Notes sur l’affaire Epstein : la vérité cachée


Toute crise politique et sociale est grosse de deux issues, de deux probabilités, soit une sortie par le bas, par le retour en arrière, « réactionnaire », soit une sortie par le haut, vers l’avant, « progressiste ». Une seule des probabilités se réalise à un moment historique donné, un peu comme dans la théorie des quanta, la particule choisit une seule des positions probables.

Dans beaucoup de pays d’Europe, c’est la sortie par le bas qui semble s’annoncer, du fait du discrédit de ce qu’on appelle, faute de mieux, les « forces de gauche », démocrates aux Etats Unis, travaillistes et socio-démocrates du monde occidental. D’ailleurs, la différenciation entre forces de droite et de gauche semble toute relative : aux Etats-Unis, Républicains et démocrates paraissent redouter tous autant les révélations des documents de l’Affaire Epstein. Ailleurs, comme en Europe, on trouve compromises aussi bien des personnalités de droite que de gauche. C’est dire le scepticisme des électeurs sur ces clivages sur lesquelles se sont développés les jeux compliqués de la démocratie occidentale.

La crise profonde en général de la société et en particulier de la démocratie occidentales, étaient déjà nettes au début des années 2000 et pouvait déjà être décrites (1). La sortie de cette crise était impérative.

L’intelligence de Trump

L’intelligence politique, instinctive ou consciente, de Donald Trump est de l’avoir compris. La société aux Etats Unis était en crise. Il a voulu y faire une révolution de droite. Il lui a proposé un programme de sortie par le bas : conservatisme, anti immigration, nationalisme xénophobe voire suprématisme blanc, capitalisme brutal, remise en cause des relations économiques extérieures des Etats-Unis et de ses relations internationales, destruction du droit international et du système des Nations Unies, retour à des formes initiales de l’impérialisme, partage du monde entre grandes puissances, etc..

Sur le plan politique intérieur, il a, en quelque sorte, pris les devants, en faisant la critique radicale des élites dirigeantes étatsuniennes, autant sur les plans politique et économique que moral, ainsi que de leurs moyens d’expression et d’influence de masse : grands journaux (Washington post, New York Times etc..), medias, parti politique démocrate et son réseau. Qu’on se souvienne à ce propos de sa campagne aussi bien lors de son premier mandat que du deuxième. Il a pu ainsi rassembler autour de lui une majorité des électeurs des Etats-Unis.

Trump contre Trump

Mais l’histoire est pleine de surprises. Dans sa critique violente et radicale des élites, il s’est attiré une grande popularité en s’appuyant notamment sur l’affaire Epstein qui cristallisait la déchéance et l’arrogance de celles-ci aux yeux de l’opinion publique des Etats-Unis. Il avait promis à son électorat de faire toute la vérité sur cette affaire, d’en révéler tous les détails. Mais voilà, il avait oublié une chose : c’est qu’il faisait partie de ces élites, notamment des élites new-yorkaises. Et c’est ainsi que le candidat Donald Trump a refermé le piège sur le président Trump. Il ne pouvait plus reculer bien qu’il ait essayé de le faire après son élection. On a donc ici l’explication de ce paradoxe d’une affaire révélée contre les intérêts mêmes des élites dirigeantes, y compris ceux d’un membre de l’establishment : Donald Trump. On a aussi l’explication du moment où l’affaire a « explosé » : non pas au moment où elle a été révélée, non pas au moment où Epstein et sa compagne ont été condamnés, non pas au moment où ils ont été jugés, non pas au moment où Eipstein est décédé en 2019 mais aujourd’hui, maintenant. Cela personne ne pouvait le prévoir. Y compris Trump, qui pensait probablement qu’en prenant le pouvoir, il aurait tout le loisir de manipuler l’affaire , de la gérer à sa guise et probablement de régler des comptes politiques. D’autre part, ceux compromis dans l’affaire avaient cru probablement que tout s’éteindrait avec la mort d’Epstein, d’où d’ailleurs les soupçons tenaces de l’opinion au sujet des circonstances réelles de sa mort. Trump a été finalement le grain de sable de l’affaire Epstein. Il y avait d’autant moins de raisons de se méfier de lui qu’il était accusé par ses adversaires d’être lui-même compromis dans l’affaire. Bref, l’affaire Epstein est un processus qui s’est emballé, qui a échappé à toute la sphère dirigeante, apparemment aussi à Donald Trump, et qui continue de se développer par sa propre synergie.

