Les fausses vérités et les vrais mensonges de Mark Carney : une capture sémantique au service des élites


Aujourd’hui les mots sont armes et boucliers et le discours de Mark Carney au Forum Économique Mondial (WEF) de Davos en 2026 incarne parfaitement ce que Bertolt Brecht dénonçait dans ses écrits : « La vérité est concrète », mais elle est souvent déformée par ceux qui la manipulent pour masquer leurs intérêts.

Brecht, dans son théâtre épique et ses réflexions sur la propagande, soulignait comment les puissants inversent les vérités en mensonges acceptables, créant des « fausses vérités » qui servent leur agenda tout en accusant les critiques d’être irrationnels ou nostalgiques. Carney, ancien banquier central et figure éminente des élites globalistes, utilise une rhétorique sophistiquée pour dépeindre une « rupture géopolitique » inévitable, appelant à un « réalisme basé sur les valeurs ». 

Mais, derrière ce vernis philosophique se cache une capture sémantique – la redéfinition des termes pour justifier des politiques anti-citoyennes – des inversions accusatoires (accuser les nations moyennes de complaisance alors que les élites en sont les architectes) et des rhétoriques élitistes qui privilégient les multinationales au détriment des peuples.

En résumant les propos de Carney pour en permettre une compréhension claire, il est possible de décrypter en profondeur comment ses « vérités » apparentes sont en réalité des mensonges structurés pour perpétuer un système inégalitaire.

 
Le discours de Carney : un appel au « réalisme » dans un monde en rupture

Mark Carney, prononçant son discours le 20 janvier 2026 à Davos, s’appuie sur des références historiques et philosophiques pour diagnostiquer la fin de l’ordre international fondé sur des règles. Il invoque l’aphorisme de Thucydide – « Les forts font ce qu’ils peuvent, et les faibles subissent ce qu’ils doivent » – pour illustrer une ère de rivalités entre grandes puissances, où l’économie est instrumentalisée via des tarifs (taxes douanières), les infrastructures financières et les chaînes d’approvisionnement. Selon lui, les nations ont longtemps vécu dans un « mensonge » collectif, feignant de croire à un système juste, comme l’épicier de Václav Havel dans Le Pouvoir des Sans-Pouvoir qui affiche un slogan sans y adhérer. Carney appelle à « retirer les œillères » et à reconnaître la « rupture » géopolitique, plutôt qu’une simple transition.

Il identifie des crises cumulatives (financières, sanitaires, énergétiques, géopolitiques) qui ont exposé les risques d’une intégration globale excessive. Les institutions multilatérales comme l’OMC ou l’ONU sont affaiblies, poussant les pays à développer une « autonomie stratégique » en énergie, alimentation et minéraux critiques. Pourtant, il met en garde contre l’isolationnisme, plaidant pour une gestion collective des risques via des investissements partagés.

Centré sur le Canada, qu’il présente comme un modèle pour les puissances moyennes, Carney prône un « réalisme basé sur les valeurs » – un mélange de principes (souveraineté, intégrité territoriale, droits humains) et de pragmatisme (diversification des partenariats). Le Canada ne peut plus s’appuyer uniquement sur sa position géographie ou ses alliances traditionnelles. Parmi les mesures mises en avant par Carney figurent :

  • Des réformes internes comme la baisse des impôts sur les revenus, les gains en capital et les investissements, la suppression des barrières au commerce interprovincial, et le doublement des dépenses de défense d’ici la fin de la décennie, avec un focus sur les industries nationales
  • Une diversification internationale comprenant une accord stratégique avec l’UE, incluant l’adhésion à SAFE pour la défense, 12 accords commerciaux et de sécurité signés en six mois sur quatre continents, y compris avec la Chine et le Qatar et des négociations pour des pactes avec l’Inde, l’ASEAN, la Thaïlande, les Philippines et le Mercosur.
  • Des coalitions thématiques qualifiées de « géométries variables» comme la « Coalition des Volontaires » pour l’Ukraine, la défense arctique avec le Groenland et le Danemark, un engagement OTAN inébranlable, et des investissements en radars, en sous-marins et en avions. Sur le commerce, un « pont » entre le TPP et l’UE pour un bloc de 1,5 milliard de personnes ; des regroupements ou « clubs d’acheteurs » G7 pour les minéraux critiques, et une coopération IA avec les démocraties alliées pour éviter la dépendance à des hégémons ou aux « hyperscalers » (par exemple les data centers à grande échelle ou les organisations capables de fournir des services au monde entier et se trouver en position dominante).

Carney oppose les tarifs sur le Groenland et appelle à des négociations pour une prospérité partagée. Il conclut sur l’urgence d’une honnêteté brutale : nommer la rivalité, appliquer des standards cohérents, créer de nouvelles institutions, et réduire les vulnérabilités via une économie forte et diversifiée. Le Canada, avec ses ressources et valeurs pluralistes, est positionné pour mener, invitant d’autres nations à rejoindre cette voie « ouverte et confiante ».

 
Décryptage : fausses vérités, vrais mensonges et mécanismes de manipulation

Si les propos de Carney semblent rationnels et visionnaires, un examen critique – inspiré de Brecht qui déconstruisait les « vérités officielles » pour révéler leur fond idéologique – expose une série de fausses vérités, c’est-à-dire des affirmations déformées présentées comme incontestables, et de vrais mensonges, qui sont  des omissions ou inversions délibérées. Ces éléments illustrent une capture sémantique, où les mots comme « valeurs » ou « réalisme » sont redéfinis pour masquer des intérêts élitistes, des inversions accusatoires qui blâment les « faibles » pour les échecs causés par les « forts », et des rhétoriques élitistes qui déconnectent le discours des réalités populaires.

