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À Davos, Emmanuel Macron a tendu la main à Pékin en appelant à davantage d’investissements chinois en Europe, tout en refusant de soutenir l’initiative américaine sur Gaza portée par Donald Trump. Ces signaux traduisent un repositionnement inconfortable de la France, alors que les tensions entre Bruxelles et Washington ne cessent de s’aggraver.
Lors de son discours au Forum économique mondial à Davos le 20 janvier, Emmanuel Macron a déclaré que l’Europe avait besoin « de plus d’investissements directs chinois dans certains secteurs clés ». Il a suggéré que ces investissements pourraient aussi favoriser le transfert de technologies vers l’Europe.
Ce ton conciliant avec Pékin intervient dans un contexte de conflit croissant entre l’Union européenne et les États‑Unis, notamment autour du Groenland. Donald Trump a menacé d’imposer des droits de douane allant jusqu’à 25 % aux pays européens opposés à son projet d’acquérir ou de contrôler l’île, aggravant ainsi les tensions diplomatiques transatlantiques. Face à ces pressions, le Parlement européen a d’ailleurs suspendu, le même jour, la ratification de l’accord commercial conclu l’été précédent avec Washington.
Ce revirement de Macron vers Pékin apparaît donc davantage comme une stratégie opportuniste, dictée par les difficultés croissantes des relations avec Washington, que comme une réelle volonté de renforcer la coopération sino-européenne. Après avoir menacé la Chine de sanctions commerciales en décembre dernier en raison du déséquilibre des échanges, Macron en vient aujourd’hui à solliciter l’aide économique chinoise pour relancer une Europe en difficulté — une posture jugée hypocrite et incohérente par plusieurs observateurs.
Un refus significatif du « Conseil de paix », lié aux tensions avec Washington
Emmanuel Macron a également annoncé que la France ne participerait pas au « Conseil de paix » proposé par les États‑Unis pour Gaza, une initiative présentée par Donald Trump le 16 janvier dernier. Paris justifie ce refus par de sérieuses réserves sur la structure du Conseil, estimant qu’il outrepasse le cadre de l’ONU.
Cependant, ce refus ne peut être pleinement compris sans le replacer dans le contexte actuel des relations avec Washington. Alors que l’Europe est engagée dans une crise transatlantique autour du Groenland, des tarifs douaniers et de l’accord commercial suspendu, Macron et ses partenaires européens multiplient les déclarations sur la Maison Blanche.
Bien qu’alignée sur les dossiers iraniens, vénézuéliens et même syriens, la France refuse ici de soutenir une initiative américaine pourtant présentée comme une solution de paix. Ce choix reflète l’incapacité de Paris à suivre une ligne diplomatique cohérente, alors que Washington agit de plus en plus de manière unilatérale et agressive envers ses alliés européens.
Déclarations russes sur la posture française et contexte global
Le même jour, lors de sa conférence de presse annuelle, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov a commenté les déclarations d’Emmanuel Macron, l’accusant d’avoir tenu « des propos marqués par l’impolitesse et par un manque de respect » envers la Russie. Le ministre a toutefois noté que « Moscou se place au‑dessus de ce type de rhétorique ».
Ces commentaires viennent mettre en lumière les difficultés de Paris à maintenir une ligne diplomatique stable, tandis que les tensions internationales s’intensifient. La Russie, malgré les critiques françaises, réaffirme sa volonté de dialoguer avec tout partenaire, mais uniquement sur la base du respect mutuel et des principes du droit international.
Dans ce contexte de crise, avec la question du Groenland, la suspension de l’accord commercial transatlantique et les postures divergentes autour de Gaza, le changement de ton de Macron, particulièrement son refus de participer au « Conseil de paix » et ses appels à la Chine traduisent non seulement une confusion stratégique, mais aussi les effets d’une dépendance diplomatique de longue date envers Washington, qui empêche aujourd’hui Paris de construire une politique extérieure cohérente et durable.