De Bill Gates aux Rothschild

Ce qui fait de l’affaire d’Epstein un énorme évènement géopolitique mondial c’est que du coup toutes les théories dites complotistes sur un Etat profond mondial, et sur les comportements délictueux et secrets des élites s’en trouvent confortées, voire validées.

Le système Epstein révèle au premier abord l’existence d’un réseau mondialiste, où on trouve tout le « beau monde », une « aristocratie mondialiste », de Bill Gates aux Rothschild en passant par les monarchies européennes, britannique, norvégienne. On y trouve des présidents des Etats unis, des membres de gouvernements européens, des diplomates, de très nombreuses figures des milieux politiques, financiers, économiques, diplomatiques, du showbiz. Qu’il soit un réseau mondialiste est donc un fait.

Après avoir fait longtemps le silence à ce sujet, le système médiatique occidental essaie désormais de décrire, d’ailleurs avec force détails, ce réseau comme un système de dépravation sexuelle, ce qu’il est mais pas seulement. Ils veulent ainsi en cacher le contenu géopolitique, en tant que réseau des élites mondiales pouvant servir à se concerter, à influer sur les décisions du monde, financières, économiques, politiques, même s’ils permettaient en même temps quelques recréations sordides. L’un d’ailleurs n’est pas en contradiction avec l’autre, comme l’a été en tout temps les comportements des sphères dirigeantes dans l’Histoire. La différence là est que le réseau est mondial, ou, le mot est plus juste, « mondialisé », à l’image des élites qu’il a rassemblées.

Ce vieux rêve d’un pouvoir mondial

Que le réseau Epstein soit un instrument secret de concertation, de pouvoir mondial, ou le soit devenu, beaucoup de faits déjà l’attestent qui ne manqueront pas de se multiplier au fur et à mesure de la découverte de son ampleur : c’est ainsi déjà que l’ambassadeur du Royaume Uni à Washington est soupçonné de délit d’initié et d’avoir fourni des informations utiles à des manipulations financières à Epstein. Des journaux mentionnent de plus en plus souvent qu’Epstein est soupçonné d’être un agent du Mossad. Il aurait par exemple joué un rôle indirect mais important, à travers un ami milliardaire indien, dans le changement brusque de l’Inde dans son attitude envers Israël (2). Cela s’était traduit par le voyage du premier ministre indien à Tel Aviv, et l’achat d’armes à Israël pour un montant de 750 millions de dollars, le plus grand marché d’exportations d’armes jamais réalisé par Israël.

Ces bacchanales du réseau Epstein n’étaient pas seulement un lieu de loisirs, de plaisirs et de dérivatifs parfois monstrueux des élites mondiales, c’était aussi un endroit où se nouaient des relations, des alliances, où s’initiaient beaucoup d’actions, qu’elles soient financières, économiques, politiques ou même militaires. Epstein a probablement réalisé le vieux rêve des élites d’être connectées les unes les autres directement, de former un groupe compact, organisé, de prendre des décisions immédiates, secrètes, bref ce vieux rêve d’un pouvoir mondial qu’ils ne cessent en permanence de vouloir concrétiser de diverses façons : l’Exécutif de l’Union Européenne, Davos, les organes de financement international, la monnaie commune du dollar, les G7 et autres. C’était là aussi le pouvoir d’attraction du réseau Epstein : On avait intérêt à y être. Epstein n’avait même pas besoin, à partir d’un certain moment, du développement de son réseau pour y faire venir les élites. Elles venaient toutes seules. Son air placide, son sourire discret, permissif, accueillant en était la vitrine rassurante.

Le développement incroyable des moyens de communication a certainement aidé à cette concentration des élites et de leur pouvoir de décision. Ce n’est pas un hasard que l’affaire Epstein comporte des millions de documents, ce qui indique une activité qui aurait été impensable sans les technologies de communication modernes. Est-ce aussi un hasard si on y trouve comme participant des hommes comme Elon Musk, et les rois de la Tech ? L’affaire Epstein parait tentaculaire comme l’est le système occidental de domination.

