Dossier : Comprendre le chaos du monde
Que les États-Unis renversent un gouvernement étranger n’est pas chose nouvelle. Mais tous les coups de force américains n’obéissent pas au même modèle. Le « regime change » néoconservateur, pratiqué dans les années Bush, ne semble pas avoir les faveurs de l’actuel locataire de la Maison Blanche.

Hélène Duclos. – « Mémoire sélective », 2019
© ADAGP, Paris, 2025 – helene-duclos.fr – Galerie Claire Corcia, Paris
Il faut avoir une mémoire très sélective pour voir dans l’enlèvement du président du Venezuela, M. Nicolás Maduro, et de son épouse, le 3 janvier dernier, le « retour » de Washington à une politique « impérialiste » qui n’aurait plus eu cours depuis 1945, sinon depuis 1918.
L’attribution soudaine de cette épithète aux États-Unis dans des organes de presse qui la réservaient jusque-là à la Russie a quelque chose de faussement ingénu. Car — pour se limiter à l’après-guerre froide — le retour de Washington à la pratique des opérations militaires de grande envergure sous la présidence de George H. W. Bush, après de longues années de « syndrome vietnamien », fut inauguré en 1989 par ce qui avait déjà été présenté comme une opération de police antidrogue : l’invasion du Panamá et l’enlèvement du dictateur Manuel Noriega, en violation flagrante du droit international.
La voie était ainsi ouverte à un nouveau cycle d’interventions américaines, qui atteindra son apogée avec l’invasion de l’Irak en 2003 sous la présidence d’un autre Bush, fils du premier. Les occupations jumelles de l’Irak et de l’Afghanistan, consécutives aux attentats du 11 septembre 2001, tournèrent vite en bourbiers, dont les États-Unis ne parvinrent à se dépêtrer qu’à grand-peine : en 2011 pour l’Irak, et dix ans plus tard pour l’Afghanistan.
Ces deux fiascos majeurs — l’échec irakien en particulier, vu l’importance bien plus grande des enjeux et les moyens bien plus considérables déployés par les États-Unis — renouvelèrent le « syndrome vietnamien ». Les leçons tirées de l’expérience sud-est-asiatique — éviter toute occupation prolongée, s’assigner des objectifs limités, frapper massivement d’emblée et sur une courte durée, préférer les bombardements aux troupes au sol — s’en trouvèrent revigorées, après avoir été délibérément ignorées par l’administration de M. George W. Bush. Le successeur de ce dernier, M. Barack Obama, qui se targuait de s’être opposé à l’invasion de (…)
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Gilbert Achcar
Professeur émérite à l’École des études orientales et africaines (SOAS), université de Londres. Auteur de Gaza, génocide annoncé. Un tournant dans l’histoire mondiale, La Dispute, Paris, 2025.