Capgemini sous le feu des critiques en France après les révélations de ses activités avec l’ICE aux USA


Capgemini dans la tourmente. Le fleuron français du CAC40 subit les critiques aussi bien de la part de ses salariés que de la classe politique après les révélations sur son contrat de plusieurs millions de dollars et ses activités de “skip-tracing” aux États-Unis au profit de l’ICE, la police de plus en plus controversée l’immigration. Le groupe français a été rappelé à l’ordre par des ministres tandis que ses dirigeants ont annoncé avoir entrepris un processus pour suspendre l’exécution du contrat. 

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison‑Blanche, l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) a été massivement mobilisée pour exécuter sa promesse électorale d’expulser centaines de milliers, voire un million de personnes par an, jusqu’à devenir aujourd’hui le “bras armé” de sa politique migratoire très restrictive. L’administration Trump a renforcé le budget, les effectifs et les pouvoirs de l’agence, en élargissant le champ des personnes visées au-delà des seuls auteurs de crimes graves, ce qui lui confère un rôle à la frontière entre police, service de renseignement et force paramilitaire aux États‑Unis.

Un contrat de 370 millions de dollars pour localiser des migrants

L’un des outils utilisé par cette agence, qui est devenue l’une des plus financées dans l’histoire du pays, a été développé par une entreprise française, à savoir Capgemini. Ou du moins, sa filiale américaine, qui collabore depuis de nombreuses années avec des agences US, dont le DHS (Department of Homeland Security). C’est via une enquête menée par l’Oeil du journal de 20H et relayée notamment par France info que l’on a appris que ce fleuron du CAC40, via sa filiale américaine Capgemini Government Solutions, basée près de Washington, que l’information a été révélée. 

Fin 2025, un contrat a été attribué à Capgemini pour fournir des services de “skip‑tracing”, c’est‑à‑dire la localisation et la vérification d’adresses de migrants, dans le cadre de l’activité de traçage de l’agence américaine. La société française a remporté la plus grosse part du marché, jusqu’à 365 millions de dollars, avec des bonus financiers calculés selon le taux de réussite dans la localisation de migrants, tandis qu’un contrat complémentaire de 4,8 millions de dollars (environ 4 millions d’euros) a été signé en décembre 2025 pour des services d’”enquête et de vérification des antécédents personnels”.

Jusque-là, la société française affichait sur son site Internet sa satisfaction de collaborer avec l’ICE. « Capgemini travaille étroitement pour aider à réduire les délais et les coûts dans l’expulsion de tous les étrangers illégaux des Etats-Unis ». La mention a toutefois été supprimée, après, notamment, la polémique qui enfle autour de l’ICE suite à la mort de deux citoyens américains lors de ses interventions, à Los Angeles et au Minnesota.

Les révélations du journal de 20H ont attisé les critiques contre le géant français du conseil et des services numériques. Et le message du directeur général, Aiman Ezzat, n’a pas suffi à calmer les réactions. Sur le réseau social LinkedIn, le patron du groupe affirmait avoir appris la signature du contrat “par des sources publiques”, expliquant que la filiale américaine de Capgemini fonctionnait de manière indépendante, séparément de la direction avec des décisions autonomes et des systèmes de communications distincts. 

Réactions en chaîne en France

Les révélations sur le contrat de Capgemini avec l’ICE ont provoqué une vive réaction politique en France dès lundi dernier. Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a appelé le groupe à “faire la lumière de manière extrêmement transparente” sur ses activités et à “questionner leur nature” lors des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale mardi, soulignant que les filiales et leurs activités doivent être connues de la maison-mère. La ministre des Armées, Catherine Vautrin, a déclaré sur RTL que “les contrats des groupes français méritent toute vigilance, quel que soit le lieu, et le respect des droits de l’homme”, insistant sur un examen approfondi de leur contenu.

De son côté, l’opposition de gauche, notamment La France insoumise (LFI), a annoncé le dépôt d’une résolution non contraignante contre l’ICE, appelant le gouvernement à dénoncer les violations des droits humains, à demander une enquête internationale, à geler les avoirs des agents impliqués et à leur interdire l’entrée en Europe.

Les syndicats de Capgemini ont exprimé une indignation forte. La CGT a exigé “l’arrêt immédiat et public de toute collaboration avec l’ICE”, dénonçant une “trahison des valeurs”. « L’argent n’a pas d’odeur mais il commence fortement à avoir le goût du sang », a-t-on regretté. La CFDT a rappelé “l’attachement fort du fondateur Serge Kampf à l’éthique” et demandé des éclaircissements. Des salariés ont publiquement exprimé leur “honte » et leur perte de sens”.

Mercredi, Capgemini a adressé un courrier interne à ses salariés affirmant que le contrat “n’est actuellement pas en cours d’exécution”. Mathieu Dougados, président du « Country board », a confirmé les propos de Aiman Ezzat affirmant que le groupe n’a pris connaissance que « récemment » de la nature de ce contrat, et que « le contenu de cette mission a soulevé des interrogations au regard de ce que nous faisons habituellement en tant qu’entreprise de services technologiques ».

« Dans le plein respect de la gouvernance spécifique de CGS et des restrictions qui lui sont applicables, le conseil d’administration de CGS a d’ores et déjà engagé un processus d’examen du contenu de ce contrat, ainsi que des procédures de contractualisation de CGS », ajoute-t-il.





Source link

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *