Comment le Venezuela déplace la montagne (1) ou comment aller à la rencontre du peuple vénézuélien.


Il y a environ quarante ans, un de mes amis, Guillaume Dacos, graveur, avait réalisé une sérigraphie, toujours sur les murs de ma maison natale. Un homme nous fixe, puis se retourne, et le texte « Palestine, connais pas ».

L’image est forte et faisait mal déjà à l’époque, nous essayions de parler de la Palestine mais trop peu nous écoutait…

Aujourd’hui, la Palestine reste une terre de souffrance mais surtout une terre de résistance et aujourd’hui, je ne crois pas qu’on puisse encore dire « Palestine, connais pas ». La lutte continue.

Et le Venezuela ? Sans doute beaucoup de gens ne connaissent-ils pas le Venezuela.

Le 3 janvier le président de ce pays ainsi que son épouse la députée Cilia Flores ont été enlevés, emmenés aux États-Unis et enfermés à l’isolement dans une prison de New-York, le Metropolitan Detention Center (MDC), dans l’attente d’un procès. Un président élu a été enlevé et est emprisonné, alors que le long des côtes du pays reste présente une armada de navires de guerre des États-Unis.

De cela, les médias ont parlé. Mais que savons-nous vraiment ?

Comme toujours, ce sont les ressources naturelles qui sont visées par les attaques impérialistes, le pétrole vénézuélien, la plus grande réserve mondiale. Mais pas seulement. Le Venezuela depuis l’arrivée de Chavez construit une révolution de type nouveau, la révolution bolivarienne qui vise à installer une démocratie participative, notamment à travers le pouvoir des communes. Cela malgré les difficultés et les bâtons dans les roues…Les États-Unis ne veulent pas que cela soit une source d’inspiration…

Mais le pays résiste depuis 30 ans, aux attaques combinées des USA, de l’UE et d’une bourgeoisie réactionnaire, vendue aux intérêts étrangers. Il ne veut pas redevenir une colonie.

Venezuela, connais pas… Sans doute beaucoup de gens ne connaissent-ils pas le Venezuela sauf par quelques faits d’actualités souvent rapportés de façon incomplète, sinon mensongère.

Alors que pouvons-nous faire ?

Un outil magnifique existe, le cinéma, des films qui montrent à travers les images de la vie du peuple, des images commentées par les protagonistes eux-mêmes, la réalité d’une expérience unique celle de la continuation de la révolution bolivarienne, avec ses difficultés et ses contradictions, avec ses discussions et son travail concret de production.

Peu avant l’arrestation de Nicolás Maduro et Cilia Flores, le cinéma d’Attac de Bruxelles avait présenté lors de son festival annuel, le dernier film de Victor Hugo Riviera et Thierry Deronne : Comment le Venezuela déplace la montagne (2), un titre qui révèle déjà le rôle de la persévérance et même de l’histoire dans la construction d’un processus révolutionnaire.

Après une première projection, en novembre 25, à la suite de laquelle a été fondé le Comité pour la paix au Venezuela, en Amérique latine et dans les Caraïbes (3), le film a déjà été reprogrammé deux fois à Bruxelles. Il est passé au cinéma Aventure le 21 janvier et une nouvelle fois le 4 février.

Le 21 janvier, le journaliste Maurice Lemoine (4) avait accepté d’intervenir après la projection (et la salle étant comble, plusieurs personnes avaient dû s’en retourner sans voir le film) et ce 4 février, ce fut un nouveau succès pour la deuxième projection.

Lors du débat, Paul-Emile Dupret, défenseur des Droits Humains et militant altermondialiste, a brossé un historique de la révolution bolivarienne (5) et Olivier Corten (professeur de droit international de l’ULB) a rappelé que le droit international n’est pas une solution mais un outil dont il faut se servir.

Il a expliqué que les États-Unis n’ont pas d’arguments juridiques pour justifier l’opération militaire au Venezuela et l’enlèvement du président Maduro.

– l’argument de la sécurité à cause du soi-disant narcotrafic. Un argument qui ne tient pas face à la carte réelle du narcotrafic qui prouve que très peu du trafic de drogue passe par le Venezuela. Argument d’ailleurs si faible, qu’il a été abandonné par le Département de la Justice états-unien lui-même peu après l’enlèvement !… -L’argument des droits de l’homme qui ne tient pas non plus et qui ouvrirait la voie à toutes dérives. Il est vrai que les États-Unis sont déjà partis en guerres humanitaires…

– le fait que c’est une opération liée au droit des États-Unis est un argument totalement irrecevable. On imagine que n’importe quel pays puisse intervenir dans un autre, y arrêter quelqu’un qui soit disant contreviendrait aux lois non du pays où il se trouve mais aux lois du pays extérieur. On le sait si les États-Unis sont coutumiers de l’extraterritorialité(6), c’est un principe qui ne peut en aucun cas être reconnu.

Le film va continuer de tourner car plus personne ne doit pouvoir dire : « Venezuela, connais pas ». C’est seulement en informant la population que celle-ci peut comprendre le monde dans lequel elle vit et si la majorité des infos reprennent les données états-uniennes, c’est à nous avec nos moyens de faire en sorte que les faits réels soient rapportés.

