient sur les réseaux sociaux et des pétitions en ligne, lancées par des syndicats de journalistes et des internautes, ont déjà recueilli des milliers de signatures demandant une enquête de l’ARCOM.

La justice à géométrie variable

Au fait, que dit l’ARCOM à ce sujet ? Est-ce respecter la charte dont elle est la gardienne en théorie, que d’avoir à l’antenne un délinquant sexuel condamné définitivement, dont la décision de justice est en cours d’exécution – sursis effectif pendant trois ans à compter d’hier ?

L’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (ARCOM) est censée veiller au respect de la déontologie, y compris l’interdiction de contenus susceptibles de porter atteinte à la dignité humaine (article 15 de la loi Léotard). Pourtant, silence radio de sa part depuis la condamnation.

Cette histoire nous ramène à la définition de la justice française, lorsqu’elle traîne un peu, beaucoup, inacceptablement en longueur : un tourniquet à géométrie variable et à ajustements constants, qui finalement amène le justiciable immanquablement, selon qu’il est un citoyen lambda ou un membre influent, soit nulle part, soit à la rédemption officielle publique conférée par « la force de la chose jugée » qu’il convient alors aux gueux de respecter, faute de quoi ils se retrouvent au tribunal ! Et auquel cas, c’est reparti pour un tour.

Cette inégalité de traitement n’est pas isolée. Comme le souligne le pharmacien et juriste Amine Umlil sur X : « France. Un pharmacien hospitalier et juriste, qui a juste fait son travail et justifié son salaire, est révoqué. Un journaliste, délinquant sexuel et définitivement condamné au pénal, conserve son travail. » Ce tweet, viral depuis le 17 janvier 2026, illustre parfaitement ce tourniquet judiciaire.

J’en veux pour autre preuve cette affaire correctionnelle qui vient d’être jugée en première instance au bout de sept longues années de procédure. On est loin, très loin des records de longueur de l’affaire du sang contaminé (Laurent Fabius & Cie) et de l’affaire Karachi (Édouard Balladur & Cie), mais tout de même.

Un appel à l’action

Malheureusement, l’accès au secteur privé du réseau télévisé a fait qu’il en est ainsi : la déontologie normalement de mise a été mise au placard, remplacée par la productivité à tout prix via la publicité. La scène médiatique française est une nouvelle fois secouée.

Il sera avant tout intéressant de voir comment les annonceurs et les régulateurs agiront. L’auditeur étant roi, nous verrons bien si les téléspectateurs habituels de ces médias où officient des journalistes en toute impunité décident de s’en détacher en masse ou continuent d’être attirés par « l’odeur du sang », de la luxure et du vice ?  Il existe un véritable besoin d’épurer l’audiovisuel français, que ce soit le service public ou le privé, et d’éviter la géométrie variable. Ces règles s’appliquent tant à l’impunité des journalistes du service public que dans le privé… Il faut en finir avec cela afin de restaurer la crédibilité et l’exemplarité de notre audiovisuel.





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