La Grèce se joint à la danse. Athènes prévoit à son tour de restreindre les réseaux sociaux aux mineurs. Le gouvernement grec prévoit de recourir à une application de contrôle parental déjà utilisée pour lutter contre la vente de tabac et d’alcool aux mineurs, sans pour autant convaincre les experts, aussi bien techniques que judiciaires.
Fin 2024, l’Australie a posé un jalon avec son Online Safety Amendment (Social Media Minimum Age) Act 2024, qui impose aux plateformes de prendre des mesures pour empêcher les moins de 16 ans d’avoir des comptes. Le texte, entré en vigueur en décembre dernier, a déclenché une vague en Europe et sert désormais de référence à une série d’annonces et de mesures européennes sur l’accès des mineurs aux réseaux sociaux.
Les États européens accélèrent l’interdiction des réseaux sociaux aux mineurs
En France, l’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans a franchi une étape parlementaire fin janvier, avec un vote à l’Assemblée nationale sur une proposition de loi soutenue par l’exécutif. Emmanuel Macron a salué ce vote comme une “étape majeure”, tandis que le gouvernement a engagé une procédure accélérée pour viser une application dès la rentrée de septembre 2026.
Côté espagnol, Pedro Sánchez a porté le sujet sur la scène internationale lors du Sommet mondial des gouvernements à Dubaï, en justifiant un durcissement, dont une interdiction pour les moins de 16 ans, au nom de la protection des mineurs. Il a déclaré que “nos enfants sont exposés à un espace dans lequel ils n’ont jamais été censés naviguer seuls”, évoquant des risques comme “l’addiction, les abus, la pornographie, la manipulation, la violence”.
Des partisans de tels textes évoquent aussi, dans leurs positions ou leurs rapports, l’impact de l’addiction aux réseaux sociaux, comme une baisse de la concentration, une mauvaise mémorisation des informations et un recul des résultats scolaires.
D’autres pays comme le Danemark ou l’Allemagne ont déjà adopté des textes similaires en 2025. De même pour la Belgique, ou encore l’Autriche, la Slovénie, la Norvège et la République tchèque qui s’apprêtent à faire de même. Le parlement portugais a fait une annonce similaire dans les jours qui ont suivi celles du Premier ministre espagnol. Les réseaux sociaux sont alors appelés par Lisbonne à mettre en place un système de vérification d’âge et d’autorisation parentale “compatible” avec les outils numériques utilisés par l’administration portugaise. Les adolescents âgés de 13 à 16 ans pourraient accéder à ces plateformes avec le consentement de leurs parents.
Mais ce n’est pas ce que prévoit Athènes, qui entend interdire les réseaux sociaux aux mineurs, que leurs parents soient favorables ou pas. Le gouvernement prépare un projet de loi dans ce sens, en se basant sur un portefeuille numérique, Kids Wallet, déjà utilisé pour empêcher les achats de tabac et d’alcool par les mineurs.
Selon Euractiv, le texte devait être discuté cette semaine mais le débat a été retardé à début mars. Le projet implique aussi bien le ministère de la Justice que celui de la Gouvernance numérique et de la Santé.
Les dirigeants en quête de La technique “infaillible”
Le contrôle parental existant est installé sur les appareils des parents et des enfants. Un code barres est généré puis scanné par les commerçants pour permettre à un utilisateur de confirmer son âge et accéder, de ce fait, aux produits et services interdits aux mineurs.
Cette interdiction des réseaux sociaux qu’Athènes souhaite appliquer devrait suivre le même fonctionnement. Kids Wallet doit alors être intégré par les plateformes à leurs procédures d’inscriptions et le non-respect de cette interdiction pourrait entraîner des amendes.
À l’opposé de la France, qui a déjà introduit une interdiction des sites pornographiques aux mineurs avant de cibler les réseaux sociaux, la Grèce n’envisage de se pencher sur les autres services en ligne, y compris les jeux vidéos et les jeux d’argent, qu’après l’interdiction des réseaux sociaux.
En Grèce comme ailleurs, la mesure ne met pas tout le monde d’accord. Nombreux sont les professionnels qui rappellent que l’application Kids Wallet, qui est facultative, a déjà été contournée par des adolescents, qui effectuent des captures d’écran des codes-barres de leurs parents.
L’efficacité des mesures, aussi bien en Grèce que dans les autres pays, est souvent remise en cause, malgré les exigences des dirigeants quant à des contrôles “robustes”, difficiles à contourner. Mais les techniques ne manquent pas. En Australie, les adolescents ont recours à l’IA, à des fausses pièces d’identités ou tout simplement, aux VPN que le gouvernement français souhaite désormais aussi réguler.