À Santarém, dans l’État du Pará au Brésil, près d’un millier d’autochtones occupent depuis dix-neuf jours un site stratégique de Cargill pour dénoncer un décret fédéral promulgué en août 2025. Le texte ouvre la voie à la concession de plus de 3 000 kilomètres de voies navigables à des opérateurs privés.
Quinze ethnies réunies autour du Conseil indigène Tapajós Arapiuns ont investi un entrepôt de Cargill, géant américain du négoce agricole. Leur cible n’est pas seulement une multinationale, mais un décret qui pourrait confier, pour douze à quinze ans, la gestion des fleuves Tapajós, Tocantins et Madeira à des concessionnaires chargés d’entretien et autorisés à prélever des péages. Comme le rapporte Reporterre, le ministère des Ports assure qu’il s’agit uniquement d’études techniques, environnementales et sociales. Pourtant, un appel d’offres pour le dragage du Tapajós a été lancé en décembre, avant d’être suspendu le 6 février, sous la pression.
Des notes d’organismes publics brésiliens alertent sur une dégradation de la qualité de l’eau, des menaces pour la reproduction de la tortue Podocnemis expansa et une fragilisation de la pêche locale. « Les poissons risquent d’être contaminés, et nous avec », prévient Alessandra Korap Munduruku, évoquant la possible remontée de mercure issu de l’orpaillage illégal lors des opérations de dragage.
Depuis 2003, l’implantation de Cargill a accéléré l’expansion de l’agrobusiness. L’Institut national de recherches spatiales estimait en 2018 que plus de 1 000 kilomètres carrés de forêt avaient disparu autour de Santarém depuis 1999. À cela s’ajoute le projet ferroviaire Ferrogrão, pensé pour fluidifier encore les exportations. Les leaders autochtones dénoncent l’absence de consultation, en contradiction avec la Convention 169 de l’OIT ratifiée par le Brésil, et réclament un dialogue direct avec le président Lula.