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  • Une capture sémantique avec la redéfinition des termes pour justifier l’injustifiable : Carney capture le langage en transformant des concepts nobles en outils propagandistes. Par exemple, le « réalisme basé sur les valeurs» qu’il défend est un oxymore : les « valeurs » telles que les droits humains et la souveraineté sont invoquées pour légitimer des alliances avec la Chine et le Qatar, des régimes autoritaires. Cela constitue une fausse vérité, car la Chine, accusée d’ingérence électorale au Canada selon les rapports des services de renseignement en 2019 et 2021, menace directement ces valeurs. Le vrai mensonge réside dans l’omission des bénéfices pour les élites : ces partenariats ouvrent des marchés chinois pour les minéraux et l’intelligence artificielle, et du gaz qatari pour les transitions « vertes » que Carney promeut via ses rôles chez Brookfield et l’ONU, mais ils exposent les citoyens à la surveillance et à la dépendance. Brecht l’aurait perçu comme une « vérité » abstraite, déconnectée du concret, où les Canadiens subissent l’inflation énergétique pendant que les élites engrangent des profits.

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    De la même manière, la « rupture géopolitique » est présentée par Carney comme une fatalité naturelle, avec des références à Thucydide et Havel. Cela représente une capture sémantique flagrante : cet « ordre fondé sur les règles » n’était pas une illusion innocente, mais une construction élitiste néolibérale qui a favorisé la délocalisation et la financiarisation. Le vrai mensonge ici est que Carney, en tant qu’architecte de ce système chez Goldman Sachs et aux banques centrales, accuse les nations de « complaisance » – ce qui est une inversion accusatoire – alors que les élites en sont les bénéficiaires directs. 

    Les citoyens, victimes de la désindustrialisation, subissent les conséquences sans avoir voix au chapitre.

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  • Des inversions accusatoires consistant à blâmer les victimes pour masquer les coupables : une rhétorique élitiste récurrente chez Carney est l’inversion accusatoire : il accuse les puissances moyennes comme le Canada d’avoir « vécu dans le mensonge» en feignant la justice internationale et les exhorte à « retirer leurs œillères ». Cela est une fausse vérité, car ce mensonge collectif est en réalité imposé par les élites de Davos, qui ont profité de l’intégration globale pour accumuler des richesses, comme les fonds de pension canadiens investis en Chine. Le vrai mensonge consiste à ignorer que ces crises énergétiques et géopolitiques découlent de politiques élitistes telles que les sanctions unilatérales ou les bulles financières supervisées par Carney. En inversant les rôles, il blâme les « faibles », à savoir les citoyens et les nations moyennes, pour ne pas s’adapter, alors que les « forts », comme les multinationales et les hyperscalers, dictent les règles. Brecht dénonçait précisément cela dans ses pièces : les puissants accusent les opprimés de leur propre oppression, rendant ainsi la vérité « chassée » par la propagande.

    Concernant les coalitions « variables » telles que les clubs du G7 pour les minéraux ou le pont entre le TPP et l’Union européenne, Carney inverse encore la réalité : il présente cela comme une « gestion collective » inclusive, mais il s’agit en fait d’une fragmentation élitiste qui exclut les pays en développement. C’est aussi une fausse vérité, car ces arrangements ne réduisent pas les risques, mais créent des monopoles sur les ressources critiques, ce qui hausse les coûts pour les citoyens via l’inflation « verte » tout en enrichissant les élites. L’opposition de Carney aux tarifs sur le Groenland est une autre inversion : il accuse l’isolationnisme de fragiliser les nations, pourtant il défend en réalité des deals miniers qui vendent la souveraineté arctique aux intérêts privés.

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  • Des rhétoriques élitistes avec un discours déconnecté des intérêts citoyens : les réformes internes évoquées par Carney, comme la baisse d’impôts et le doublement des dépenses de défense, sont vantées comme pragmatiques, mais cela relève d’une rhétorique élitiste : ces baisses profitent principalement aux riches et aux entreprises, aggravant ainsi les inégalités, qui atteignent un record au Canada. Cela constitue une fausse vérité, car ces mesures renforcent prétendument l’économie domestique, mais le vrai mensonge est que les fonds alloués à la défense servent les industries militaires alliées au WEF, et non la santé ou l’éducation des citoyens. Carney, qui voyage en jet privé à Davos, ignore les critiques populaires relayées sur X, où il est taxé d’alignement avec le « PCC ontologiquement maléfique». La capture sémantique ultime réside dans le terme « diversification », qui signifie en réalité une dépendance accrue à des régimes hostiles, et non une autonomie réelle.

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En conclusion, le discours de Carney parait comme un maître-œuvre de manipulation davossienne, où les fausses vérités, comme un « réalisme » valorisé, cachent de vrais mensonges, tels que des alliances anti-démocratiques. Comme Brecht le soulignait, la vérité n’est pas abstraite mais concrète : elle doit servir les peuples, et non les élites. Une alternative souverainiste, centrée sur les citoyens – avec une protection contre l’ingérence, des emplois stables et des coûts bas – démantèlerait cette rhétorique. 

Sans cela, les « faibles » continueront de subir, tandis que les « forts » dictent les narratives.

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