
Par Hichem Kacem
Écrivain, éditeur et directeur de KA’ Éditions
- Les fondations d’un monopole nucléaire contesté
Dans le paysage géopolitique du Moyen-Orient, où les équilibres de pouvoir reposent souvent sur des armes invisibles et des secrets d’État, Israël s’est imposé comme la seule puissance nucléaire de la région, un statut maintenu par une politique d’ambiguïté stratégique et un soutien occidental indéfectible. Ce monopole, forgé dans l’ombre de la Guerre froide, remonte aux premières années de l’État hébreu. Dès sa création, en 1948, le fondateur David Ben-Gurion identifie le nucléaire comme un impératif de survie face à l’encerclement arabe, affirmant en privé que « ce que Einstein, Oppenheimer et Teller ont fait pour les États-Unis, ils doivent le faire pour Israël » (selon des archives déclassifiées du département d’État américain, 1960). Le programme clandestin démarre en 1952 avec la création de la Commission israélienne de l’énergie atomique. Or, c’est l’alliance avec la France gaulliste qui accélère les choses en 1957, un accord secret fournit à Israël la technologie pour construire le réacteur de Dimona dans le désert du Néguev, officiellement pour des fins « pacifiques », mais en réalité pour produire du plutonium militaire (rapport de la Federation of American Scientists – FAS, 2024).
Les premiers tests souterrains sont rapportés en 1963, et la première arme nucléaire est assemblée vers 1966-1967 pour faire d’Israël la sixième puissance atomique mondiale après les États-Unis, l’URSS, le Royaume-Uni, la France et la Chine (estimations du Stockholm International Peace Research Institute – SIPRI, 2024). Aujourd’hui, l’arsenal est évalué à 90 ogives actives, avec des fourchettes allant jusqu’à 400, selon des sources comme le Bulletin of the Atomic Scientists (2025), non déclarées et hors de tout contrôle international via le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP), qu’Israël n’a jamais signé. Cette force repose sur une triade dissuasive : missiles balistiques Jéricho (portée jusqu’à 6 500 km), sous-marins Dolphin (fournis par l’Allemagne, capables de lancements nucléaires en immersion), et avions de chasse F-15/F-16 modifiés pour des missions nucléaires (FAS, 2024).
Ce monopole a été défendu avec une agressivité préventive, comme en témoigne l’opération Opera du 7 juin 1981 : huit F-16 israéliens, escortés de F-15, survolent la Jordanie et l’Arabie saoudite pour détruire le réacteur irakien d’Osirak (ou Tammuz) près de Bagdad. Vendu par la France en 1976 pour des usages « scientifiques », ce site était vu par Tel-Aviv comme le noyau d’un programme nucléaire irakien menaçant sous Saddam Hussein. L’attaque, qualifiée, comme toujours, d’« autodéfense préventive », tue dix soldats irakiens et un ingénieur français, violant impunément toutes les conventions internationales.
L’opération n’est point fortuite : elle s’inscrit dans la guerre Iran-Irak (1980-1988), un conflit fratricide provoqué, qui cause entre 500 000 et un million de morts, avec des armes chimiques irakiennes et des tranchées dignes de la Première Guerre mondiale. Initiée par Saddam [1] en septembre 1980 sous prétexte de différends territoriaux sur le Chatt al-Arab et de craintes face à l’exportation de la Révolution islamique iranienne, cette guerre a été financée par les pétrodollars arabes (37 à 60 milliards de dollars de prêts saoudiens et koweïtiens, selon des archives déclassifiées du Département d’État US, 1992), les États-Unis (crédits agricoles détournés en armes via le scandale Iraqgate), l’URSS, la France (ventes d’Exocet et de Mirage), et même Israël (fournitures secrètes à Téhéran pour contrer Bagdad, comme révélé par des leaks du Mossad en 2018). L’Iran, isolé, riposte en bombardant Osirak en septembre 1980 (opération Scorch Sword, dégâts mineurs), mais c’est Israël qui termine le travail en 1981, avec un feu vert implicite de Washington (mémos déclassifiés de la CIA, 2008).
Derrière ce chaos, l’« oncle Mammon » – les États-Unis – joue un rôle central : depuis Eisenhower et Kennedy (qui tolèrent Dimona, malgré des inspections factices en 1963) en passant par l’accord Nixon-Meir de 1969 qui officialise l’ambiguïté nucléaire (aucune pression pour signer le TNP en échange de silence US), jusqu’à l’aide militaire colossale (plus de 130 milliards de dollars depuis 1948, selon le département d’État US, 2024). L’Europe, via la France précoce et l’Italie (fournitures d’uranium), a posé les bases initiales et continue tacitement à avaliser cette hégémonie, au nom de la « stabilité régionale » – un euphémisme pour un équilibre de la terreur où Israël reste l’unique puissance atomique, face à des rivaux comme l’Iran, contraints à l’asymétrie (SIPRI, 2024).
