Le président et ses exceptions républicaines
Les mots d’Emmanuel Macron, prononcés dans le sillage de la tragique mort de Quentin, cet étudiant lyonnais fauché par une violence idéologique abjecte, résonnent avec une apparente noblesse républicaine. « En République, aucune cause, aucune idéologie ne justifieront jamais que l’on tue », a-t-il déclaré, invoquant les fondements mêmes de nos institutions pour civiliser les débats et protéger la libre expression. Sur le papier, ces paroles semblent louables pour un président de la République, gardien supposé des valeurs universelles de liberté, d’égalité et de fraternité. Elles évoquent un idéal où la raison triomphe de la barbarie, où le dialogue l’emporte sur le glaive. Pourtant, on est en droit de s’interroger sur la capture sémantique opérée par ces termes – une appropriation subtile du langage qui masque des incohérences criantes, transformant une condamnation universelle en un outil de rhétorique sélective.

Car si aucune idéologie ne saurait justifier la mort, comment expliquer les choix politiques de ce même président qui, par ses actes, semble tolérer – voire encourager – des formes de violence au nom de causes jugées supérieures ?
Prenons d’abord le conflit ukrainien, ce théâtre d’ombres où la géopolitique se mue en tragédie humaine. Pourquoi, au nom de la solidarité avec Kiev, Emmanuel Macron choisit-il d’envoyer des armes et des hommes – des instructeurs militaires français, exposés au feu ennemi – plutôt que de prôner inlassablement la diplomatie comme unique voie pacifique de résolution ? N’est-ce pas là une contradiction flagrante avec son credo anti-violence ? La cause des habitants du Donbass, ces populations russophones prises en étau entre les feux croisés depuis 2014, ne pèse-t-elle pas du même poids aux yeux du chef de l’État ? Ces civils, bombardés et déracinés, victimes d’un conflit aux racines complexes impliquant des milices nationalistes et des ingérences extérieures, méritent-ils une indifférence relative ? En armant l’un des belligérants, la France ne cautionne-t-elle pas, indirectement, une escalade qui tue au nom d’une idéologie atlantiste, d’une « défense de la démocratie » qui occulte les souffrances symétriques ? Le président, qui se pose en artisan de la paix européenne, semble oublier que la vraie République ne choisit pas ses victimes en fonction de l’alignement géostratégique. Au contraire, elle devrait œuvrer pour un cessez-le-feu, des négociations inclusives, où les voix du Donbass – souvent réduites à des pions dans un récit manichéen – seraient enfin entendues. Cette sélectivité n’est-elle pas une forme de capture sémantique, où « aucune idéologie » signifie en réalité « sauf celles que nous épousons » ?

Mais, la dissonance va plus loin, et touche au cœur de la souveraineté individuelle, avec la gestion de la crise COVID-19. Pourquoi, alors, avoir promu une vaccination rendue obligatoire pour certains corps de métier, comme les soignants, au risque de « tuer socialement » des Français réfractaires ? Le 12 juillet 2021, Emmanuel Macron, dans un discours solennel, affirmait que le vaccin protégeait contre la transmission, que les non-vaccinés étaient responsables de la propagation, et que la science dictait une obligation morale collective. Or, ces assertions se sont révélées bien fausses : les vaccins, que l’ont dit toujours efficaces contre les formes graves (alors qu’il y a encore débat sur ce sujet et que l’ACIP aux Etats-Unis a mis fin à sa recommandation universelle), n’empêchaient pas la contagion, comme l’ont admis ultérieurement les autorités sanitaires internationales. En imposant cette mesure, au nom d’une « croyance en la science » érigée en dogme, le président n’a-t-il pas trahi les valeurs républicaines du consentement libre et éclairé, de la libre disposition de son corps ? Des milliers de soignants suspendus, privés de salaire et de dignité, ont été relégués au ban de la société – une mort sociale, certes non physique, mais tout aussi destructrice. Tuer socialement au nom de la science, n’est-ce pas l’inverse exact de ce que prône aujourd’hui Emmanuel Macron ? Cette idéologie vaccinale, imposée par décret, n’a-t-elle pas justifié une violence institutionnelle, où l’État, sous couvert de bien commun, piétine les libertés individuelles ? La République authentique ne saurait tolérer une telle dérive, où la science devient prétexte à une coercition qui divise plutôt qu’elle n’unit.

