La RAND retire mystérieusement un document sur la « stabilisation de la rivalité sino-états-uniennes » , par Alfredo Jalife-Rahme


Après les publications bien distinctes de la Maison-Blanche (Stratégie de sécurité nationale  [1]) et du Pentagone (Stratégie de défense nationale [2]), le laboratoire d’idées RAND Corporation, très réputé et fréquemment consulté par la Russie et la Chine, a mystérieusement retiré son document du 14 octobre, arguant qu’il nécessitait une « révision supplémentaire [3] », car il était déconnecté de la nouvelle politique régionale de « stabilité stratégique » avec la Chine dans la région indo-pacifique.

Le document en question, que nous avons pu sauvegarder, traitait de l’« équilibre géostratégique », dont l’objectif est d’identifier les « éléments susceptibles d’instaurer un équilibre stable » dans la rivalité, au cours des cinq à sept prochaines années, ce qui « pourrait servir les intérêts des deux pays ». Il envisage de « nouveaux accords sur la cybercompétition et une dissuasion nucléaire stratégique mutuellement convenue », et établit quatre sections :

1. Taïwan, où les États-Unis se livrent à une manœuvre délicate visant à « équilibrer leurs engagements » envers l’île et à « user de leur influence pour s’assurer que les actions de Taipei n’exacerbent pas les tensions avec la Chine » ;

2. La mer de Chine méridionale : une proposition de « lignes rouges » entre les Philippines et la Chine ;

3. La compétition scientifique et technologique : les États-Unis « ne cherchent pas à freiner le développement économique global de la Chine et se félicitent de la coopération et des échanges commerciaux ». Le document propose d’explorer une « véritable collaboration » dans des domaines qui ne constituent pas une menace (pour les États-Unis) », et

4. Interprétation et ingérence : la même vieille rhétorique vide.

Treize jours après la publication, le Global Times publiait une analyse d’Anthony Moretti, professeur à l’université Robert Morris, intitulée « Qu’est-ce qui explique le revirement concernant les relations Chine-États-Unis ? [4] ».

Moretti commente les « six principes, plus ou moins liés, qui devraient guider les futures négociations » entre les deux superpuissances géoéconomiques :

1. « Les États-Unis devraient reconnaître la légitimité du Parti communiste chinois » ;

2. « Rétablir des canaux de communication fiables entre les hauts responsables des deux pays » ;

3. « Améliorer les pratiques de gestion des crises » ;

4. « Conclure de nouveaux accords spécifiques pour limiter les frictions liées à la cyberdéfense » ;

5. « Promouvoir la dissuasion nucléaire » ;

et 6. « Poursuivre des initiatives de coopération modestes sur des questions humanitaires communes ou connexes. »

Moretti critique le fait que les États-Unis « parlent souvent de soutenir le principe d’une seule Chine, mais prennent en même temps des mesures qui donnent à Taïwan l’assurance que Washington continuera d’être un fournisseur clé d’une aide militaire (et autre) qui est nécessaire pour combattre la Chine ».

Les États-Unis « insistent sur l’importance de la prévention des incendies, tout en fournissant du matériel de lutte contre les incendies à d’autres pays. Si Washington se concentrait davantage sur la prévention et moins sur la provocation, les tensions diminueraient. »

Moretti critique les suggestions visant à « maintenir la perspective d’une guerre aussi dangereuse et incertaine que possible pour la Chine », ce qui « reflète un état d’esprit chroniquement négatif de la part des États-Unis, selon lequel un conflit militaire pourrait être le seul moyen de résoudre la question de la future réunification de Taïwan avec la Chine continentale ».

Moretti met en avant un éditorial du magazine Time qui affirme que « Taïwan revêt un intérêt crucial pour la Chine et que l’équilibre militaire penche de plus en plus en défaveur de Taïwan », et rappelle qu’« il y a à peine deux ans, de hauts responsables militaires remettaient en question la capacité des États-Unis à soutenir et à gagner une guerre contre la Chine ».

À mon avis, tout semble indiquer, compte tenu de la chronologie des positions des États-Unis sur l’île rebelle — qui n’est même pas mentionnée dans la nouvelle mouture récente de la Stratégie de défense nationale du département de la Défense — que Trump, lors de sa prochaine visite en Chine en avril, serait prêt à sacrifier Taïwan. En échange de quoi ?



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