Alors que la France vient de rendre un verdict marquant en condamnant dix personnes pour cyberharcèlement à l’encontre de Brigitte Macron, une autre procédure judiciaire se déroule de l’autre côté de l’Atlantique. Déposée en juillet 2025 devant la Cour supérieure de l’État du Delaware, la plainte pour diffamation intentée par Emmanuel et Brigitte Macron contre la podcasteuse américaine Candace Owens connaît un nouveau rebondissement. Dans un document récent daté du 9 janvier 2026, Owens et ses avocats ont déposé une réplique incisive, renforçant leur demande de rejet de l’affaire. Cette saga, mêlant liberté d’expression et accusations conspirationnistes, pourrait bien s’achever prématurément, avec des chances élevées en faveur d’Owens. Explications détaillées sur cette procédure atypique et ses perspectives.
Vidéo résumé de l’analyse :
La plainte des Macron accuse Candace Owens d’avoir mené une campagne de diffamation via une série de podcasts intitulée Becoming Brigitte et des publications sur X. Owens y affirme notamment que Brigitte Macron serait née homme sous le nom de Jean-Michel Trogneux, son frère, et impliquée dans des conspirations incluant inceste, pédophilie et manipulation. Ces allégations, amplifiées par des interviews avec des figures comme Tucker Carlson ou Joe Rogan, auraient causé un préjudice réputationnel, émotionnel et économique aux plaignants. Les Macron, représentés par le cabinet Clare Locke LLP – connu pour ses victoires retentissantes en matière de diffamation –, demandent des dommages et intérêts substantiels, y compris punitifs, et exigent un procès devant jury dès 2026.

Cependant, cette affaire n’a pas encore atteint le fond du dossier. Aux États-Unis, les litiges civils comme celui-ci passent souvent par une phase préliminaire où les défendeurs tentent d’obtenir un rejet rapide pour éviter les coûts exorbitants d’un procès complet. C’est précisément la stratégie adoptée par Owens. En septembre 2025, elle a déposé une « motion to dismiss » (requête de rejet) de 43 pages, arguant d’un manque de juridiction personnelle sur elle-même – puisqu’elle réside au Tennessee et n’a aucun lien direct avec le Delaware –, d’une prescription des faits selon la loi applicable, et d’un forum judiciaire inadapté. Les Macron ont répondu en décembre en s’opposant à cette requête, tout en amendant leur plainte pour inclure de nouvelles allégations postérieures, comme une seconde saison du podcast diffusée en septembre 2025.

Le dernier développement en date est la réplique d’Owens, un mémoire de 42 pages déposé le 9 janvier 2026. Ce document, rédigé par une équipe d’avocats chevronnés incluant Marc E. Kasowitz et Daniel A. Horwitz, réfute point par point les arguments des plaignants. Owens qualifie l’action des Macron de tentative de « museler une journaliste américaine » et d’exercice de « forum shopping », c’est-à-dire le choix opportuniste d’un tribunal pour contourner des lois défavorables ailleurs. Parmi les points clés, elle insiste sur l’absence de base statutaire pour une juridiction au Delaware, affirmant que ses activités – production de podcasts et posts sur X – ont eu lieu au Tennessee, sans aucun contact significatif avec l’État choisi par les plaignants. Elle argue également que l’amendement à la plainte viole les règles de procédure, car il ajoute des faits récents sans autorisation préalable de la cour.
Sur le plan de la prescription, Owens invoque la « borrowing statute » du Delaware, une loi qui impose l’application de la période de prescription la plus courte entre celle de l’État et celle du lieu où la cause d’action est née. Ici, les Macron étant domiciliés en France, où la diffamation se prescrit en trois mois selon la Loi sur la liberté de la presse, les claims seraient obsolètes depuis avril 2025. Enfin, sur le forum non conveniens, Owens met en avant les facteurs dits « Cryo-Maid » : l’accès aux preuves et aux témoins se trouve principalement au Tennessee ou en France, la loi applicable n’est pas celle du Delaware, et poursuivre l’affaire là-bas causerait un « préjudice disproportionné et écrasant » pour une podcasteuse indépendante face à un chef d’État.

À ce stade, le dossier judiciaire reste marqué comme « nouveau » sur le registre public du Delaware, sans décision rendue au 17 janvier 2026. Aucune audience n’a été fixée, mais les experts estiment que la juge Sheldon K. Rennie pourrait statuer d’ici février ou mars. Les chances que la cour donne raison à Owens, en rejetant tout ou partie de la plainte, sont estimées « élevées, de l’ordre de 80 % expliquent des spécialistes ». Ces arguments alignés sur des précédents solides de la Cour suprême américaine, comme dans l’affaire Daimler AG v. Bauman, jouent en sa faveur. De plus, le Delaware a pour habitude de rejeter les litiges sans liens locaux pour éviter d’encombrer ses tribunaux.
Me William Snyder, avocat américain contacté à ce sujet, explique : « Les arguments semblent pencher en faveur d’un rejet de l’affaire, mais le Delaware — un État fortement démocrate — pourrait bien vouloir garder cette affaire très médiatisée dans sa propre juridiction. Il est clair que les avocats de Macron ont commis quelques erreurs procédurales qui pourraient soit justifier le rejet, soit être corrigées par le juge. Si l’affaire n’est pas rejetée, préparez-vous à un feu d’artifice de preuves : car les plaignants Macron devront prouver que Candace Owens avait connaissance préalable du caractère mensonger des allégations, ce qui serait considéré comme une malveillance avérée (actual malice) ».

Cette opinion assez tranchée reflète une perception critique de la stratégie des Macron, vue comme maladroite et opportuniste, potentiellement motivée par un désir d’éviter la prescription stricte en France. En effet, le 5 janvier 2026, un tribunal français a condamné des prévenus à des peines, frappées d’appel, allant jusqu’à 18 mois de prison avec sursis pour des faits similaires de cyberharcèlement, démontrant que les Macron mènent une bataille sur deux fronts.
Si Owens l’emporte, cela pourrait renforcer la protection de la liberté d’expression en ligne, particulièrement aux États-Unis où le 1er Amendement rend les victoires en diffamation plus ardues pour des figures publiques. Owens elle-même a évoqué sur X les coûts déjà engagés – environ 250 000 dollars en frais légaux – et continue de défendre ses allégations comme relevant de l’enquête journalistique. À l’inverse, un rejet de la motion ouvrirait la voie à une phase de découverte des preuves, où les Macron promettent de produire des documents scientifiques » – photos, témoignages et expertises – pour prouver l’identité de Brigitte Macron.
Cette affaire symbolise les tensions croissantes entre la lutte contre la désinformation et la défense de la parole libre sur les réseaux sociaux. Pour un public français, habitué à une justice plus expéditive en matière de diffamation, elle illustre les complexités du système américain, où la procédure peut s’étirer sur des mois sans jamais aborder le fond. Les défenseurs de la liberté d’expression y voient d’ores et déjà un cas d’école : une bataille où les enjeux transcendent les frontières. Reste à savoir si cette procédure tournera court ou si elle ira jusqu’au bout, marquant un précédent pour les critiques en ligne visant des personnalités publiques.
