La guerre de Gaza se sera conclue par un « accord de paix » qui consiste en une chose : changer de sujet. Les bombardements israéliens se poursuivent. L’aide humanitaire reste insuffisante. Les journalistes étrangers sont toujours interdits d’accès, sauf à rejoindre les patrouilles des forces d’occupation. La reconstruction demeure une vue de l’esprit, tandis que des quartiers entiers sont dynamités. Toute forme de justice, eu égard aux victimes civiles, aux exactions commises, aux destructions injustifiables, l’est tout autant. La question fondamentale — qui gouvernera Gaza, avec quelle légitimité et quels moyens ? — est plus que jamais en suspens. L’accord, célébré par les États-Unis, la France et les États arabes, ne contient aucun des éléments nécessaires à une paix tenable. Si normalisation il devait y avoir, ce serait uniquement au sens d’une évacuation du problème : parlons d’autre chose, puisque les négociations ont abouti et que la violence a baissé d’un cran.
Ce tombé de rideau s’avère redoutablement efficace. Les médias, qui pour la plupart ont couvert ce conflit à contrecœur, ne demandaient qu’à en finir avec un sujet qui leur causait un malaise récurrent, des tensions ingérables, une autocensure somme toute honteuse. Nombre de nos gouvernants poussent un semblable soupir de soulagement à voir s’estomper, non pas la souffrance des habitants de Gaza, mais l’attention qu’il convenait d’y porter. En proclamant la fin du conflit, ils semblent résoudre tout un tas de questions épineuses — présomptions de génocide, accusations de complicité, abus du droit international — en les mettant tout simplement au passé. La guerre que nos gouvernements ont voulu traiter comme une parenthèse peut donc enfin se refermer.
Cette clôture arbitraire plonge dans le désarroi toutes celles et tous ceux qui ont vu dans ce conflit, au contraire, un moment charnière : une violence monstrueuse, désinhibée, annonçant un monde sans foi ni loi, régi seulement par des pulsions (…)
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