L’obscène armada – Réseau International


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par Djamel Labidi

Il y a quelque chose de fondamentalement obscène, moralement, dans le spectacle de cette «Armada», comme la nomme le président des États-Unis, qui avance pesamment, menaçante, vers l’Iran.

Il y a quelque chose de fondamentalement obscène, de même, de voir les milieux dirigeants occidentaux et tout leur système médiatique déplorer que Trump puisse revenir en arrière dans sa promesse d’attaquer l’Iran.

Il y a en même temps quelque chose de totalement indécent dans cette excitation meurtrière des plateaux médiatiques de ce petit monde occidental où on attend, impatients, les premiers bombardements américains. Les derniers qui avaient eu lieu, au Liban, à Gaza, et déjà en Iran, commencent à dater apparemment à leur goût. Ils ont hâte de voir en action, le nouveau-né, le B26, mais cette fois ci sur de véritables cibles, non pas des sites nucléaires, mais sur les «gardiens de la révolution» et… la population alentour.

Il y a là une jonction évidente avec la même impatience d’Israël et son acharnement manifeste à pousser les États-Unis à la confrontation avec l’Iran. C’est une nouvelle fois la preuve de l’influence considérable de l’État hébreu sur le système mediatico-politique occidental.

«Tuez- le», dit la prix Nobel de la paix

Ils sont là, sur les plateaux de ces chaines dites «d’informations», à discuter tranquillement, de comment «tuer». Ils prononcent ce mot tuer, qu’ils affectionnent particulièrement, de façon appuyée avec un je ne sais quoi de délectation étrange. «Tuer» le chef de l’État Iranien, Ali Khamenei, mais aussi «les principaux dirigeants», car «tuer Khamenei ne suffirait pas», précisent-ils en chœur.

Un représentant du Mossad est chaque fois invité sur les plateaux télé pour donner son avis d’expert en…meurtres et autres exploits. Ils l’écoutent religieusement. Le concept monstrueux de «guerre préventive» fait l’unanimité. Shirin Ibadi, iranienne, prix Nobel de la paix 2003, apporte sa précieuse caution morale et martèle qu’il faut «cibler Ali Khamenei, l’éliminer». «Cibler», «éliminer», tels sont les mots qu’emploie un prix Nobel de la paix ! Il est vrai que ce prix vient d’être attribué aussi à une Vénézuélienne, ayant appelé, elle aussi, à l’intervention militaire des États-Unis contre son propre pays, et qu’il avait été attribué aussi, à Obama avant l’agression contre la Libye, et qu’il est réclamé actuellement avec insistance par Donald Trump. Peut-on avoir de meilleures références ?

«Cibler, «éliminer», «tuer», tel est le langage actuel, mais qui souvent se répète, de ces plateaux d’Occident. C’est le vocabulaire, l’état d’esprit d’une chasse à courre. Israël n’avait-elle pas parlé d’animaux au sujet des Palestiniens ? Les Iraniens sont, eux aussi, des musulmans, et peut-être même des arabes, confondent parfois certains, alors pourquoi se gêner, pourquoi prendre des gants ? C’est en ce moment de la cruauté pure qui fait briller leurs yeux qui luisent dans la froideur plastique du mobilier des plateaux. Rien n’aurait-donc changé depuis la nuit des temps si ce n’est la technologie ? Les Romains devaient avoir les mêmes frissons de plaisir dans les médias et les plateaux de cette époque qu’étaient les arènes de l’Empire, lorsqu’apparaissaient les martyrs, les gladiateurs, tous ceux qui «allaient mourir», et qu’ils humaient déjà l’odeur du sang.

La mouche du coche

La joie impatiente des médias guerriers serait sans limites si elle n’était pas gâchée par la crainte que Trump ne se retourne ensuite contre eux. D’ailleurs, toute dignité refoulée après les humiliations que lui a fait subir le président des États-Unis, l’Union européenne, s’est empressée de déclarer «les gardiens de la révolution « (les Pasdaran») d’«organisation terroriste». Le président Trump ne lui avait pourtant rien demandé. Parions que cela ne servira à rien. La mouche du coche, telle semble être le rôle dans lequel l’Europe désormais excelle. Preuve d’humour, l’Iran, dès le lendemain de l’annonce européenne, a remplacé la protection traditionnelle des ambassades européennes à Téhéran par ces «terroristes» de Pasdaran.

Une certaine opposition iranienne appelle à cor et à cri à l’intervention de puissances étrangères en Iran dans des médias complaisants. Il y a quelque chose de totalement indigne dans de tels appels, adressés à ceux-là mêmes qui depuis deux siècles ont colonisé ou mis sous tutelle le Proche et le Moyen-Orient. On a en mémoire le drame libyen, et les appels aussi forcenés de l’opposition basée à l’étranger à l’intervention occidentale, sous prétexte d’arrêter des massacres qui se sont avérés être une pure invention. L’opposition iranienne, elle aussi basée à l’étranger, fait exactement de même. Quel crédit lui accorder ? Quoi qu’il en soit, rien de saurait justifier qu’on en appelle à bombarder son propre pays.