L’Etat profond et le complotisme

Maintenant que le scandale a éclaté, tout est fait pour l’empêcher d’aller plus loin. On veut éloigner l’attention de la vie des hautes sphères du pouvoir occidental. A cet effet, différents biais sont utilisés : par exemple l’argument habituel mais ici particulièrement ridicule de la « main russe », alors que le scandale est au cœur de la vie des Etats unis. Par exemple aussi, le bruit fait autour de seconds couteaux comme Jacques Lang en France ou même le prince Andrew en Angleterre déjà, abondamment compromis dans le passé. Mais surtout on veut empêcher la prise de conscience de l’existence d’une organisation internationale, avec ses différents mécanismes, ceux visibles comme ceux monstrueux et secrets, tel le réseau Epstein, au-dessus des peuples, au-dessus de la démocratie, au-dessus des élections. Ceux-ci les peuples occidentaux le pressentaient mais on les a terrorisés d’oser même le penser, on les a accusés de complotisme. Or même si de ci de là cette accusation pouvait tomber juste, elle devenait trop rapidement un instrument commode pour passer sous silence le terrain sur lequel se développait l’esprit et les visions dites complotistes, c’est à dire l’absence de transparence, la confiscation du pouvoir dans la gestion des affaires des pays et du monde, l’expulsion des peuples du pouvoir réel, et tout cela au nom de la démocratie. Bref, l’existence permanente d’un complot, celui-là bien réel, contre le pouvoir des peuples.

Qu’il y ait eu, dans l’affaire Epstein au départ un complot des élites, c’est-à-dire que leur organisation dans ce réseau ait été préméditée, ou que cette organisation soit le simple résultat de leur jonction, de leur rencontre, de leur réunion à un moment donné de leurs activités, et des relations qu’elles induisent forcement, importe finalement peu. Il se peut d’ailleurs qu’il y ait les deux à la fois : dans un premier temps la rencontre de ces élites, leur réunion au sens sociologique du terme, une concentration disons spontanée, qui donnent lieu à des relations qu’aurait pu catalyser Epstein, puis des actions concertées, et peu à peu des actions structurantes.

Un peu de sociologie

Les sociologues le savent. La sociologie n’est pas la science de la société mais du social. Les phénomènes sociaux, les institutions, les organisations sociales de tous genres, petites ou grandes, découlent de la réunion des gens. C’est la réunion des gens qui produit du social, qui amène à la naissance de structures sociales, la famille, les tribus, les villes, les villages, les pays, les nations, les partis, les églises, les gouvernements, les armées, des structures qui deviennent des systèmes plus ou moins complexes en fonction de leur ancienneté, de leur développement.

En termes plus concrets, Epstein a finalement réuni les gens, il a servi de catalyseur. Il a joué ce rôle consciemment ou inconsciemment. Les relations sexuelles elles-mêmes ont pu être un catalyseur, probablement une recréation, un prétexte, une occasion au rassemblement des élites comme on se rassemble autour d’un diner, d’un repas, d’un banquet.

En réunissant des élites, Epstein les a liées les unes aux autres, il a établi des ponts entre elles et à la fin des complicités, jusqu’à ce qu’elles débordent dans le domaine de la criminalité, qu’elle soit sexuelle, financière ou politique. Il ne faut pas oublier que cette criminalité sexuelle n’est pas ordinaire, banale, elle ne peut qu’être le résultat d’un sentiment de toute-puissance si caractéristique de la perversion du pouvoir. Tout se tient. Du délit économique aux délits sexuels, de la prédation sexuelle à la prédation financière, de la puissance politique ou économique au sentiment de toute-puissance sexuelle.

Avec l’affaire Epstein, le système occidental de domination semble pourrir sur pied, aux yeux dégoutés de la planète, y compris sa partie occidentale. L’affaire Epstein vient ajouter un épisode sordide à l’Histoire du déclin annoncé, en ce 21 ème siècle, de l’empire américain occidental. Est-ce un hasard si cet empire se trouve aussi au centre d’un autre évènement majeur de ce siècle, son désastre moral en Palestine, à Gaza, ou côte à côte avec Israël, par les bombes, les armes et le soutien qu’il lui fournit, il a la responsabilité directe d’un génocide. On l’a vu, on parle d’ailleurs, d’Epstein, comme d’un agent israélien, ou du moins avec des liens étroits avec ce pays. Serait-ce s’aventurer dans un raccourci que de dire qu’entre le monde d’Epstein, et ses horreurs, et le génocide de Gaza il y a un rapport, une simultanéité qui devrait faire réfléchir de ce qu’il révèle dans son inhumanité totale.

Djamel Labidi

(1) « La démocratie occidentale en crise », 30 mars 2017, Djamel Labidi, « Le Quotidien d’Oran, https://www.lequotidien-oran.com/?archive_date=2017-03-31&news=5242332

(2) https://lapatrienews.dz/scandale-epstein-modi-serait-un-pantin-de-netanyahu/



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