
Hélène Duclos. – « Manifestation #1 », 2020
© ADAGP, Paris, 2025 – helene-duclos.fr – Galerie Claire Corcia, Paris
La surexposition géopolitique du Groenland doit probablement beaucoup à la carte du monde dessinée par Gerard Mercator en 1569. Pour représenter à plat le globe terrestre, le mode de projection cylindrique choisi par le géographe et mathématicien flamand défigure les régions polaires. Sur la plupart des planisphères publiés encore aujourd’hui, ce territoire autonome du Danemark apparaît de la taille de l’Afrique… alors qu’il est quatorze fois plus petit. Une même distorsion affecte les imaginaires au sujet des enjeux maritimes, militaires, ou mercantiles de cette île de 57 000 habitants, recouverte à plus de 80 % par une calotte glaciaire.
Ainsi, la mythologie multiséculaire du passage du Nord-Ouest reliant océans Atlantique et Pacifique renaît avec le réchauffement climatique. Pourtant, depuis l’exploit de Roald Amundsen en 1906, seulement 317 navires (dont 48 américains) ont franchi l’un des itinéraires alambiqués et hasardeux qui cheminent entre le Groenland et les îles du nord du Canada. En 2025, 34 bateaux de taille modeste ont réussi ce qui reste une expédition contre les éléments : vents, courants, banquises, icebergs, hauts-fonds incertains, côtes dangereuses. Franchissable seulement quelques semaines par an, le passage du Nord-Ouest est plus court que la route de Panamá si on compte en kilomètres, mais pas en temps de trajet. Il ne deviendra probablement jamais une route maritime commerciale, en tout cas pas avant plusieurs décennies, voire plusieurs siècles. L’avenir du passage reste abusivement confondu avec les perspectives que la déglaciation ouvre à la route maritime du nord de la Russie, elle-même encore délicate et très onéreuse en logistique.
Les brise-glaces russes dominent les mers froides
M. Donald Trump voit des bateaux russes ou chinois partout, alors qu’ils se concentrent le long de la côte arctique russe, bien loin du Groenland, et à destination de l’Europe autant que de l’Asie. Si les brise-glaces (…)
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