C’est toujours le même scenario : campagnes de désinformation, diabolisation de l’adversaire, accusations de dictature, de massacres, thème récurrent de la corruption des dirigeants, opérations de change-régime, et invariablement après des catastrophes humaines, des pays ravagés, des peuples mutilés. Quelles sont ces sociétés humaines qui produisent sans cesse la guerre et l’oppression des autres nations, qui prétendent à un droit naturel d’agir à leur guise dans le monde, et à le dominer souverainement. Depuis le temps que cela se répète sans cesse, n’apparait-il pas, à la fin, qu’il n’y a rien à attendre d’elles ? Ce n’est pas les romains qui pouvaient abattre leur empire. Et ce n’est pas des forces occidentales, seraient-elles les plus généreuses, qui peuvent libérer le monde comme elles le croyaient ou le faisaient croire au siècle dernier. L’Histoire n’a jamais fonctionné comme cela. La libération, y compris la leur, ne peut venir que du monde émergent.

Il y a un an, Emmanuel Todd, anglo-saxon et occidental s’il en est, dans ce que l’Occident a de meilleur, dans sa culture et sa pensée, laissait échapper douloureusement mais solennellement cette confidence : «C’est un sujet sur lequel j’ai hésité, vasouillé toute ma vie. Au terme d’une longue vie de réflexion, je suis arrivé à la conclusion que la destruction de la puissance américaine sera le début de la paix pour la planète». (https://www.youtube.com/watch?v=obeAlg8-AWQ)

La fable de la menace iranienne

La logique s’y perd. On dit de la Russie qu’est «une menace parce qu’elle a agressé l’Ukraine». Et on dit de l’Iran qu’elle est une menace parce qu’elle a été et va être agressée par les États-Unis.

Que font les États-Unis à 10 000km de leurs frontières ? De quel droit décident-t-ils ce qui est bon ou non pour une nation ? De quel droit les puissances occidentales interdisent-elles à l’Iran des moyens nucléaires alors qu’ils les ont donnés ou les permettent à Israël ? Ce n’est pas seulement un double standard, c’est du racisme pur et simple, de l’idéologie suprématiste.

Le cynisme des États unis et de leurs complices en Occident est absolu, sans limites. Ils décident de sanctions contre l’Iran, comme ils l’avaient fait auparavant pour d’autres pays dont le seul crime avait été la volonté d’indépendance et de souveraineté, c’est-à-dire les «régimes antioccidentaux» selon leur classement. Ils entravent ou bloquent leur développement. Ils leur créent des difficultés économiques et sociales parfois extrêmes, et ils appellent ensuite à une insurrection populaire. Et enfin, et c’est souvent la dernière phase, ils interviennent militairement au prétexte des drames qu’ils ont eux-mêmes provoqués.

Les États-Unis, et les Israéliens, parlent de menace iranienne. Mais où est-elle ? L’Iran a-t-elle jamais attaqué les États-Unis. Les Étatsuniens, Trump lui-même et les Israéliens, ont tué des généraux et des hommes de science en Iran, à Téhéran même, froidement. Pourrait-on simplement imaginer l’équivalent, l’Iran tuer des généraux du Pentagone à Washington même ? Les États-Unis dans les années 50 ont organisé un coup d’état en Iran pour en contrôler les richesses pétrolières. Ils avaient placé à ces fins le Shah au pouvoir. Il s’en était suivi, en Iran, des décennies d’une affreuse dictature. Et aujourd’hui ils songent, sans état d’âme, à y mettre le fils. Ils veulent récidiver et se posent en défenseur des droits humains et de la civilisation. Peut- on imaginer plus parfaite arrogance, plus total arbitraire. Et en ce moment même, sur les plateaux «d’information» d’un Occident délirant, on approuve, on applaudit, on relaye la propagande misérable des partisans du fils du Shah. Comment ne pas être indigné !

Où sont la Chine, la Russie, l’Inde, le Brésil, les BRICS ?

23 janvier- L’«Armada» étatsunienne continue d’avancer vers l’Iran, sûre que personne n’osera même penser à l’arrêter. Les États-Unis parlent d’encercler l’Iran, de bloquer ses ports. Ils avaient encerclé auparavant le Venezuela. Trump parle aujourd’hui de le faire aussi pour Cuba, d’établir autour d’elle un blocus maritime. Ils se proposent tout simplement d’interdire à toute nation qu’elle soit grande ou petite d’avoir des relations commerciales avec les pays dont les États-Unis font le blocus. Du jamais vu, du moins depuis très longtemps. Que se passe-t-il ? Il y a une époque, où même dans les moments les plus tendus, et on parlait pourtant de «guerre froide», il aurait été impensable d’établir un tel blocus, puisqu’il aurait emmené fatalement à la confrontation. Cuba avait pu ainsi survivre en maintenant ses relations avec le reste du monde. L’impérialisme est comme une pathologie, chronique, maligne qui semble disparaitre mais qui revient sans cesse.