Et que dire des médias, ces vigies de la démocratie que l’on prétend protéger tout en les muselant ? Pourquoi tenter de les noter par une labellisation arbitraire, sous prétexte de lutte contre les « fake news », alors que cela revient à imposer une orthodoxie idéologique ? Pourquoi les contrôler économiquement, avec des subventions à foison ou en favorisant des géants numériques à qui des règles de conduite mènent à la censure (DSA) sont imposées, au risque de tuer les médias indépendants à petit feu ? Pire encore, quid des dirigeants de médias qui reçoivent des menaces voilées, envoyées par des proches du pouvoir – « tu y laisseras ta peau, tu ne sais pas ce que ces gens sont capables de te faire » ? Ces intimidations, rapportées dans divers témoignages, ne sont-elles pas une violence larvée, justifiée au nom d’une idéologie de contrôle de l’information ? La libre expression, si chère à Macron dans son discours, semble s’appliquer sélectivement : tolérée pour les alliés, réprimée pour les dissidents. Cette capture sémantique transforme la défense de la République en un bouclier pour l’hégémonie narrative.

Poursuivons cette interrogation par les actes de répression intérieure, où la force publique se déploie contre le peuple même qu’elle est censée protéger. Pourquoi, lors du mouvement des Gilets Jaunes, ce soulèvement populaire contre l’injustice fiscale et sociale dès 2018, Emmanuel Macron a-t-il autorisé un tel déchaînement de violence policière ? Des milliers de manifestants blessés – plus de 2 500, selon les chiffres officiels –, vingt-quatre éborgnés par des tirs de lanceurs de balles de défense (LBD), cinq mains arrachées par des grenades de désencerclement, et des critiques acerbes de l’ONU, du Conseil de l’Europe et d’Amnesty International sur une répression inédite. N’est-ce pas là une idéologie de l’ordre public qui justifie la mutilation au nom de la stabilité ? De même, face aux agriculteurs en colère en 2024 et au-delà, pourquoi déployer des blindés Centaure, ces engins imposants de la gendarmerie, pour barrer l’accès à Rungis ou disperser des convois de tracteurs ? Des policiers braquant leurs armes sur des conducteurs d’engins agricoles, des arrestations massives – environ 300 –, et des blessés des deux côtés, dans un climat où les opérations escargot et blocages routiers expriment une détresse rurale profonde. Pourquoi un tel déploiement de force contre le peuple, si aucune cause, aucune idéologie ne justifient que l’on tue – ou, à tout le moins, que l’on blesse et humilie ? Cette violence d’État, exercée au nom d’une idéologie du maintien de l’ordre, contredit frontalement les paroles présidentielles, révélant une République qui frappe ses enfants plutôt que de les écouter.

Les mots qui tuent… socialement, économiquement, stratégiquement.
Au pays de Molière, ces mots ressemblent fort à leur inverse, tels des fourberies de Scapin où les déclarations solennelles masquent une réalité bien plus prosaïque – des mots prononcés par principe, sans pleinement en respecter le contenu ni la portée. « En même temps »… que l’on tue, si cher au chef de l’État, ce président hors sol qui, selon les sondages, fait honte à une large majorité des Français, par son dédain apparent pour les aspirations populaires et sa propension à naviguer entre les contraires sans ancrage véritable.

Si ces mots forment réellement la pensée de Macron, alors ne devrait-il pas en tirer les conséquences pour lui-même, en se disant qu’aucune idéologie ne justifie que l’on tue… la France ? Par exemple, avec la mutualisation de notre bouclier nucléaire, cette proposition d’étendre le parapluie atomique français à l’Europe – discussions confidentielles avec le chancelier allemand Friedrich Merz, actualisation de la doctrine annoncée pour fin février 2026 –, au risque de diluer notre souveraineté stratégique dans un ensemble européen encore balbutiant ? Ou encore, avec ces emprunts records de 310 milliards d’euros prévus en 2026, portant l’encours de la dette publique à plus de 3 500 milliards d’euros et frôlant 118-120 % du PIB, grevant le futur de nos enfants par des intérêts annuels avoisinant les 60 à 74 milliards, et un déficit persistant autour de 140 milliards ? Tuer économiquement la nation au nom d’une idéologie de la croissance illimitée et de l’intégration européenne, n’est-ce pas une trahison des idéaux républicains ?

Alors oui, il est tout à fait normal que ces mots soient prononcés au nom de la défense des valeurs véritables de la République – celles d’une nation où la haine n’a pas sa place, où le débat prime sur le meurtre. Mais dans la bouche de ce président, ils sonnent aussi faux que sa déclaration tonitruante qualifiant la Russie d’« ennemi de la France », alors que l’histoire et la diplomatie appellent à une nuance bien plus subtile, loin des simplifications belliqueuses. Faux, également, comme son assurance sur les retraites, promettant une réforme juste qui n’a fait qu’exacerber les fractures sociales, ou comme ses engagements environnementaux, dilués dans les eaux troubles des intérêts industriels. En fin de compte, ces paroles louables masquent une hypocrisie qui mine la crédibilité de l’État. Pour que la République triomphe, il faudrait que ses gardiens incarnent véritablement ses idéaux, plutôt que de les capturer pour mieux les détourner.