Les révélations de Mordechai Vanunu [2] en 1986, un technicien de Dimona qui a exposé le programme au Sunday Times (confirmant 200 ogives à l’époque), illustrent la loi de l’omerta : Vanunu a été enlevé par le Mossad et emprisonné 18 ans, sans que l’Occident bronche (Guardian, 2020, rétrospective).
- Jeffrey Epstein : le pivot occulte du réseau israélien
Au cœur de ce monopole se cache un réseau d’influence occulte, incarné par la figure de Jeffrey Epstein, financier de façade condamné pour trafic sexuel et présumé suicidé en 2019. Epstein n’était pas un simple prédateur invétéré ; il opérait comme un intermédiaire clé pour des intérêts géopolitiques, notamment israéliens. Les leaks récents – plus de 100 000 e-mails hackés de l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak par le groupe Handala (lié à l’Iran) en août 2025, publiés via Distributed Denial of Secrets et analysés par Drop Site News et le Wall Street Journal – révèlent une relation intime de 15 ans, où Epstein agit comme conseiller occulte sur des enjeux de sécurité nationale (Al Jazeera).
Epstein, le tentateur suprême de l’ère moderne, grand connaisseur des abysses de l’âme humaine, transformait la concupiscence en liturgie mondaine et l’abomination en art de vivre pour l’élite. Mais son omniscience effarante – informé de tout, des appâts financiers retors au sexe comme arme en passant par la pédocriminalité organisée, la torture et les orgies rituelles – s’expliquait par son rôle de pivot dans la géopolitique mondiale. On lui rapportait tout, et il donnait son avis sur tout, transformant son île en confessionnal où les secrets des élites se muaient en leviers de pouvoir.
Les échanges sur le nucléaire iranien, de 2012 à 2015, au cœur des négociations du JCPOA, en sont un exemple unique : en avril 2015, Barak envoie à Epstein son article virulent, commandé à la carte par le Time Magazine, « Iran Has Escaped a Noose » (https://time.com/3770021/iran-nuclear-deal-ehud-barak/), dénonçant l’accord comme une capitulation face à Téhéran : « Au Moyen-Orient, il existe le sentiment que l’Amérique est affaiblie » (Barak, 2015). L’e-mail inclut des vœux pour Pessah, signe de proximité : « Salut Jeff ! Bonne fête de Pessah ! […] Ci-joint un article que j’ai écrit pour Time à leur demande ». Epstein répond : « J’aime l’article », et relaie des insights à Noam Chomsky pour les rapporter à Barak (Al Jazeera, 2026). Ces discussions portent sur la manière de saboter et torpiller l’accord Obama, via les réseaux d’influence et les lobbyistes pro-israéliens. Ce n’est pas tout : introduit à Barak par Shimon Peres en 2003 (Peres le qualifiant de « bon Juif »), Epstein reçoit 2,3 millions de dollars via la Wexner Foundation (liée au Mega Group pro-israélien) entre 2004 et 2006 (WSJ, 2023). En retour, il investit 1 million en 2015 dans Carbyne (ex-Reporty Homeland Security), une startup issue de l’unité 8200 du renseignement israélien, spécialisée en surveillance tech (Drop Site News, 2025). Barak visite Epstein plus de 30 fois entre 2013 et 2017, dormant chez lui à New York et Palm Beach, volant sur son jet privé en 2014 (WSJ, 2023). Son aide de camp, Yoni Koren (ex-officier du renseignement), squatte l’appartement d’Epstein pendant des semaines en 2013-2015, et ce dernier aurait financé son traitement contre le cancer en 2012 (leaks Handala, 2025).
Un mémo FBI de 2020, basé sur un informateur, va plus loin : Epstein a été « entraîné comme espion sous Barak » et opérait comme « agent coopté du Mossad », relayant des infos via Alan Dershowitz (qui débriefait avec le Mossad) (Middle East Monitor, 2026). Dershowitz, avocat d’Epstein, plaidait en 2006 pour inculper l’ancien président iranien Ahmadinejad pour incitation au génocide – un message transmis par Barak à Epstein (Iran International, 4 février 2026).
- Le travail de sape : Démantèlement progressif de l’axe de résistance
Ce réseau occulte s’inscrit dans une stratégie plus large de sape systématique des adversaires régionaux d’Israël, visant à marginaliser l’Iran et à préserver le monopole nucléaire. La Syrie a été neutralisée : le renversement d’Assad fin 2024 par des rebelles soutenus par la Turquie et « indirectement » par l’Occident ferme les corridors logistiques pour les armes iraniennes vers le Hezbollah au sud du Liban.
Le Hezbollah, la menace frontalière majeure, est fortement affaibli : l’assassinat de Nasrallah en septembre 2024 suivi de décapitations via des opérations, comme les pagers explosifs, et une guerre d’usure menant à un cessez-le-feu bancal en novembre 2024. Toutefois, comme à Gaza, les frappes israéliennes continuent, et la dépendance à l’Iran s’effrite peu à peu face à l’économie libanaise en ruine.