Même si on fait la part des rodomontades de l’Amérique de Trump, le regain d’agressivité est réel. Jamais les États-Unis n’ont été aussi brutaux. Le retour à ces formes primaires de la domination devrait faire réfléchir. Quelle est sa signification historique ? Tout se passe parfois comme si on revenait bien en arrière, aux siècles précédents, à l’époque coloniale où l’on pouvait s’emparer d’une terre, d’un pays, d’un continent, sans que personne ne bouge.

Certes les apparences peuvent être trompeuses. Certains analysent cette agressivité extrême des États unis comme la manifestation de son recul. Probablement. L’écroulement de leur puissance, dans le prolongement mathématique de leur déclin actuel, ne fait guère de doute à terme. Mais en attendant va-t-on regarder en spectateurs les agressions qui se succèdent ?

Où sont la Chine, la Russie, l’Inde, le Brésil, les BRICS. Telle est la question que se pose l’immense majorité mondiale. Chaque peuple de ce monde émergent sait que demain cela pourra être lui, la victime d’une agression. Les pays qui font actuellement preuve de la plus grande volonté d’indépendance savent qu’ils sont les plus exposés.

Les peuples se reconnaissent dans le combat de l’Iran parce qu’ils y reconnaissent leur même volonté d’indépendance, au-delà des expressions culturelles, religieuses, politiques et idéologiques dans lesquelles s’affirme et se construit chez chacun cette volonté.

Un «Conseil de la paix» en pleines opérations de guerre

Aujourd’hui, dans ce climat de dérèglement total des relations internationales, que semble assumer délibérément les États-Unis de Trump, les nations semblent avoir peu de recours. Le seul lieu, où ils étaient à place égale, l’Assemblée générale de l’ONU, semble lui-même menacer dans son existence. L’Assemblée de l’ONU ne convient d’évidence pas aux États-Unis qui s’y étaient trouvés de plus en plus désavoués. L’ONU, mais aussi tout son système construit pendant des décennies. Le président Trump n’aime pas les Nations unies. Il le dit d’ailleurs bien fort. Il veut la remplacer par un «Conseil de la paix» qu’il contrôle dès l’entrée. Pourtant on se presse à la porte de ce Conseil. On y fait, dit-on la queue. Les places sont chères, un milliard de dollars le strapontin. La Russie aussi a accepté l’invitation. De quoi faire naitre bien des interrogations. Même si le président Poutine, selon ce qu’on sait de ses propos diffusés à ce sujet, a accueilli cette invitation avec un certain humour en reliant le milliard de dollars de droit d’entrée à l’argent russe gelé aux États-Unis.

En tous les cas, c’est toujours une leçon pour les nations, celle de défendre avant tout leurs propres intérêts. C’est le seul moyen pour qu’ils soient certains qu’ils soient pris en considération par les États les plus puissants. L’Iran a cette particularité qu’elle est non seulement une vieille nation à l’identité indomptable, mais qu’elle a su, depuis sa libération de la domination des États-Unis, construire la principale condition de la souveraineté : une industrie de guerre et une défense autonomes. L’Iran est entré dans le club très fermé des nations maitrisant la technologie des missiles hypersoniques, des missiles balistiques intercontinentaux, des drones, et autres technologies avancées.

Contre l’Iran, les États-Unis vont cette fois-ci vraiment à l’aventure et celle-ci risque d’être désastreuse pour eux et pour longtemps.

Samedi 31 janvier. Israël pousse, acharnée, à l’agression de l’Iran. Pour l’État sioniste, «c’est le moment ou jamais». Une visite ce jour des grandes chaines d’information françaises les montre dans l’attente de plus en plus impatiente du déclenchement de l’attaque contre l’Iran. On y a pas une pensée, un instant, pour ce peuple iranien qui attend ces bombardements, avec un courage collectif certes, mais aussi avec angoisse. Sur l’une de ces chaines d’information, on continue de faire dans l’obscénité morale : son animatrice clôt à 24h l’émission du soir par ces mots : «le peuple iranien attend avec impatience les bombardements».

«L’Armada» est arrivée à destination depuis quelques jours. L’annonce en a été faite le Lundi précèdent par le «Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient» (Centcom). La flotte américaine est là, immobile, tapie dans le golfe persique. Elle n’a pas jusqu’à présent attaqué. On le perçoit, Trump doute, hésite. Il est certainement impressionné par la volonté et la détermination de l’Iran.

En l’an 1588, le 8 Aout, il y avait aussi une Armada. Elle était espagnole. Elle se disait invincible. On sait ce qu’il advint d’elle.



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