L’Amérique sans fard, l’Europe sans vie, par Benoît Bréville (Le Monde diplomatique, février 2026)


Dossier : Comprendre le chaos du monde

Plus d’Europe pour contrer les États-Unis et leur imprévisible président ? Assénée jusqu’à plus soif par les dirigeants du Vieux Continent, cette réponse réflexe refoule une évidence qui n’a pas échappé à M. Donald Trump : en matière économique, sociale ou diplomatique, l’Union européenne ne fait pas la force. Elle encourage la soumission.

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Hélène Duclos. – « Ligne de mire #6 », 2025

© ADAGP, Paris, 2025 – helene-duclos.fr – Galerie Claire Corcia, Paris

Tous anti-impérialistes ! La lutte contre l’hégémonie américaine, hier perçue comme une vieille lune gauchiste ou comme le symptôme d’un « campisme » obstiné, bénéficie d’une improbable relève en ce début d’année. Le New York Times, qui a soutenu toutes les invasions américaines, brûle soudain d’un feu sanguin contre l’aventurisme de M. Donald Trump : « Après avoir passé un siècle à défendre d’autres pays contre les agressions étrangères, les États-Unis se positionnent désormais comme une puissance impériale qui tente de s’emparer du territoire d’une autre nation » (20 janvier 2026). Le Monde, qui n’utilisait plus ce terme que pour qualifier la politique étrangère russe, retrouve la tonalité des années 1970 pour fustiger le « nouvel impérialisme des États-Unis » (22 janvier 2026). Et l’on se pince en entendant M. Thierry Breton, fort d’une carrière d’entrepreneur passée à acclimater la France au « modèle américain » et à privatiser les infrastructures, s’en prendre à présent à l’« élite néo-impérialiste » au pouvoir à Washington. À son contact incandescent, le présentateur de LCI Darius Rochebin, d’ordinaire sagement arrimé au Pentagone, s’échauffe à son tour et prend les accents d’Ernesto « Che » Guevara.

Ce moment d’égarement, qui évoque le coup de fièvre contestataire des élites contre la finance en 2008-2009 après la crise des subprime, témoigne de la panique générale des commentateurs face aux initiatives fort peu diplomatiques du président américain. Condamné, pour reprendre l’expression dont ils raffolent, à « penser contre soi-même », chacun croit discerner une « doctrine Trump » susceptible d’éclairer le désordre de la scène internationale.

Une première approche consiste à prendre au sérieux les déclarations de l’administration américaine, les documents qu’elle produit. Pour justifier l’opération à Caracas, le conseiller à la sécurité intérieure Stephen Miller a expliqué : « Nous vivons dans un (…)

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