Mais Gaza, pour l’heure, est malheureusement reléguée aux oubliettes en l’absence d’une pression arabe absente : le cessez-le-feu de janvier 2025 (phases 1 et 2 sous Trump) masque une occupation de facto, avec discussions sur une « relocalisation » massive (migration forcée ou Nakba remodelée), un bilan de 40 000+ morts et l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine bannie comme « terroriste » en octobre 2024 (Amnesty International, 2025).
Enfin, Netanyahu, le bourreau de Gaza, reste impuni : malgré les mandats d’arrêt de la CPI pour crimes de guerre en novembre 2024 (privation de civils à Gaza), des pays comme la France le déclarent « intouchable » en décembre 2025, et les US, l’Allemagne et l’Argentine rechignent à appliquer (Human Rights Watch, 2026). Cette impunité renforce Israël, qui use et abuse encore de ses violations aggravées, tuant, blessant et terrorisant les populations innocentes qui, désormais, vivent sous un tas de ruines !
- Conclusion : Le nerf de l’Apocalypse et l’aube des peuples
Dans cette grande pièce de théâtre géopolitique, il faut cesser de regarder les masques pour fixer l’objet que tous tentent de saisir ou d’interdire : l’Atome. Le nucléaire n’est pas un enjeu parmi d’autres ; il est le nerf de la guerre, l’unique ligne de partage entre la souveraineté réelle et la vassalité éternelle. Tout le reste – la rhétorique sur le terrorisme, les sanctions économiques, les prétendus « accords de paix » – n’est qu’un immense paravent, une fausseté systémique destinée à protéger le sanctuaire de Dimona.
Depuis 1979, l’Iran subit 47 ans d’un embargo féroce, non pas pour une « menace » officiellement niée par la Fatwa de Téhéran, mais parce que son autonomie technologique brise le monopole de l’entité sioniste.
L’attaque iranienne de juin 2025, où les missiles hypersoniques Fattah-1 et les drones Shahed ont saturé les systèmes Arrow et David’s Sling, a prouvé une chose : la fin de l’invulnérabilité de l’entité. Ce n’était pas une simple riposte militaire, c’était la démonstration que le « géant au pied d’argile » ne peut plus imposer sa volonté par la seule terreur technologique.
Le bloc des BRICS+ (Russie, Chine, Iran, Arabie saoudite, etc.) se trouve aujourd’hui devant un choix vital. Si ces pays laissent l’Iran être affaibli, ils acceptent de facto le maintien du dollar comme arme de destruction massive et la pérennité du chantage nucléaire israélien. Un Iran neutralisé signifierait la fin du rêve multipolaire et le retour à une hégémonie US-israélienne sans partage. Pire, le regard du prédateur se tournerait alors immédiatement vers le Pakistan, seule autre puissance nucléaire musulmane (170 ogives), qui serait la cible suivante sous les mêmes prétextes de « stabilité » ou de « liens terroristes » utilisés pour dépecer l’Irak, la Syrie…
Comme l’Union européenne choisit systématiquement le mauvais côté de l’Histoire par suivisme atlantiste, et que les gouvernants arabes continuent de raser les murs de la géopolitique profonde, le salut ne viendra pas des chancelleries. Il viendra des peuples. Le Moyen-Orient ne sera pas le terrain de jeu d’une « Paix d’Abraham » cyniquement orchestrée par Trump pour consolider l’apartheid, mais le cimetière de ces criminels mondialistes identifiés en partie.
Ces élites décadentes, dont les jeux chtoniens ont été exposés par les dossiers Epstein, ne peuvent plus se cacher derrière le masque de Baal ou la puissance de l’Oncle Mammon. Ce dernier, lui-même possédé par un sionisme talmudique ségrégationniste, s’effondrera sous le poids de sa propre corruption.
La véritable révolte, spirituelle et souveraine, est celle qui coupera définitivement les ponts avec ces réseaux suprémacistes. L’heure n’est plus à la négociation, mais au rétablissement de la Balance (Al-Mizan).
Le monopole de l’Apocalypse est terminé ; l’ère de la justice des peuples souverains commence.
Hichem Kacem
[1] Le 17 septembre 1980, Saddam Hussein déclarait la guerre à l’Iran. Jugeant l’Iran affaibli par la révolution, Hussein était convaincu d’une victoire rapide. Cependant, l’Iran a mieux résisté qu’il ne l’avait prévu et la guerre dura finalement huit ans.
[2] Mordechai Vanunu, technicien nucléaire israélien, a révélé en 1986 au Sunday Times des détails sur le programme de Dimona. Enlevé par le Mossad, condamné à 18 ans de prison (dont 11 en isolement), libéré en 2004. Il reste soumis à des restrictions annuelles : interdiction de quitter Israël, de contacter des étrangers, d’approcher frontières/ambassades/ports, et surveillance constante. En juillet 2024, ces mesures ont été renouvelées pour un an supplémentaire (Wikipedia 2026 ; Right Livelihood Award ; Al Jazeera, 2025-2026). Amnesty International et d’autres ONG les jugent disproportionnées.