Sans être dans une proximité immédiate, il est des personnes que l’on pense (presque) éternelles tant elles font partie de nos références et de notre environnement intellectuel, mais qui se rappellent soudainement à nous quand l’on apprend qu’elle disparaissent.
J’ai eu la chance et l’honneur de rencontrer Leïla Shahid à plusieurs reprises. Tantôt à Bruxelles, tantôt en Palestine à Jérusalem lors des Missions civiles, et il y a peu, dans le sud de la France.
Femme simple et abordable, personnalité hors du commun, Leïla Shahid était d’une intelligence rare et d’une perspicacité que ses opposants redoutaient. Même aux pires moments, jamais elle ne se laissait ’’mettre en boîte’’ par quelque interlocuteur qui soit. Elle connaissait la Palestine et ses habitants mieux que quiconque. Et les défendaient avec courage et brio en toutes circonstances.
Même si je n’ai pas toujours partagé certaines de ses positions – notamment son appartenance au parti Fatah dont Mahmud Abbas exerce son autorité sans mandat et de manière inacceptable, collaborant avec les services israéliens d’occupation et arrêtant les résistants, les tuant même parfois – elle pouvait écouter ces griefs, et les entendre, reconnaissant d’ailleurs ces dernières années, l’erreur d’avoir défendu et accepté les Accords d’Oslo trompeurs et qui n’ont jamais été respectés par le régime génocidaire israélien.
Leïla prouvait par-là sa liberté de pensée et sa capacité à se remettre en question, quelque soit les conséquences qui en découleraient pour elle, signe évident d’un esprit brillant et indépendant.
Épuisée par ses combats et une lutte acharnée à défendre les Palestiniens et leur juste cause en toutes circonstances, répondant présente aux multiples sollicitations qui l’assaillaient, Leïla s’était retirée de la vie publique tout en continuant, plus discrètement à intervenir ici-et-là quand elle y était invitée et que son état de santé le lui permettait.
Femme admirable, rayonnante d’une ferveur communicative, renvoyant ses détracteurs dans les filets par des arguments imparables, Leïla Shahid restera l’une des plus brillantes diplomates que la Palestine ait connu. Et beaucoup pourront puiser dans ses interventions matière à les éclairer sur leur approche de la Palestine, afin d’en mieux comprendre les rouages et les complexités.
Merci Leïla, pour cet héritage inestimable, et ces quelques échanges que nous avons pu avoir lors de nos rencontres toujours chaleureuses. Merci pour tes encouragements à ne jamais baisser les bras et à garder le moral quoi qu’il advienne. Merci d’avoir été et d’être toujours cette lumière qui balise, avec quelques autres grands noms palestiniens, le chemin de la résistance dans laquelle il convient de se tenir et de poursuivre notre route pour l’émergence d’une société plus juste.
Daniel Vanhove –
19.02.26