
Bianca Argimón. — « Archéologie moderne », 2020
© Bianca Argimón
Un événement survient. Il a son nom — mouvement des « gilets jaunes », tôt raccourci en « les gilets jaunes » —, son déclencheur — une taxe —, sa revendication fétiche — le référendum d’initiative citoyenne (RIC) —, ses faits d’armes mémorables, ses pics d’espoir et de drame ; il s’étire sur des mois, fatalement s’épuise, ne sera pas de sitôt oublié. Que peut faire le cinéma d’un pareil segment de l’histoire sociale ? Qu’a fait le cinéma, art dit populaire, de ce mouvement éminemment populaire ?
Le département « documentaire » du septième art a été très vite sur le coup. La pauvreté des moyens qui le plombe est aussi gage de légèreté, de réactivité. Dès décembre 2018, Gilles Perret et François Ruffin sillonnent la France insurgée, montent le film dans la foulée, le sortent au printemps 2019 alors que le feu n’est pas encore éteint. Et J’veux du soleil ! sera suivi de près par des réalisations assez robustes pour sortir en salles (parfois avec succès, comme Un pays qui se tient sage, de David Dufresne, en 2020), mais aussi par une myriade de films bricolés in situ, promenés dans le réseau des festivals — cette ZAD du cinéma —, mis en ligne gratuitement à destination de qui veut.
Lestée par son poids économique, la fiction aura été beaucoup plus lente à l’allumage. Une fiction, il faut l’écrire, puis que cet écrit nommé scénario complaise à un financier nommé producteur, lequel part alors en quête d’associés publics ou privés aux côtés desquels démarcher des chaînes de télé et autres Canal Plus, lesquelles exigeront sans faute des retouches qui généreront maintes versions dont la seizième dûment nommée V16 sera validée, puis tournée des années après la première ligne écrite. C’est ainsi qu’à la fiction française il a fallu au mieux trois ans (La Fracture, de Catherine Corsini, en 2021) et plus sûrement sept (Les Braises, de Thomas Kruithof, et Dossier 137, de Dominik Moll, sortis en novembre dernier) pour (…)
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