Le Venezuela est aujourd’hui montré par Trump comme une menace alors qu’il est un espoir, non pas un modèle ou un exemple de révolution car il n’y a pas de tel modèle, mais une inspiration, un espoir.

Lors de son intervention à l’Aventure, Maurice Lemoine avait rapporté les paroles d’un dirigeant cubain qui dans une réunion internationale, devant ceux qui applaudissaient la révolution cubaine et la montraient comme un exemple à suivre, avait répondu, que la révolution cubaine n’est pas un exemple parce qu’elle n’est pas la révolution qu’ils auraient voulu faire mais celles qu’ils ont pu faire ou dû faire suite aux difficultés qu’ils ont rencontrées. Le Venezuela est aussi cette grande révolution qui résiste depuis des années à la guerre économique, médiatique, psychologique et aujourd’hui armée, qui se forge face aux contradictions internes aussi, qui continue et va de l’avant avec un peuple conscient.

Prochaines séances : à Liège le samedi 7 février à 19 heures au Centre Polyculturel Résistances https://www.cpcr.be/, 11 rue Jonruelle. Débat avec l’avocate Selma Benkhelifa du Front des Mères, Marcos Garcia de l’Ambassade du Venezuela et depuis le Venezuela, le cinéaste Thierry Deronne (en visio).

Le Jeudi 12 février 2026 à 18h30 à l’ULB – Campus du Solbosch, Local K.3.401, Bruxelles, organisé par le Comité Minga . Débat avec la militante vénézuélienne Maria Gabriela Blanco Intal Globalize Solidarity et le cinéaste Thierry Deronne depuis le Venezuela (en visio).

Et d’autres sont prévues à Leuven, Charleroi…

Marie France Deprez

info : https://www.facebook.com/profile.php?id=61587137009290

1) Comment le Venezuela déplace la montagne de Víctor H Rivera et Thierry Deronne sur l’essor des autogouvernements communards au Venezuela a reçu le Prix « Coup de Cœur documentaire » aux rencontres du Cinéma Latino-Américain de Bordeaux 2025 et le Prix du meilleur long-métrage documentaire au Festival de Cinéma Cumbe San Agustin, Venezuela 2025

• 2024 • 65 minutes • Coule

2) Dans la Chine antique, il y avait une fable intitulée « Comment Yukong déplaça les montagnes ». On y raconte qu’il était une fois, en Chine septentrionale ; un vieillard appelé Yukong des Montagnes du Nord. Sa maison donnait, au sud, sur deux grandes montagnes, le Taihang et le Wangwu, qui en barraient les abords. Yukong décida d’enlever, avec l’aide de ses fils, ces deux montagnes, à coups de pioche. Un autre vieillard, nommé Chesou, les voyant à l’œuvre, éclata de rire et leur dit : « Quelle sottise faites-vous là ! Vous n’arriverez jamais, à vous seuls, à enlever ces deux montagnes ! » Yukong lui répondit : « Quand je mourrai, il y aura mes fils ; quand ils mourront à leur tour, il y aura les petits-enfants, ainsi les générations se succéderont sans fin. Si hautes que soient ces montagnes, elles ne pourront plus grandir ; à chaque coup de pioche, elles diminueront d’autant ; pourquoi donc ne parviendrions-nous pas à les aplanir ? » Mao Zedong.

Comment Yukong déplace la montagne est aussi le titre d’un film de 12 heures de Joris Ivens et Marceline Loridan sur la Chine des années 1972-1973, à la fin de la Révolution culturelle.

3) Le comité a choisi d’insister sur la paix dans toute la région en lien avec le traité CELAC. En 2014, la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes (CELAC) a réaffirmé la déclaration de la région comme « Zone de Paix ». Le Venezuela réitère régulièrement sa défense de cette zone et est par ailleurs signataire du TIAN.

4) Maurice Lemoine publie régulièrement des articles sur le site Mémoire des luttes.

https://www.medelu.org/

5) Journée pour la dignité nationale. Bien que la date ait été choisie par hasard. Il est important de rappeler que le 4 février marque l’anniversaire de la rébellion civile et militaire de 1992 menée par le commandant Chávez contre les mesures néolibérales injustes de Carlos A. Pérez . Bien que n’ayant pas réussi, cette rébellion a largement révélé Chavez au peuple vénézuélien et reste aujourd’hui célèbre, On évoque souvent sa phrase « Nous avons échoué, pour le moment », qui marque le début d’une lutte dont les objectifs n’ont pas encore été atteints.

Ces faits ont été rappelé par Gabriel Valero, deuxième secrétaire à la Mission de la République bolivarienne du Venezuela auprès de l’Union européenne.

6) L’extraterritorialité est un principe que les États-Unis essayent régulièrement de faire appliquer. Dans la demande d’extradition d’Assange, il y avait la volonté qu’elle serve de menace pour tous ces journalistes puisqu’en plus, les États-Unis aurait réussi à créer un précédent : l’extraterritorialité justement, en demandant l’extradition d’un homme qui n’a pas la nationalité des États-Unis et n’y a même jamais travaillé !



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