HUMEUR –
Il fut un temps où une banque devait surtout surveiller ses crédits douteux et ses traders un peu trop inspirés. C’était avant l’ère bénie où l’Europe veille à tout. Désormais, même le climat passe par Francfort, et gare à celui qui rend sa copie en retard.
Le 13 février, la très pédagogique Banque centrale européenne (BCE pour les intimes) a infligé rien que 7,5 millions d’euros d’amende au Crédit agricole. Motif ? Avoir tardé à évaluer les risques climatiques et environnementaux susceptibles d’affecter ses activités. Oui, tardé. Pas nié ni dissimulé. Tardé !
La BCE avait fixé la date butoir au 31 mai 2024. Au-delà, une astreinte journalière était prévue. Soixante-quinze jours plus tard, l’addition tombe. À Francfort, on ne plaisante pas avec les calendriers Excel. Le petit doigt sur la couture du pantalon, ou sinon, on paye le prix. Donc si l’on ne s’exécute pas, la sentence est terrible, une pénalité calculée au cordeau, tenant compte du « caractère matériel de l’infraction » et du « chiffre d’affaires quotidien ». L’Europe ne cherche plus seulement la faute : elle évalue la ponctualité, et pose ses radars comme sur nos autoroutes.
Du côté du Crédit agricole, on évoque une « incompréhension vis-à-vis d’une pénalité purement administrative », tout en assurant avoir satisfait aux exigences. En somme, le devoir était fait, mais en bon coq gaulois, rendu après la sonnerie. Et à l’école VDL, la cloche est souveraine.
Rassurez-vous, 7,5 millions d’euros n’auront pas d’impact significatif sur les résultats du groupe. Et puis, même si le client est roi dans les campagnes, c’est lui qui paye la note au final. Bref, au CA, l’honneur est sauf, la solvabilité aussi.
Pour certains, voilà une excellente nouvelle. L’ONG Reclaim Finance salue un « signal positif », preuve que la BCE attend des banques qu’elles prennent les risques climatiques au sérieux. Ils auraient tort de s’arrêter là.
Car le Crédit agricole, rappelons-le, a soutenu l’expansion du gaz naturel liquéfié à hauteur de 5,6 milliards de dollars entre 2021 et 2024, ouhh les vilains !
Ainsi va l’Europe, elle ne va pas chercher que la faute, elle va sonder les études, les évaluations, vérifier les délais. Les banques financent, prêtent, investissent — mais surtout, elles déclarent, documentent, justifient. À défaut de contrôler le climat, l’Europe contrôle les rapports sur le climat et ponctionne ceux qui gardent nos sous.