Lavrov affirme que Trump cherche à contrôler l’énergie mondiale et ses corridors géoéconomiques, par Alfredo Jalife-Rahme



Le Russo-Arménien Sergueï Lavrov, 75 ans, avait connu le martyre, lors du déclin de la Russie sous Gorbatchev et Eltsine : de 1992 à 1994, il a été vice-ministre russe des Affaires étrangères, puis de 1994 à 2004, il a été le représentant de la Russie à l’ONU et, depuis 2004, à l’ère Poutine/Medvedev, il occupe le poste de ministre des Affaires étrangères.

Sergueï Lavrov appartient à l’école géostratégique de l’ancien Premier ministre Evgueni Primakov, qui a forgé le triangle stratégique prémonitoire du RIC (Russie/Inde/Chine) en 1998, pendant la phase de déclin Gorbatchev/Eltsine — ce qu’il développait depuis 1996, année où il avait forgé l’alternative du nouvel ordre multipolaire — qui avait ensuite été plagiée par le Britannique Jim O’Neill de Goldman Sachs avec l’acronyme BRIC, dans lequel Lavrov a désormais intégré le Brésil.

Sergueï Lavrov a accordé une interview très médiatisée à TV BRICS [1] dans laquelle il a vivement critiqué, avec diplomatie mais fermeté, Trump pour sa volonté de « contrôler l’énergie et ses voies d’approvisionnement à l’échelle mondiale », alors que « de multiples centres de croissance économique rapide, de puissance et d’influence tant financière que politique ont émergé. Le monde se transforme sous l’effet de la concurrence. L’Occident hésite à renoncer à ses positions dominantes passées. »

Sergueï Lavrov déplore que la politique de Trump consistant à « restreindre les ambitions de ses concurrents » soit devenue particulièrement évidente et explicite (sic) lorsqu’« il déclare ouvertement son ambition de dominer le secteur de l’énergie et de tirer profit de ses concurrents ».

Alors que le vice-président catholique de la génération Y, JD Vance, s’attaque au cœur du Caucase — le « ventre mou » de la Russie — par le biais de ses accords avec l’Arménie et l’Azerbaïdjan, accords susceptibles de perturber les routes pétrolières de la mer Caspienne [2], Sergueï Lavrov dénonce le recours à des méthodes manifestement injustes : « des compagnies pétrolières russes telles que Lukoil et Rosneft sont interdites d’exploitation, et l’on tente de dicter et de restreindre le commerce, la coopération en matière d’investissement et les liens militaro-techniques de la Russie avec nos principaux partenaires stratégiques, notamment l’Inde et les autres États membres des BRICS. »

Sergueï Lavrov poursuit sa diatribe diplomatique : « Toutes ces confrontations géopolitiques, ainsi que les tentatives pour détourner le cours objectif de l’histoire, affectent inévitablement les relations bilatérales… Il s’agit notamment des sanctions, de la soi-disant « flotte fantôme » inventée par l’Occident et des tentatives d’arraisonnement de navires par la force militaire en haute mer, en violation flagrante de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer. Les droits de douane imposés sur l’achat de pétrole ou de gaz auprès de certains fournisseurs sont déjà devenus monnaie courante. (…) On tente d’empêcher l’Inde et nos autres partenaires d’acheter des ressources énergétiques russes bon marché et abordables (l’Europe en est privée depuis longtemps) et on les oblige à acheter du GNL américain à des prix exorbitants. Cela signifie que les États-Unis ont pour objectif d’atteindre la domination économique. »

Voici ma critique cartésienne très amicale du diplomate russe chevronné Sergueï Lavrov : il invoque la « violation de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer » alors que, dans cette phase délicate, Trump lui-même a avoué qu’il n’écoute que sa « conscience morale » et non les lois obsolètes d’une ONU dysfonctionnelle [3].

Sergueï Lavrov ajoute que « les États-Unis veulent contrôler toutes les voies d’approvisionnement en ressources énergétiques (ouf !) des principaux pays du monde et de tous les continents », ce qui « illustre que l’objectif des États-Unis – dominer l’économie mondiale — suppose un nombre considérable de mesures coercitives incompatibles avec une concurrence loyale : droits de douane, sanctions, interdictions directes et blocages des relations commerciales entre certains pays. »

Deux jours plus tard, Sergueï Lavrov est apparu devant la Douma, où il a proclamé que « le monde entre dans une nouvelle ère » [4].

Là, Sergueï Lavrov a avoué que la Russie avait pleinement accepté la proposition de Trump surnommée « l’Esprit d’Anchorage », qui a subi de fortes secousses [5].

C’est le syndrome vénézuélien à l’œuvre ?



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